Le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre en Conseil des ministres, alourdit la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance, dite TEITLD. Le taux, unique depuis 2024, passerait de 4,6 % à 12,2 % au plus, par tranches de rentabilité. Les concessionnaires d’autoroutes et les grands aéroports devraient verser environ 800 millions d’euros de plus, portant le rendement du prélèvement d’environ 600 millions à 1,4 milliard d’euros par an. Le gouvernement promet que les péages n’augmenteront pas ; le secteur conteste la méthode et le chiffre.
Ce que le budget changerait
La mesure figurait dans l’annonce du gouvernement le 28 septembre 2026, avant d’entrer dans le texte du projet de loi de finances (PLF). Elle vise la taxe sur l’exploitation des infrastructures de transport de longue distance (TEITLD), créée par la loi de finances pour 2024. Jusqu’ici fixe, à 4,6 %, elle deviendrait progressive, avec un taux maximal porté à 12,2 % pour les exploitants les plus rentables.
Le prélèvement ne concerne pas tout le monde. Il s’applique aux exploitants dont les revenus d’exploitation dépassent 120 millions d’euros et dont la rentabilité moyenne sur sept exercices excède 10 %. En pratique, il touche les sociétés concessionnaires d’autoroutes (Vinci Autoroutes, APRR et AREA, filiales d’Eiffage, Sanef) et plusieurs grands aéroports, dont Aéroports de Paris.
Le rendement annuel attendu passerait d’environ 600 millions d’euros à environ 1,4 milliard, soit 800 millions de recettes supplémentaires.
Une taxe jeune, et déjà contestée
Créée en 2024, la TEITLD a rapporté 549 millions d’euros la première année, un peu moins que les 600 millions attendus. Selon l’Association des sociétés françaises d’autoroutes (ASFA), les concessionnaires autoroutiers en acquittent déjà plus de 500 millions, et la hausse proposée ferait passer la part des impôts, taxes et redevances prélevés par l’État sur les recettes de péage au-delà de 50 %, contre environ 45 % aujourd’hui.
Pour situer les ordres de grandeur, l’Autorité de régulation des transports (ART) mesurait, dans ses derniers comptes publiés, près de 12,8 milliards d’euros de recettes de péage et environ 4,3 milliards de résultat net pour les concessionnaires autoroutiers en 2024.
Où va l’argent
Le produit est affecté à l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFIT France). À partir de 2028, le surplus doit alimenter un fonds baptisé « Ambition transports », destiné à la régénération, à la modernisation et à l’adaptation au changement climatique des réseaux routiers et ferroviaires. Le gouvernement résume la logique d’une formule : « les transports financent les transports ».
Qui paiera vraiment ?
La position du gouvernement. Les tarifs des péages sont « strictement encadrés » par les contrats de concession, révisés chaque 1er février selon l’inflation et les programmes d’investissement, sous le contrôle de l’ART. Le ministère de l’Écologie en déduit que la taxe ne pourra pas être répercutée mécaniquement sur les usagers.
La position du secteur. L’ASFA « dénonce avec la plus grande fermeté » le projet. Son délégué général, Christophe Boutin, rappelle qu’« un accord signé en 2015 avec l’État prévoyait une fiscalité stable » et prévient que modifier unilatéralement les conditions des concessions « revient à déséquilibrer l’économie des contrats ».
Ce que dit le droit des concessions. Toute création ou augmentation d’une taxe propre au secteur ouvre, en principe, droit à compensation. Le Conseil d’État a relevé que la rédaction retenue permet des compensations « notamment tarifaires », ce qui n’exclut donc pas une répercussion sur les péages, et ouvre aussi d’autres voies : allongement de la durée des concessions ou étalement des investissements demandés. Le précédent est documenté : la hausse de la taxe d’aménagement du territoire en 2011 s’était traduite par une compensation tarifaire, majorant les péages d’ASF de 0,35 % en 2011 puis de 0,17 % en 2012.
La réaction des marchés. Le 29 septembre, Eiffage a perdu environ 3 % en Bourse, Vinci près de 2 % et Aéroports de Paris un peu plus de 1 %. Selon la banque RBC, la mesure représenterait de 3 à 4 % du bénéfice par action de Vinci et de 7 à 8 % de celui d’Eiffage.
Un point de repère concret : sur les réseaux historiques, les hausses moyennes de péage ont été d’environ 3 % en 2024, puis de 0,92 % en 2025 et de 0,86 % en 2026. Au 1er février 2026, APRR a relevé ses tarifs de 0,94 % et AREA de 0,95 %, « en stricte application des termes contractuels ».
Un budget à 43 milliards de mesures nouvelles
Le même PLF affiche, dans son exposé des motifs, « la mise en œuvre de 43 milliards d’euros de mesures de redressement » pour ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % attendus en 2026. En ajoutant la montée en charge des mesures prises en 2026 et antérieurement, « l’ensemble des efforts » atteint 54 milliards d’euros.
Le gouvernement écarte « toute hausse généralisée d’impôts ». Le Figaro chiffre néanmoins les hausses d’impôts du texte à environ 17 milliards d’euros, dont cette taxe sur les autoroutes. Bercy fait état d’un taux de prélèvements obligatoires de 44,2 % du PIB en 2027, contre 43,9 % en 2026. Le texte doit être examiné en commission des finances à partir du 7 octobre, débattu dans l’hémicycle du 12 au 19 octobre, avec un vote solennel sur les recettes prévu le 20 octobre.
À retenir
- Le PLF 2027 porterait le taux de la TEITLD de 4,6 % à 12,2 % au plus, par tranches de rentabilité.
- Rendement visé : d’environ 600 millions à environ 1,4 milliard d’euros par an, soit près de 800 millions de plus.
- Cibles : les sociétés concessionnaires d’autoroutes (Vinci, Eiffage, Sanef) et plusieurs grands aéroports.
- Le gouvernement promet une répercussion nulle sur les péages ; le secteur invoque la rupture du pacte de stabilité fiscale de 2015.
- Réserve : le taux final dépend du vote du Parlement, et le droit des concessions ouvre des compensations, tarifaires ou non.
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Question aux lecteurs
Le budget 2027 alourdit la taxe sur les concessionnaires d’autoroutes et les grands aéroports, en promettant de ne pas augmenter les péages. Quel point vous paraît décisif ?
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Pour aller plus loin
- Autoroutes : les sociétés vont-elles augmenter le prix des péages ? (franceinfo)
- La réaction des concessionnaires d’autoroutes (BFM TV)
- Le budget 2027 repose largement sur une hausse des impôts (Le Monde)
- Ce que l’on sait du projet de budget 2027 (Boursorama, AFP)
Méthode : faits tirés du communiqué du gouvernement du 28 septembre 2026, du projet de loi de finances présenté le 1er octobre, des comptes publiés par l’Autorité de régulation des transports et des réactions de l’ASFA et des marchés. Chiffres annoncés à ce stade ; taux et rendement définitifs suspendus au vote du Parlement. Limites signalées dans le texte : la promesse de stabilité des péages est un engagement, non une garantie juridique, et les données 2026 restent provisoires au 1er octobre 2026.



