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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Paracétamol : l’État a payé 70 millions, la boîte reste à 76 centimes

Atelier pharmaceutique de nuit : au premier plan, une balance en laiton penche du côté des pièces, avec une boîte de médicament blanche sans inscription sur l'autre plateau ; au plan moyen, une ligne de production de comprimés et deux opérateurs en blouse blanche, dont un lit une liasse de feuilles ; à l'arrière-plan, derrière une paroi de verre bleutée, trois personnes en costume réunies autour d'une table couverte de dossiers.

La boîte vendue 2,18 euros en pharmacie sort d’usine à 0,76 euro, un prix gelé depuis 2021. Le moratoire s’achève le 31 décembre, Upsa et Med France demandent 10 centimes de plus, et le CEPS, qui en proposait 10 de moins en juillet, a annoncé le 16 octobre qu’il ne toucherait à rien en 2027. Ce qui se décide là n’est pas le prix d’un antalgique, c’est l’équilibre d’une filière payée par l’État pour revenir en France.

  1. La boîte à 2,18 euros
  2. Ce que l’État a payé
  3. Juillet contre octobre
  4. La demande des industriels
  5. Ce que vous payez

Ce que contient une boîte à 2,18 euros

La base publique des médicaments donne le détail : 1,16 euro hors honoraire de dispensation, 1,02 euro d’honoraire, 2,18 euros en caisse, 65 % remboursés. Le prix fabricant, 0,76 euro, ne pèse donc que 35 % du prix public ; l’honoraire en pèse 47 %, le reste couvre le grossiste et l’officine. Dix centimes de moins sur le prix fabricant, c’est 13 % pour le laboratoire et 4,6 % pour la boîte payée en caisse.

Ce prix est fixé par le CEPS, où siègent les ministères de la santé, du budget et l’Assurance maladie, comme l’est celui des protections menstruelles remboursées depuis le 1er octobre. La loi lui impose, depuis 2022 puis par l’article 75 de la LFSS 2025, de tenir compte du critère industriel et de la sécurité d’approvisionnement. Le volume : 430,3 millions de boîtes remboursées entre juillet 2024 et juin 2025, première molécule en volume.

Ce que l’État a déjà payé

Le principe actif n’est plus fabriqué en France depuis 2008. Seqens construit à Roussillon une unité de 15 000 tonnes par an (mise en service fin 2026, premières boîtes en 2027) ; Opella a engagé 36 millions pour Lisieux et Compiègne, Upsa 17 millions pour Agen, selon Le Nouvel Economiste. Environ 140 millions d’investissements, dont 70 millions publics au titre de France 2030 : la moitié.

Le problème est arithmétique. Produire le principe actif ici coûte 60 % plus cher que l’acheter en Asie, selon les industriels. Une subvention paie l’usine, pas la boîte. Si le prix ne couvre pas l’écart, le site tourne à perte : les Forges de Tarbes, seule usine française des corps d’obus de 155 mm, sont en redressement judiciaire alors que l’État reste leur acheteur.

Le calcul du 17 juillet, le revirement du 16 octobre

Le 17 juillet, le CEPS propose à Opella et Upsa une baisse de 13,04 % du prix fabricant, de 0,76 à 0,66 euro au 1er janvier 2027, pour environ 30 millions d’économies annuelles. Le calcul : 30 millions divisés par 10 centimes donnent 300 millions de boîtes, quand 430,3 millions sont remboursées. L’économie porte sur environ 70 % du volume : toutes les boîtes ne relèvent pas du prix régulé ni du même taux.

Le 16 octobre, la présidente du CEPS annonce l’inverse, selon Le Moniteur des pharmacies : le prix du paracétamol fabriqué en France serait maintenu au 1er janvier 2027, une baisse étant compensée par une revalorisation. Les négociations continuent sur un prix unique, avec des remises sur les boîtes importées, pour un même prix public.

Trois chronologies du gel circulent (2021 selon Upsa, 2020 selon une enquête, 2024 selon Le Moniteur), mais elles concordent : le prix n’a pas bougé, et le gel s’achève le 31 décembre.

Prix de cession d’une boîte de paracétamol : trois positions en présence

0,00 €0,25 €0,50 €0,75 €1,00 €CEPS, 17 juillet : baisse proposée : 0,66 € le 27 octobre 2026CEPS, 17 juillet :baisse proposée0,66 €-30 M€ par anPrix gelé depuis 2021, maintenu le 16 octobre : 0,76 € le 27 octobre 2026Prix gelé depuis 2021,maintenu le 16 octobre0,76 €0Upsa et Med France, +10 centimes : 0,86 € le 27 octobre 2026Upsa et Med France,+10 centimes0,86 €+43 M€ par anSource : CEPS, Le Nouvel Economiste, Le Moniteur des pharmacies ; effet annuel calculé sur 430,3 millions de boîtes.

Le prix fabricant est la seule part que le CEPS négocie. L’effet annuel est calculé sur 430,3 millions de boîtes, sans corriger les périmètres, ce qui explique l’écart avec les 30 millions annoncés en juillet.

Ce que demandent les industriels

Upsa et Med France, syndicat de PME et d’ETI créé au printemps 2026, demandent 10 centimes de plus, soit 0,86 euro, rapporte Midi Libre : 43 millions par an, plus que les 30 millions que l’État espérait économiser. Leur thèse : sortir d’un système qui finance l’innovation par la baisse des médicaments matures, et créer une troisième voie réglementaire. Le surcoût français, lui, n’est chiffré publiquement par personne.

Ce que cela change pour vous

Rien, ou presque, sur l’étiquette : le dispositif visé donne un prix public identique à toutes les boîtes sans ordonnance, la différence passant par des remises sur les importées.

Ce que vous payez est déjà réparti : 65 % de 2,18 euros, soit 1,42 euro remboursé, 0,76 euro à votre charge ou à celle de votre complémentaire. Si les 430,3 millions de boîtes étaient toutes remboursées à ce taux, la dépense dépasserait 600 millions par an, dans un budget qui cherche 9,9 milliards d’économies. Le risque n’est pas le prix, c’est la disponibilité : l’hiver 2022-2023 et le recours aux stocks de sécurité ont montré ce que donne une chaîne tendue. Un prix qui ne couvre pas le coût ne fait pas monter la boîte, il fait partir la production.

Notre lecture (Opinion de la maison, pas un fait)

L’État veut trois choses incompatibles : dépenser moins, produire en France, garder le prix bas. Il a mis 70 millions pour faire revenir la molécule, il fixe le prix de la boîte, il en rembourse 65 %. Banquier, client et arbitre à la fois, il peut obtenir deux des trois, jamais les trois.

Je ne crois pas que la question soit de savoir si la boîte doit coûter plus cher. La question est : qui paie les 10 centimes ? Pas le patient, dont le reste à charge n’a pas à financer une politique industrielle. Les laboratoires disent oui si l’État paie sa part ; l’État a dit non en juillet, puis suspendu sa réponse.

Une souveraineté qui ne tient pas dans un prix de vente est une subvention avec une date de péremption : sans personne pour payer les 60 % d’écart, Roussillon produira en 2027 et cherchera son équilibre en 2028.

À retenir

  • 0,76 euro de prix fabricant, 2,18 euros en pharmacie, dont 1,02 euro d’honoraire (base publique des médicaments).
  • 430,3 millions de boîtes remboursées de juillet 2024 à juin 2025, première molécule en volume.
  • 17 juillet : baisse de 13,04 % proposée, à 0,66 euro ; 16 octobre : maintien annoncé pour 2027. Gel jusqu’au 31 décembre.
  • 70 millions publics sur 140 millions investis ; principe actif 60 % plus cher qu’en Asie ; +10 centimes demandés, 43 millions par an.

Ce qu’il faut y regarder : ce reportage d’Europe 1 date de l’annonce de la relocalisation. Regardez ce qui est promis : la molécule, pas les comprimés. Le prix, lui, n’était pas fixé.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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