L’Assemblée nationale a adopté jeudi 22 octobre un amendement ouvrant un départ à 62 ans aux salariés qui comptent 42 années de cotisations. Le vote est réel : 45 voix contre 36. La mesure, non : elle est accrochée à un budget dont personne ne sait s’il sera voté. Et c’est un circuit d’argent : l’employeur paierait, la Sécurité sociale encaisserait la différence.
- Ce que 45 voix ont voté
- L’âge légal, génération par génération
- Qui paie les 1,8 milliard
- Ce que cela change pour vous
- Ce qu’il faut surveiller
Ce que 45 voix ont voté
Le texte est un amendement de Sandrine Rousseau, députée du groupe Écologiste et Social, au budget de la Sécurité sociale pour 2027. Il crée un « congé anticipatoire de départ en retraite » : à 62 ans, un salarié ayant validé 168 trimestres, soit 42 années d’assurance, cesse de travailler ; son employeur lui verse une rémunération égale à sa future pension à taux plein jusqu’à l’âge légal, et bénéficie de réductions de cotisations (Capital avec l’AFP, 22 octobre 2026).
Le vote : 45 pour, 36 contre, soit un peu plus de 14 % des 577 sièges (L’Opinion, 22 octobre 2026).
Ce n’est pas une loi. L’amendement peut tomber au vote solennel, disparaître sous un 49.3, être réécrit au Sénat ou censuré. Il ne touche pas à l’âge de la réforme de 2023 : il organise une sortie payée, financée par des cotisations qui ne seront pas versées.
L’âge légal réel, génération par génération
L’âge légal n’est pas de 64 ans aujourd’hui : la réforme de 2023 a été suspendue par le budget de la Sécurité sociale pour 2026. Depuis le 1er octobre 2026 et jusqu’au 1er janvier 2028, l’âge légal est figé à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées en 1963, en 1964 et au premier trimestre 1965, avec 170 trimestres exigés. La montée reprend ensuite : 63 ans pour les naissances d’avril à décembre 1965, 63 ans et 9 mois en 1968, 64 ans à partir de 1969 et 172 trimestres (info-retraite.fr).
Âge légal et trimestres requis, par génération
Âge minimal de départ et trimestres requis pour le taux plein, après la suspension de 2023. Survolez une barre.
Axe tronqué, il commence à 62 ans. Source : info-retraite.fr, âge légal après la LFSS 2026.
Qui paie les 1,8 milliard
Le dispositif voté ajoute une porte de sortie pour ceux qui ont commencé tôt. Un salarié né en 1964 qui atteint 62 ans avec 168 trimestres pourrait s’arrêter 9 mois avant l’âge légal, payé par son employeur, sans liquider sa pension.
Le coût n’a pas été annoncé par le gouvernement ; L’Opinion avance 1,8 milliard d’euros. L’entreprise verserait un salaire sans les cotisations, et gagnerait des allègements : la dépense n’apparaît pas au budget de l’État, mais en recettes manquantes pour la Sécurité sociale, dont le déficit est projeté à 21,8 milliards en 2026, pour un objectif de 12,7 milliards en 2027 (Vie publique, PLFSS déposé le 1er octobre 2026), l’effort portant surtout sur les retraites et la santé (les 9,9 milliards d’effort du projet).
Deux objections. Thibault Bazin, rapporteur général (LR) : « Qu’est-ce qui se passe si l’employeur est en défaut et qu’il disparaît ? » Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail : « Qu’est-ce qu’elles vous ont fait, les entreprises ? », redoutant qu’elles ne se séparent de leurs salariés avant le seuil. Une sortie payée jusqu’à l’âge légal est une dépense privée qui devient publique le jour où l’entreprise disparaît : le texte prévoit l’allègement, pas la garantie.
Ce que cela change pour vous
Si vous êtes né en 1963, en 1964 ou au premier trimestre 1965 avec 168 trimestres à 62 ans, le texte vous concernerait : 9 mois de salaire avant la liquidation, sans décote. Après, la porte se referme : l’âge légal remonte plus vite que les carrières ne se complètent.
Deux précautions : les 168 trimestres incluent chômage, maladie et maternité, à vérifier sur votre relevé de carrière ; et rien n’est ouvert, aucun décret. La hausse des pensions au-delà de 1 260 euros reste fixée par décret (le 18 octobre).
Ce qu’il faut surveiller
Trois choses : le vote solennel du budget, qui dira si l’amendement survit (son adoption est jugée improbable) ; le chiffrage, car 1,8 milliard est une estimation de presse, pas une ligne budgétaire ; l’effet sur l’emploi des seniors, annoncé sans document et vérifiable aux embauches des 62 ans.
Ce vote arrive après la mobilisation du 17 octobre et avant les rendez-vous de novembre, que nous avions situés dans la suite du mouvement, quand les retraités portent déjà une part de l’effort (60 % selon nos calculs). Une sortie pour carrières longues, dans un budget qui gèle des pensions, ne dit pas la même chose à tout le monde.
45 voix sur 577, un jeudi après-midi, et un droit à 62 ans pour des millions de salariés. Je ne reproche pas aux présents d’avoir voté : je constate la méthode, un amendement dans un budget que personne ne tient pour acquis, avec un coût que personne ne porte. Le vote est réel, la mesure virtuelle ; l’argent, lui, sortira des cotisations. Mon désaccord n’est pas avec l’idée de partir après 42 ans de travail, mais avec une promesse qui tait ce qu’elle retire ailleurs.
Opinion de la maison, pas un fait.
- 22 octobre 2026 : 45 voix contre 36 pour un congé de départ à 62 ans avec 168 trimestres, soit 42 ans de cotisations.
- L’employeur verserait la future pension, allégé de cotisations : la dépense se logerait dans les comptes de la Sécurité sociale.
- Coût non chiffré officiellement, 1,8 milliard selon L’Opinion ; déficit projeté à 21,8 milliards en 2026.
- Âge légal aujourd’hui : 62 ans et 9 mois pour les générations 1963 à 1965 (1er trimestre), 170 trimestres, jusqu’au 1er janvier 2028 ; 64 ans à partir de 1969. La mesure n’est pas applicable : budget non adopté.



