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« Un pour un » : la France met fin à l’accord migratoire avec Londres et veut une solution européenne

« Un pour un » : la France met fin à l'accord migratoire avec Londres et veut une solution européenne
« Un pour un » : la France met fin à l'accord migratoire avec Londres et veut une solution européenne

Le ministère britannique de l’Intérieur a confirmé mercredi 30 septembre la fin de l’accord migratoire « un pour un » signé avec Paris à l’été 2025. Le dispositif expire le 1er octobre et ne sera pas reconduit. Le ministère français de l’Intérieur indique pour sa part discuter des « modalités de sortie » : la sortie a été décidée à Paris, comme Laurent Nuñez l’avait annoncé devant l’Assemblée nationale dès le 15 juin. Prévu pour environ 2 600 échanges, l’accord a produit à peu près la moitié de ce volume, et environ 4 % des arrivées par petites embarcations.

Ce que prévoyait le dispositif

Signé à l’été 2025 et appliqué à partir du mois d’août, l’accord était une expérimentation d’un an. Le Royaume-Uni pouvait renvoyer vers la France des personnes arrivées irrégulièrement sur son sol à bord d’une petite embarcation et jugées non admissibles. En contrepartie, il accueillait légalement, selon le même volume, des demandeurs d’asile se trouvant en France et susceptibles d’obtenir une protection, en priorité les nationalités vulnérables et les personnes ayant un lien familial ou autre avec le Royaume-Uni. Le programme, appelé « opération Hillmore » outre-Manche, a été prorogé deux fois, jusqu’au 1er octobre 2026.

Il s’ajoutait au traité de Sandhurst de 2018, qui finance une partie de la surveillance française de la frontière. Pour la période 2026-2029, la contribution britannique passe de 540 à 766 millions d’euros, soit une hausse de 42 %, selon Laurent Nuñez devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale consacrée aux accords du Touquet, le 15 juin. Le volet humanitaire sur le littoral reste, lui, financé par la France, autour de 20 millions d’euros par an.

Un objectif de 2 600 échanges, un bilan deux fois moindre

Le dispositif annonçait une forme d’équilibre chiffré : environ 2 600 échanges. Au 1er mai, la France avait réadmis 606 personnes et le Royaume-Uni en avait accueilli 588, selon le ministre délégué chargé de l’Europe Benjamin Haddad, devant une commission parlementaire en juin. Au 11 juin, le compteur affichait 951 réadmissions en France pour 935 admissions légales au Royaume-Uni, chiffres donnés par Laurent Nuñez devant la commission d’enquête.

Les statistiques du ministère britannique de l’Intérieur donnent une autre échelle : 1 087 personnes renvoyées en France entre le 4 août 2025 et le 30 juin 2026, pour 27 920 personnes arrivées au Royaume-Uni à bord de petites embarcations sur la même période, soit environ 4 % de retours. Le 15 septembre, devant le Parlement britannique, la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood a cité le chiffre d’environ 1 400 personnes renvoyées, contre 1 117 transferts vers le Royaume-Uni aux dernières données connues, en reconnaissant des chiffres « relativement faibles » et la difficulté à gérer chaque semaine un très grand nombre d’expulsions.

Cet écart avec l’objectif affiché nourrit une critique constante. La rapporteure de la commission d’enquête, Elsa Faucillon, a demandé en juin au ministre comment il pouvait conclure à un « effet dissuasif » alors que l’accord ne concernait qu’environ 800 personnes fin mai et que les tentatives de traversée augmentaient. Laurent Nuñez a maintenu que l’objectif n’était pas quantitatif mais dissuasif, en s’appuyant sur des informations du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés selon lesquelles des migrants renoncent à la traversée après avoir eu connaissance du dispositif. Les deux lectures coexistent, et la dissuasion n’a pas été mesurée.

Pourquoi Paris a choisi de sortir

L’annonce n’est pas une surprise. Devant la commission d’enquête, le 15 juin, Laurent Nuñez a déclaré que la France souhaitait « sortir de cette relation bilatérale avec le Royaume-Uni », que l’accord pilote « n’avait pas vocation à être reconduit au-delà du 1er octobre 2026 » et qu’il valait mieux l’intégrer dans un accord entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, « car nous ne voulons pas que notre pays soit le seul à s’engager ». La prorogation jusqu’au 1er octobre a été décidée, selon lui, parce que la mise en œuvre avait pris du temps et pour couvrir la période estivale, où se concentre plus de la moitié des journées de traversée.

La stratégie française est donc un changement d’échelle. Un plan de la Commission européenne pour la Manche et la mer du Nord a été présenté au Conseil justice et affaires intérieures du 4 juin, et Paris entend peser pour un accord migratoire entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. À ce stade, cet accord n’existe pas, et le dispositif bilatéral s’arrête sans successeur identifié.

Londres voulait au contraire prolonger

La chronologie documentée nuance le récit le plus répandu. Selon Le Monde, le Royaume-Uni a tenté jusqu’au bout de prolonger l’accord : le premier ministre britannique Andy Burnham avait encore plaidé pour sa poursuite lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron, début septembre, à Londres. C’est Paris qui était « pressé de sortir de cette coopération ». Le ministère français de l’Intérieur l’a confirmé indirectement en évoquant, mercredi, des « modalités de sortie » en discussion avec les Britanniques.

Les deux capitales ne communiquent pas de la même manière : le ministère de l’Intérieur britannique annonce la fin du programme et l’absence de nouveaux dossiers traités, son homologue français parle de négociation de sortie. Les deux versions portent sur le même fait, la non-reconduction au 1er octobre, établi par les deux gouvernements et par le compte rendu parlementaire français du 15 juin.

Ce qui change au 1er octobre

À partir du 1er octobre, le Royaume-Uni ne traite plus de nouveaux dossiers de réadmission en France au titre de ce programme. La France cesse de reprendre des personnes arrivées irrégulièrement au Royaume-Uni par petite embarcation, en échange de quoi elle perd aussi la voie d’admission légale qu’ouvrait l’accord aux demandeurs d’asile présents sur son sol et ayant un lien avec le Royaume-Uni. La coopération de surveillance, elle, continue dans le cadre du traité de Sandhurst et de ses financements.

Les associations d’aide aux migrants, qui dénonçaient depuis 2025 un « marchandage migratoire honteux » contraire selon elles à la Convention de Genève, ne gagnent pas de garanties nouvelles : la fin du dispositif ne modifie pas les contrôles sur le littoral. À l’inverse, Laurent Nuñez estimait devant les députés qu’une dénonciation des accords du Touquet et des autres traités enverrait « un très mauvais signal » et conduirait à « la reconstitution de campements encore plus nombreux sur les littoraux ». La fin de l’accord « un pour un » n’est pas une dénonciation du Touquet, mais elle ramène la coopération au seul volet sécuritaire.

Les limites de ce dossier

Plusieurs points restent ouverts. La mesure de l’efficacité de l’accord est discutée : environ 4 % des arrivées renvoyées en France, un objectif revendiqué comme non quantitatif, une dissuasion invoquée mais non mesurée. L’effet de la sortie sur les traversées est inconnu : les arrivées ont fortement baissé depuis le début de 2026, avec 14 561 traversées du 1er janvier au 3 août selon les chiffres britanniques, en recul de plus de 40 % sur un an, mais cette baisse avait commencé avant l’échéance et les départs se déplacent, notamment depuis la Belgique. Les chiffres des traversées et des retours proviennent des deux gouvernements concernés : ils sont officiels, mais ne constituent pas des évaluations indépendantes. Enfin, aucun accord européen de remplacement n’est signé à ce jour.

Sur les drames humains, la même prudence s’impose : 22 personnes sont mortes en tentant la traversée depuis le début de 2026 selon le décompte de l’AFP établi à partir de données officielles, contre 31 en 2025 et 78 en 2024 selon le ministre de l’Intérieur, alors que 2025 avait enregistré 41 000 traversées maritimes, le deuxième niveau le plus élevé en dix ans.

À retenir

  • L’accord migratoire « un pour un » entre la France et le Royaume-Uni expire le 1er octobre et ne sera pas reconduit ; les deux ministères de l’Intérieur l’ont confirmé mercredi 30 septembre.
  • Le dispositif visait environ 2 600 échanges ; environ 1 400 personnes ont été renvoyées en France et 1 117 transferts vers le Royaume-Uni ont été enregistrés, soit environ 4 % des arrivées par petites embarcations.
  • La sortie a été décidée à Paris, annoncée par Laurent Nuñez devant l’Assemblée nationale dès le 15 juin, alors que Londres souhaitait prolonger l’accord.
  • La France veut désormais traiter la question avec l’Union européenne ; aucun accord européen de remplacement n’est conclu.
  • Le traité de Sandhurst et la contribution britannique de 766 millions d’euros pour 2026-2029 ne sont pas remis en cause.
  • L’effet dissuasif de l’accord reste discuté et l’effet de sa sortie sur les traversées est inconnu.

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