Une embarcation de 105 personnes, trois morts et neuf blessés
Un canot pneumatique surchargé, venu chercher ses passagers au bord de l’eau sur le littoral du Pas-de-Calais, a fait naufrage lundi 28 septembre au matin. Trois personnes sont mortes : un enfant de 10 ans et deux femmes d’une trentaine d’années, selon le préfet du Pas-de-Calais. Neuf personnes ont été prises en charge en « urgence relative », a précisé le préfet lors d’un point de presse en fin de matinée ; France 3 Hauts-de-France avait d’abord fait état de quatre blessés légers. Les 105 occupants de l’embarcation ont demandé à être secourus et ont tous été pris en charge, selon la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, qui précise que le canot n’a pas coulé.
La police maritime française indique avoir reçu un appel de détresse d’un canot pneumatique au large de Blériot-Plage. La préfecture du Pas-de-Calais, de son côté, a annoncé « un naufrage impliquant un taxi-boat » survenu « au large de Wissant », deux communes voisines de la côte d’Opale. Le navire de sauvetage Minck est arrivé au port de Calais en milieu de matinée ; un correspondant de l’AFP y a vu des passagers débarquer en civière ou en fauteuil roulant, enveloppés dans des couvertures de survie. Pompiers, policiers et un car étaient déployés à quai.
Sur les causes, la préfecture reste prudente. « D’après les premiers éléments de l’enquête, il semblerait que les décès aient été provoqués par un piétinement », indique-t-elle, en ajoutant que « les circonstances précises du drame devront toutefois être établies par l’enquête judiciaire ». Le préfet a désigné les passeurs : « Il y a des responsabilités derrière, ce sont les passeurs. »
Avec ces trois décès, le décompte de l’AFP, établi à partir de données officielles, atteint 22 personnes mortes depuis le début de l’année en tentant de traverser la Manche. Trois corps avaient déjà été retrouvés la semaine précédente dans le Pas-de-Calais, après des départs du même type. En 2025, 29 personnes étaient mortes en mer selon le même décompte, qui portait alors sur l’année entière. L’Observatoire des migrations de l’université d’Oxford recense, de son côté, 162 décès dans la Manche entre 2018 et 2025.
Le « taxi-boat », le mode opératoire qui évite les plages
Le procédé est décrit par la gendarmerie nationale : le bateau est mis à l’eau plusieurs kilomètres en amont, avec à son bord les seuls passeurs, puis il vient récupérer les candidats au départ à quelques mètres du rivage, dans l’eau. Les passagers évitent ainsi les contrôles sur les plages, mais l’embarquement se fait sans quai, sans gilet et sans marge, sur une embarcation déjà pleine. « Les militaires n’ayant pas le droit d’intervenir dès lors que les migrants sont dans la mer, il est difficile pour eux d’empêcher la traversée », résume la compagnie de gendarmerie départementale de Calais.
Selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, 80 % des tentatives de traversée depuis le début de l’année 2026 se font par ce procédé. Les passeurs ont aussi pris l’habitude de faire partir leurs embarcations de la Belgique voisine, où les plages sont beaucoup moins surveillées, avant de venir embarquer les passagers sur le littoral français. Sous la pression de Londres, la France a adopté fin 2025 une nouvelle doctrine pour intervenir en mer ; les interceptions de « taxi-boats » restent rares, six jusqu’au mois d’avril selon M. Nuñez, la priorité affichée étant de ne pas mettre la vie humaine en péril.
Un accord triennal de 766 millions d’euros signé en avril
Le cadre bilatéral a été renouvelé le 23 avril 2026 par un accord triennal franco-britannique destiné à endiguer les traversées clandestines. La contribution financière de Londres passe de 540 millions d’euros sur 2023-2026 à 766 millions, dont 186 millions dits « flexibles » et ajustables. L’enveloppe est fléchée à 60 % vers le renforcement des effectifs sur le littoral français, qui doivent passer d’environ 900 à quelque 1 400 agents d’ici 2029, à 20 % vers les infrastructures et à 20 % vers les équipements : drones, caméras thermiques, jumelles nocturnes, véhicules. Une unité de CRS financée par la France est dédiée à la lutte contre l’immigration clandestine. Le ministre de l’Intérieur a également mis en avant le démantèlement de 28 réseaux de passeurs en 2025, pour 480 interpellations.
Ce cadre reste contesté outre-Manche. En août 2026, le plan du parti Reform UK consistant à déployer la marine britannique pour intercepter et renvoyer les personnes arrivant par bateau a provoqué un différend avec Paris, le ministère de l’Intérieur français jugeant la mesure contraire au droit international.
Moins de traversées réussies, des canots plus chargés
Les chiffres britanniques décrivent une pression qui se déplace plutôt qu’elle ne recule. Selon le Guardian, 18 609 personnes ont rejoint le Royaume-Uni par la mer depuis le début de l’année, soit plus de 40 % de moins qu’à la même date en 2025, et plus de 25 % de moins qu’à la même date en 2024, année où 25 165 personnes avaient traversé. En avril, M. Nuñez annonçait une baisse de 56 % des traversées réussies depuis le 1er janvier.
Dans le même temps, la charge par embarcation augmente. La préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord indiquait en avril que le nombre moyen de personnes par canot était passé de 26 en 2021 à 65 depuis le début de 2026. Le 10 juillet, 128 personnes ont rallié l’Angleterre sur un seul canot, un record après les 125 personnes enregistrées en septembre 2025.
Le nombre de décès ne suit pas la même pente. Il s’établissait à 29 personnes sur toute l’année 2025 selon le décompte de l’AFP, et il atteint 22 au 28 septembre 2026. Ces deux séries de chiffres proviennent de producteurs et de périmètres différents, et rien n’établit à ce stade un lien mécanique entre la baisse des arrivées et la mortalité.
Ce lundi, un autre incident a été observé à Gravelines, au nord de Calais : des journalistes de Reuters ont vu la police tirer des gaz lacrymogènes pour disperser un groupe important de personnes après avoir lacéré leur canot pneumatique avant sa mise à l’eau. Le même jour, à Metz, le pape Léon XIV a prononcé un discours appelant les Européens à accueillir les migrants.
Le naufrage le plus meurtrier de la Manche reste celui du 24 novembre 2021, qui avait fait 31 morts. Le procès de ce dossier se tient actuellement en France, où quatorze personnes comparaissent, selon Euronews.
Ce qui reste à établir
- Le bilan est provisoire : la préfecture du Pas-de-Calais indique qu’il « reste susceptible d’évoluer ». L’identité des victimes n’a pas été communiquée.
- La cause des décès n’est pas établie. Le « piétinement » est présenté par la préfecture comme un « premier élément de l’enquête », les circonstances précises devant être fixées par l’enquête judiciaire.
- La localisation diverge selon les sources : l’appel de détresse a été reçu au large de Blériot-Plage, tandis que la préfecture situe le naufrage « au large de Wissant », communes voisines. Le Guardian écrit que l’embarcation se serait retournée, alors que la préfecture maritime indique qu’elle n’a pas coulé.
- Les décomptes de morts ne sont pas alignés : 22 depuis le 1er janvier pour l’AFP, qui recense les décès à partir de données officielles, contre « au moins 17 » pour le Guardian. Les deux périmètres ne sont pas explicités par les intéressés.
- Les taux de baisse des traversées (56 % annoncés en avril par le ministre de l’Intérieur, plus de 40 % fin septembre selon les données britanniques) portent sur les arrivées au Royaume-Uni. Ils ne mesurent ni les tentatives interceptées ou empêchées, ni le nombre de personnes refoulées vers la France.
À retenir
- Un canot pneumatique transportant 105 personnes a fait naufrage lundi 28 septembre au matin au large de Wissant, dans le Pas-de-Calais : un enfant de 10 ans et deux femmes d’une trentaine d’années sont morts, neuf personnes ont été prises en charge en urgence relative.
- La préfecture du Pas-de-Calais parle d’un « naufrage impliquant un taxi-boat », mode opératoire qui consiste à faire venir le canot par la mer pour embarquer les passagers directement dans l’eau, hors de portée des contrôles sur les plages.
- Selon le ministre de l’Intérieur, 80 % des tentatives de traversée depuis le début de 2026 utilisent ce procédé, et six « taxi-boats » seulement avaient été interceptés jusqu’en avril, la France ayant modifié sa doctrine d’intervention en mer fin 2025 sous la pression britannique.
- Le décompte de l’AFP porte à 22 le nombre de personnes mortes depuis le 1er janvier en tentant de traverser la Manche, contre 29 sur toute l’année 2025 ; la préfecture maritime relevait en avril une moyenne de 65 personnes par canot, contre 26 en 2021.
- L’accord triennal signé le 23 avril 2026 porte la contribution britannique de 540 à 766 millions d’euros, dont 186 millions flexibles, avec 60 % fléchés vers les effectifs du littoral français, qui doivent atteindre environ 1 400 agents d’ici 2029.
Question aux lecteurs
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Pour aller plus loin
- Ouest-France avec l’AFP, le récit du naufrage et le décompte annuel (28 septembre 2026)
- Libération avec Reuters, la méthode du « taxi-boat » et l’incident de Gravelines (28 septembre 2026)
- The Guardian, décompte des arrivées au Royaume-Uni depuis le 1er janvier (28 septembre 2026)
- Gendarmerie nationale, le « taxi-boat » et le « small boat » décrits par la compagnie de Calais (9 janvier 2026)
- BBC News, caractéristiques des traversées et mortalité dans la Manche depuis 2018 (30 juillet 2026)
- La Provence avec l’AFP, le détail de l’accord triennal franco-britannique (23 avril 2026)
- L’Esprit Français, titres de séjour : une action de groupe inédite contre le préfet des Hauts-de-Seine (22 septembre 2026)
- L’Esprit Français, « remigration » : la mécanique des expulsions vers des pays tiers (22 septembre 2026)




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