Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, présenté le 1er octobre 2026 en Conseil des ministres, prévoit de ne pas revaloriser les prestations familiales au 1er avril 2027. Le gouvernement parle d’un « maintien à leur niveau de 2026 » et en attend 500 millions d’euros d’économies. Il gèle aussi les aides personnelles au logement et veut réduire de 600 millions d’euros l’allocation de rentrée scolaire. La mesure ne figure pas dans le budget de l’État, mais dans celui de la Sécurité sociale, et rien n’est encore voté : le texte arrive au Parlement à partir du 20 octobre.
Deux textes, deux calendriers
Le gouvernement a présenté jeudi deux projets de loi distincts, souvent confondus sous l’étiquette « budget 2027 ». Le projet de loi de finances (PLF) porte le budget de l’État ; le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) porte celui des régimes sociaux. Les deux ont leur propre parcours parlementaire.
La distinction n’est pas technique : elle détermine où se trouvent les mesures et qui vote quoi. Le gel des prestations familiales est inscrit dans le PLFSS. Le gel des aides personnelles au logement (APL) et la restriction annoncée pour les étudiants de familles aisées, eux, figurent dans le PLF, selon le texte obtenu par l’Agence France-Presse. Les deux textes seront examinés en parallèle, mais pas au même moment.
Sur le fond, l’ensemble forme un « budget de redressement » de 43 milliards d’euros de mesures nouvelles, qui doit ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027 après 5,4 % cette année, et le déficit de la Sécurité sociale à 12,7 milliards d’euros contre 21,8 milliards prévus pour 2026.
« Maintien à leur niveau de 2026 » : une revalorisation d’avril en moins
Les prestations familiales ne sont pas des montants fixes. Elles sont calculées en pourcentage d’une base mensuelle de calcul, la BMAF, fixée à 478,16 euros depuis le 1er avril 2026. Le code de la sécurité sociale (article L. 551-1) prévoit que cette base est revalorisée chaque 1er avril, en fonction de l’évolution prévisionnelle en moyenne annuelle des prix à la consommation hors tabac.
Cette hausse annuelle a été de + 4,6 % en avril 2024, + 1,7 % en avril 2025 et + 0,8 % en avril 2026. En parlant de « maintien des prestations familiales à leur niveau de 2026 », le gouvernement annonce donc l’abandon de la revalorisation d’avril 2027, et non une baisse des montants versés : les sommes resteraient identiques en euros, mais ne suivraient plus les prix.
Concrètement, les montants actuels servent de référence : 152,25 euros par mois pour deux enfants au taux plein et 347,32 euros pour trois enfants, auxquels s’ajoute une majoration de 76,13 euros lorsqu’un enfant a plus de 18 ans. L’allocation de rentrée scolaire versée à la rentrée 2026 allait de 426,87 euros (6 à 10 ans) à 466,02 euros (15 à 18 ans) par enfant.
Qui est concerné
Les prestations familiales représentaient 34,3 milliards d’euros en 2025, soit 35 % des prestations servies par la branche Famille de la Sécurité sociale, selon les rapports d’évaluation des politiques de sécurité sociale. Le réseau des caisses d’allocations familiales compte environ 13,6 millions d’allocataires.
Pour l’allocation de rentrée scolaire, le ministère de l’Éducation nationale et Service-public.fr comptent près de 3 millions de familles bénéficiaires. Les allocations familiales concernent environ 4,7 millions de foyers, et les aides au logement 5,6 millions, dont environ 2,7 millions d’APL. La réduction de 600 millions d’euros sur l’ARS représenterait, selon l’Union nationale des associations familiales (Unaf), une baisse d’environ 30 % de cette prestation.
Ce que le gouvernement met en avant
Le Premier ministre Sébastien Lecornu défend un effort « calibré pour rassurer » les marchés, dans un contexte où les taux d’intérêt de la dette française approchent 5 % à dix ans. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a résumé la position de l’exécutif : « On ne peut pas attendre. » Le gel des prestations familiales doit rapporter 500 millions d’euros, le recentrage de l’ARS 600 millions, dans un ensemble qui touche aussi le point d’indice des fonctionnaires et plusieurs dépenses de l’État.
Le gouvernement décrit une mesure de stabilité, pas une coupe : les bénéficiaires ne verraient pas leur allocation diminuer, seule l’indexation serait suspendue. Les ministres chargés du dossier n’ont pas précisé les modalités du « recentrage » de l’allocation de rentrée scolaire, qui pourrait aussi passer par décret après concertation.
Les objections, et ce qui reste ouvert
Les organisations familiales contestent la présentation. L’Unaf, porte-parole officiel des familles auprès des pouvoirs publics, dénonce une « politique contradictoire » et rappelle que la branche Famille a dégagé un excédent de 1,2 milliard d’euros en 2025, son cinquième exercice consécutif, avant de devenir déficitaire de 0,5 milliard en 2026, notamment sous l’effet des transferts vers d’autres branches (de l’ordre de 6 milliards en 2026). L’UNSA s’oppose « à des économies sur le dos des familles modestes », et la CGT rappelle son opposition au gel du point d’indice des fonctionnaires.
À gauche, le député Manuel Bompard a qualifié le projet de « budget de purge », citant le gel des APL et la réduction de l’allocation de rentrée scolaire ; le Parti socialiste et La France insoumise ont annoncé des motions de censure. Le Rassemblement national promet de « rectifier » le budget s’il arrive au pouvoir.
Un précédent éclaire le dossier. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait déjà un gel des prestations sociales, chiffré à 3,6 milliards d’euros. La mesure avait été retirée lors du débat parlementaire : la loi promulguée le 30 décembre 2025 a maintenu l’indexation sur l’inflation en 2026. Rien ne dit que l’histoire se répétera, mais elle rappelle que l’annonce n’est pas une décision.
Car rien n’est acquis : le PLFSS sera discuté à l’Assemblée nationale du 20 au 26 octobre, avec un vote solennel prévu le 27, avant le Sénat en novembre. Le montant de 500 millions d’euros est une prévision du gouvernement, pas une exécution, et la revalorisation reste due si le texte n’est pas adopté avant le 1er avril 2027 dans les termes annoncés.
À retenir
- Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale prévoit le « maintien des prestations familiales à leur niveau de 2026 », c’est-à-dire l’abandon de la revalorisation du 1er avril 2027 : 500 millions d’euros d’économies attendues.
- Les prestations familiales sont indexées chaque 1er avril (article L. 551-1 du code de la sécurité sociale) ; la base de calcul est à 478,16 euros depuis avril 2026.
- Le même mouvement touche les APL (gel « exceptionnellement en 2027 ») et l’allocation de rentrée scolaire, avec 600 millions d’euros de réduction, soit environ 30 % de cette aide selon l’Unaf.
- La mesure est dans le budget de la Sécurité sociale, pas dans celui de l’État : les deux textes suivent des calendriers distincts.
- Réserve : rien n’est voté (PLFSS à l’Assemblée du 20 au 26 octobre), et le même gel inscrit dans le PLFSS 2026 avait été retiré par le Parlement.
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Question aux lecteurs
Le projet de budget 2027 prévoit de ne pas revaloriser les prestations familiales au 1er avril 2027, de geler les APL et de réduire l’allocation de rentrée scolaire. Quel point vous paraît décisif ?
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Pour aller plus loin
- Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (Assemblée nationale)
- Prestations familiales et sociales : les nouveaux montants au 1er avril (Service-public.fr)
- « Stop aux économies budgétaires sur les familles avec enfants » (Unaf)
- Masses de prestations familiales versées par la branche famille (rapports d’évaluation, Sécurité sociale)
- Loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (Vie-publique.fr)
Méthode : faits tirés du projet de loi de financement de la Sécurité sociale présenté le 1er octobre 2026, du projet de loi de finances, des règles d’indexation du code de la sécurité sociale (article L. 551-1), des barèmes publiés par le service-public et la Caisse nationale des allocations familiales, et des réactions du gouvernement, de l’Unaf, de l’UNSA, de la CGT et des groupes parlementaires. Chiffres annoncés à ce stade : le montant définitif des économies et les modalités du recentrage de l’allocation de rentrée scolaire dépendent du vote du Parlement. Limite signalée : il s’agit d’une non-revalorisation, qui préserve le montant en euros mais fait perdre du pouvoir d’achat.



