Le Haut Conseil des finances publiques a rendu, jeudi 1er octobre 2026, son avis sur les projets de budget de l’État et de la Sécurité sociale pour 2027. L’institution indépendante, placée auprès de la Cour des comptes, juge « optimiste » le scénario de croissance du gouvernement et estime que la cible de 5 % de déficit dépend de la pleine application de toutes les mesures annoncées. Le déficit public ne reculerait que de 5,4 % à 5 % du PIB en un an, soit 0,4 point, tandis que la dette approcherait 122 % du PIB.
Un avis indépendant, rendu le jour même
Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) n’est pas un service du gouvernement. Cet organisme indépendant, placé auprès de la Cour des comptes et présidé par le Premier président de celle-ci, a pour mission d’apprécier le réalisme des prévisions macroéconomiques et des prévisions de recettes et de dépenses inscrites dans les textes budgétaires, et la cohérence de la trajectoire avec les engagements européens de la France.
Saisi le 18 septembre 2026, il a rendu son avis n° 2026-5 le 1er octobre, le jour de la présentation des textes en Conseil des ministres. Son avis est rendu, précise-t-il, dans un contexte géopolitique et financier incertain, marqué par la poursuite du conflit au Moyen-Orient, la remontée des taux d’intérêt et une hausse de la prime de risque propre à la dette française.
Un scénario de croissance jugé « optimiste »
Pour 2026, le gouvernement table désormais sur une croissance de 0,5 %, contre 1,0 % en loi de finances initiale et 0,9 % dans le rapport d’avancement d’avril. Il a aussi révisé son déficit prévisionnel à 5,4 % du PIB, contre 5,0 % annoncés au départ. Le Haut Conseil juge ce scénario actualisé « plausible », tout en relevant que des aléas significatifs subsistent sur les dépenses comme sur les recettes.
Pour 2027, le gouvernement retient une croissance de 1,0 %. Les autres prévisionnistes, auditionnés ou non, situent leurs prévisions « entre un et trois dixièmes en dessous », écrit le Haut Conseil. Celui-ci juge donc le chiffre du gouvernement « optimiste » et considère que « les aléas à la baisse sont majoritaires » : le rebond attendu de l’investissement privé lui paraît « volontariste ». La prévision d’inflation, à + 1,8 % en 2027, est en revanche jugée « consensuelle ».
Un effort affiché de 54 milliards, un déficit qui recule de 0,4 point
Le gouvernement met en avant un effort de « 43 milliards d’euros de mesures nouvelles », porté à « 54 milliards » en y ajoutant la montée en charge de mesures décidées en 2026 et auparavant. Le déficit public ne reculerait pourtant que de 5,4 % du PIB en 2026 à 5 % en 2027, soit 0,4 point.
Le Haut Conseil mesure, lui, un effort structurel de 0,9 point de PIB, environ 28 milliards d’euros : 17 milliards en recettes et 11 milliards en dépenses. L’effort portant sur la dépense primaire atteint 23 milliards. Ces chiffres « illustrent à quel point le poids croissant de la charge d’intérêts absorbe une part importante de l’effort d’économies effectué par ailleurs », écrit-il.
Les prélèvements obligatoires progresseraient de 3,6 %, soit 48 milliards d’euros : 31 milliards au titre de l’évolution spontanée et 17 milliards de mesures nouvelles, notamment des hausses de cotisations et des réductions de niches fiscales ou sociales. Sur ces mesures, le Haut Conseil « regrette de ne pas être en mesure d’en apprécier finement les chiffrages et les impacts », faute de temps et de documentation suffisante.
Une dette qui approche 122 % du PIB
La dette publique continuerait de grimper : plus de 3,5 points de PIB en 2026, près de 2,5 points en 2027, la faisant approcher 122 % du PIB. La charge d’intérêts augmenterait d’environ 12 milliards d’euros sur la seule année 2027.
Le Haut Conseil souligne un changement de régime : les taux auxquels la France emprunte sont « à présent supérieurs à la croissance ». Le pays doit donc « faire davantage d’efforts pour éviter une spirale d’endettement par effet boule de neige ». Même avec un déficit primaire au plus bas depuis 2019, la dette continuerait de progresser.
Le Haut Conseil rappelle que le déficit est « presque intégralement de nature structurelle » et non le reflet d’une récession. À 5 % du PIB, il resterait voisin de son niveau de 2025 et supérieur à celui de la sortie de crise de 2022. Le retour sous 3 % en 2029, toujours affiché par le gouvernement, supposerait de réduire le déficit d’un point par an en 2028 et 2029 : le Haut Conseil juge cette perspective « très peu vraisemblable », sauf évolution conjoncturelle très favorable.
Ce que le gouvernement répond
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a défendu la copie de l’exécutif : « Réduire notre déficit, c’est possible, d’autres l’ont fait », a-t-il déclaré, faisant de la cible de 5 % un « cadre fixe » des débats parlementaires, dont dépendrait selon lui « la souveraineté de la France ». Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a indiqué que « l’effort reposera prioritairement sur la maîtrise de la dépense publique ».
Rien n’est encore voté. L’avis subordonne lui-même l’équilibre prévu à « l’adoption des lois financières et de dispositions réglementaires » : sans elles, il faudrait « remplacer les mesures prévues par d’autres de rendement équivalent ». Le projet de loi de finances doit être déposé au Parlement au plus tard le 6 octobre et son examen à l’Assemblée nationale doit débuter le 13 octobre ; celui de la Sécurité sociale est attendu du 20 au 26 octobre. Le Haut Conseil relève enfin une incertitude qui porte « y compris sur l’adoption même du budget pour 2027 ».
À retenir
- L’avis n° 2026-5 du Haut Conseil des finances publiques, rendu le 1er octobre 2026, juge « optimiste » le scénario de croissance de 1 % retenu pour 2027 et estime que « les aléas à la baisse sont majoritaires ».
- Le déficit public ne reculerait que de 5,4 % à 5 % du PIB entre 2026 et 2027, soit 0,4 point, malgré un effort affiché de 54 milliards d’euros (dont 43 milliards de mesures nouvelles).
- Selon la méthode du Haut Conseil, l’effort structurel est d’environ 28 milliards d’euros (17 en recettes, 11 en dépenses) ; la charge d’intérêts absorbe une part importante du reste de l’effort d’économies.
- La dette publique approcherait 122 % du PIB, avec des taux d’emprunt désormais supérieurs à la croissance : un « effet boule de neige » que le Haut Conseil appelle à éviter.
- Réserve : rien n’est voté ; l’équilibre prévu dépend de l’adoption et de la pleine application des mesures, et le retour sous 3 % de déficit en 2029 est jugé « très peu vraisemblable ».
À lire aussi
- Dette publique à 119 % du PIB : ce que disent vraiment les chiffres
- Gel des allocations familiales : ce que « le maintien à leur niveau de 2026 » signifie pour les familles
- Taxe sur les autoroutes et les aéroports : ce que le budget 2027 change pour les concessionnaires
Question aux lecteurs
Le Haut Conseil des finances publiques juge le scénario du gouvernement « optimiste » et estime que la cible de 5 % de déficit en 2027 dépend de la pleine application de toutes les mesures. Quel jugement vous paraît le plus juste ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non l’opinion de la population française.
Pour aller plus loin
- Avis n° 2026-5 du Haut Conseil des finances publiques sur les projets de lois de finances et de financement de la sécurité sociale pour 2027 (HCFP)
- Avis HCFP 2026-5, texte intégral (PDF)
- Les documents budgétaires de l’exercice 2027 (ministère de l’Économie et des Finances)
- « Budget 2027 : un plan de redressement sujet à des incertitudes majeures » (Les Échos)
- « Budget 2027 : le Haut Conseil des finances publiques juge “optimistes” les plans du gouvernement » (Libération)
Méthode : faits tirés de l’avis n° 2026-5 du Haut Conseil des finances publiques rendu le 1er octobre 2026 (organisme indépendant placé auprès de la Cour des comptes, saisi le 18 septembre), des textes budgétaires présentés le 1er octobre 2026 en Conseil des ministres, des déclarations du ministre de l’Économie et du ministre des Comptes publics, et des reprises de trois éditeurs distincts (Le Monde, Les Échos, Libération). Les montants du déficit, de la dette et des prélèvements sont des prévisions, non des exécutions : ils dépendent de l’adoption des textes par le Parlement et de la pleine application des mesures. L’« effort » affiché par le gouvernement (54 milliards d’euros) ne mesure pas une réduction équivalente du déficit ; la réduction prévue entre 2026 et 2027 est de 0,4 point de PIB.



