Quentin Deranque, 23 ans, est mort le 14 février 2026 à Lyon, 2 jours après avoir été roué de coups rue Victor-Lagrange. Le 21 octobre, l’avocat de ses parents a demandé aux juges d’instruction d’entendre le député LFI Raphaël Arnault sur l’association de malfaiteurs. Cette demande n’accuse personne : elle oblige un juge à répondre, par écrit, sous 1 mois.
- Qu’a demandé la famille ?
- Que faut-il pour une association de malfaiteurs ?
- Que doit répondre le juge, et quand ?
- Qu’établit le dossier, et que n’établit-il pas ?
- Que reste-t-il au juge ?
Qu’a demandé la famille ?
Me Fabien Rajon, avocat des parents, a déposé une demande d’acte au palais de justice de Lyon le 21 octobre. Le Figaro l’a révélée le 27 octobre.
Objet : l’audition de Raphaël Arnault, député LFI, cofondateur en 2018 de La Jeune Garde, dissoute par décret le 12 juin 2025, décision confirmée par le Conseil d’État le 30 avril 2026.
L’avocat vise « une attention particulière pour le délit d’association de malfaiteurs ». Il déclare au Figaro : « Le périmètre de l’association de malfaiteurs retenu à ce jour par les juges nous semble trop restreint. »
Il précise que le député « n’est pas mis en cause » et que la famille n’a « pas de motivation politicienne ». Son avocate, Me Ardakani, n’a pas souhaité réagir.
Le dossier : 14 personnes poursuivies, dont 2 proches du député, écroués et mis en examen pour meurtre et complicité de meurtre : Jacques-Elie Favrot, son assistant parlementaire, et Adrian Besseyre, qui a travaillé dans son équipe.
Que faut-il pour une association de malfaiteurs ?
L’article 450-1 du code pénal pose deux conditions. Il faut d’abord « un groupement formé ou entente établie en vue de la préparation » d’un crime ou d’un délit puni d’au moins 5 ans. Il faut ensuite que cette préparation soit « caractérisée par un ou plusieurs faits matériels ».
Deux éléments, donc, et pas un : une entente, et des faits matériels qui la préparent. L’infraction n’est pas le coup porté, elle est l’accord et son commencement d’exécution. La peine suit ce qui était préparé : 10 ans et 150 000 euros pour un crime, 5 ans et 75 000 euros pour un délit puni d’au moins 5 ans.
Appartenir à un groupe ne suffit donc pas : il faut établir l’objet criminel et les actes de préparation. Les entraînements évoqués ne pèsent que si l’on démontre ce qu’ils préparaient. C’est le raisonnement tenu dans l’affaire Chouviat, où la famille réclamait un crime et où les juges ont retenu une négligence.
Que doit répondre le juge, et quand ?
La demande d’acte a un cadre : l’article 82-1 du code de procédure pénale. Écrite, motivée, portant sur des actes déterminés et nommant la personne à entendre.
Si le juge ne veut pas faire droit à la demande, il doit « rendre une ordonnance motivée au plus tard dans le délai d’un mois à compter de la réception de la demande ».
Demande déposée le 21 octobre : si le juge refuse, sa décision motivée doit donc tomber au plus tard le 21 novembre 2026. La famille n’obtient pas l’audition, mais une réponse écrite, donc discutable, et une trace. Une demande d’acte ne force pas la main du juge : elle l’oblige à sortir du silence.
251 jours entre les faits et la demande d’acte
7 dates. Survolez un jalon.
Sources : Le Monde (18 février 2026), Le Figaro et Le Progrès (27 et 28 octobre 2026), Conseil d’État (30 avril 2026), articles 450-1 et 82-1.
Qu’établit le dossier ?
Établi : le 12 février 2026, Quentin Deranque est frappé au sol rue Victor-Lagrange, par au moins 6 personnes, alors qu’il est isolé et à terre. Il meurt le 14 février à 12 h 25 d’une commotion cérébrale et d’une fracture temporale.
Les faits se produisent en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon. Le jeune homme, membre de la mouvance nationaliste révolutionnaire, assurait la sécurité de militantes de Némésis.
Non établi : la moindre participation de Raphaël Arnault, absent ce jour-là et jamais mis en cause. Une rumeur d’interpellation a pourtant couru la semaine dernière. Le procureur de Lyon, Thierry Dran, l’a démentie : « Ni le parquet de Lyon ni les juges d’instruction du tribunal judiciaire de Lyon n’ont donné pour instruction aux forces de sécurité intérieure de procéder à l’interpellation de ce député. » Selon l’AFP, les policiers voulaient lui remettre une convocation.
Une convocation n’est pas une garde à vue, une audition n’est pas une mise en examen, et celle-ci n’est pas une condamnation. À Rouen, 4 millions de vues et aucune victime identifiée : la vidéo impose une scène, elle ne nomme pas un auteur.
Que reste-t-il au juge ?
Rien, dans les pièces publiques, n’établit qu’un élu ait commandité quoi que ce soit. Rien n’interdit de poser la question : le juge apprécie si les entraînements, les liens et les messages réunis caractérisent une entente préparatoire.
La question est probatoire. À partir de quand un groupe de jeunes qui s’entraînent ensemble devient-il une association de malfaiteurs ? Quand une entente se forme en vue de préparer des violences punies d’au moins 5 ans, et qu’un fait matériel le démontre. Ni l’émotion, ni le camp, ni la fonction ne remplacent cette preuve. Les consignes prêtées au ministère de l’Intérieur le rappellent : attribuer à une organisation ce qu’un individu a fait demande une pièce.
Ce qui me retient n’est pas la demande, c’est son traitement. Une audition est devenue une accusation, une rumeur est devenue un fait, et il a fallu un communiqué du procureur pour la défaire. L’avocat de la famille a fait son travail : il demande, il motive, et il rappelle que le député n’est pas mis en cause. Le reste appartient aux juges, avec une date : le 21 novembre.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 14 personnes sont poursuivies, dont 2 proches du député, écroués et mis en examen pour meurtre et complicité de meurtre.
- La demande d’acte n’accuse pas Raphaël Arnault : elle oblige le juge à répondre par écrit sous 1 mois, au plus tard le 21 novembre 2026.
- L’association de malfaiteurs suppose une entente et des faits matériels, pas une simple appartenance.



