Marine Le Pen a promis, dimanche 25 octobre à Orléans, d’abolir « la stupide loi Hulot » pour rendre à la France le droit de chercher du pétrole chez elle. La loi de 2017 interdit les nouveaux permis et fixe 2040 comme terme. La promesse mérite examen : elle confond souveraineté et production.
Plan
- Ce que la loi interdit, exactement
- 1 % de la consommation, 64 gisements
- Ce que Nonville montre déjà
- Le prix ne se décide pas au forage
- Ce que j’en pense
- Ce que cela change pour vous
Ce que la loi interdit, exactement
Le texte tient en deux articles du code minier. L’article L. 111-9 ferme trois portes : plus de permis de
recherches, plus de concession nouvelle, plus de prolongation au-delà du 1er janvier 2040. L’article L. 111-13
interdit la fracturation hydraulique
(loi n° 2017-1839, Légifrance).
La loi n’éteint pourtant pas les concessions existantes : l’article L. 111-11 les laisse courir jusqu’à leur
échéance et y maintient les autorisations de travaux. C’est pourquoi la concession de Nonville court jusqu’en 2034
(notre enquête).
Marine Le Pen dénonce une « décroissance énergétique, industrielle » qui mène la France « vers le
sous-développement » : « Nous abolirons, par exemple, la stupide loi Hulot qui interdit la recherche d’hydrocarbures
sur le sol français »
(Outre-mer La 1ère).
1 % de la consommation, 64 gisements
Le ministère de la Transition écologique recense 64 gisements pétroliers et gaziers en exploitation, 4 000 km²,
surtout en Aquitaine et dans le Bassin parisien. Leur production couvre 1 % de la consommation nationale, qui
dépasse 77 millions de tonnes équivalent pétrole
(ministère, page à jour au 1er octobre 2026).
Soit 0,8 million de tonnes en 2015 : à 7,33 barils la tonne, environ 16 000 barils par jour. Les opérateurs sont
des PME, Vermilion, Lundin, Geopétrol, Petrorep, SPPE.
Le calendrier invalide la promesse : de la découverte à la mise en production, « les opérations s’étalent sur
plusieurs dizaines d’années ». Une loi abrogée en 2027 ne livrerait pas un baril avant les années 2030.
Le pétrole tiré du sol français, en millions de tonnes par an
Sources : ministère de la Transition écologique (0,8 Mt en 2015, 1 % de la consommation) ; séries SDES pour les années antérieures.
À observer : cette enquête présentée sur scène (Média Vivant, Académie du climat) part de la plus
petite compagnie pétrolière de France et de deux forages qui menacent l’eau potable de 180 000 Franciliens. Antérieure à l’arrêté d’octobre 2026, elle montre le site et les captages.
Ce que Nonville montre déjà
À Nonville, en Seine-et-Marne, Bridge Énergies exploite une concession qui court jusqu’en 2034. Le préfet y a
autorisé deux forages en janvier 2024 ; le tribunal administratif de Melun a jugé l’autorisation illégale en
janvier 2025, sans l’annuler, laissant dix mois à l’État pour régulariser. La préfecture a signé en octobre 2026.
Ce que ce puits pèse : 75 barils par jour, 0,006 % de la consommation. Ce qu’il côtoie : les périmètres de deux
captages qui alimentent 180 000 Franciliens
(pièces et arrêté).
L’abrogation ne rendrait donc pas un espace vierge : elle étendrait à des périmètres neufs ce qui reste possible
dans les titres en cours.
Le prix ne se décide pas au forage
Le prix à la pompe. La fiscalité en représente environ 60 %
(franceinfo, d’après Vie publique) ;
l’accise est un montant fixe par litre, 33 % du prix du gazole et 36 % de celui du SP95 hors TVA au 3 juillet 2026
(FIPECO).
Le reste suit le brut, coté sur des marchés mondiaux.
Un pays qui produit 1 % de sa consommation ne fixe pas ce prix, il le subit ; et le brut français se vend au prix
du marché. Rouvrir des puits réduirait la facture d’importation d’environ 1 %, pas le prix du litre.
Le Parlement a déjà tranché : la proposition de loi du sénateur Georges Patient, qui levait l’interdiction en Guyane
et à Mayotte, a été adoptée par le Sénat le 29 janvier 2026, puis rejetée par l’Assemblée en juin
(Outre-mer La 1ère).
Le gouvernement était divisé, Naïma Moutchou favorable, Monique Barbut hostile : le vrai débat ultramarin n’est pas le
gazole métropolitain, c’est le développement local.
Abroger la loi Hulot ne rendrait pas son pétrole à la France : elle en a peu, le prix ne se forme pas chez elle, le
premier baril viendrait dix ans après.
Opinion de la maison, pas un fait.
Ce que j’en pense
La souveraineté n’est pas la production : c’est la capacité d’encaisser un choc, par des stocks, des raffineries, des
fournisseurs diversifiés, une demande qui peut baisser. Sur ces points, 1 % ou 3 % ne changent presque rien.
La force pétrolière française est ailleurs, dans ses ingénieurs : le parapétrolier (Schlumberger, CGG, Technip)
réalise plus de 90 % de son chiffre d’affaires à l’étranger, pour 35 milliards d’euros et 64 000 emplois. Aucune
abrogation ne fabrique ces compétences.
Reste l’après-mine, que personne ne met dans la balance : à la fin du titre, le code minier transfère à l’État la
surveillance et la prévention des risques
(loi du 30 mars 1999, même page).
Rouvrir des puits, c’est encaisser la rente trente ans et laisser la charge après.
Je ne dis pas qu’il faut garder la loi Hulot par principe : une promesse de souveraineté fondée sur 1 % de la
consommation est un symbole, peu coûteux avant l’élection, cher après.
Ce que cela change pour vous
Automobiliste : rien ou presque, 60 % du prix étant fiscal et le reste suivant un marché mondial que 16 000 barils
par jour ne pèsent pas.
Riverain : plus de forages possibles dans les zones déjà titrées, comme à Nonville. Contribuable : la surveillance
des puits après leur fermeture.
Électeur : une promesse qui ne coûte rien aujourd’hui et engage le pays pour des décennies. Sur la même tribune,
elle a proposé d’inscrire la « communauté nationale » dans la Constitution
(nous l’avons raconté).
- Marine Le Pen a promis le 25 octobre à Orléans d’abolir « la stupide loi Hulot ».
- La loi de 2017 interdit les nouveaux permis et fixe 2040 comme terme ; les concessions existantes continuent.
- La production nationale couvre 1 % de la consommation : 64 gisements, 0,8 million de tonnes en 2015.
- La fiscalité pèse environ 60 % du prix à la pompe, que la production nationale ne fixe pas.
À prolonger : le gazole et les réserves stratégiques.



