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De la surface des faits à la profondeur des idées

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À Mayotte, 1 593 demandes d’asile pour 23 421 éloignements

Devant un bâtiment administratif aux volets baissés, une longue file de personnes vues de dos attend sous une bâche bleue ; la queue se prolonge sur un ponton de bois vers un lagon turquoise où un bateau blanc chargé de passagers croise un canot à moteur, sous un ciel de mousson traversé d’un rayon de lumière.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Deux documents officiels, publiés à 6 mois d’écart, décrivent le même département sans décrire le même monde. Le bilan 2025 de l’Ofpra compte 1 593 demandes d’asile enregistrées à Mayotte, 37,2 % de moins qu’en 2024 : le guichet unique de Mamoudzou est fermé depuis le cyclone Chido. Le bilan 2025 de la lutte contre l’immigration clandestine, publié par la préfecture, compte 23 421 éloignements d’étrangers en situation irrégulière, 20 % de plus qu’en 2024. Un guichet s’est fermé, l’autre machine a accéléré.

  1. Deux compteurs, un département
  2. Le guichet fermé depuis Chido
  3. Ce que le taux d’admission dit
  4. En face, 23 421 éloignements
  5. Et à l’échelle du pays
  6. Ce que j’en tire

Deux compteurs, un département

Sur les 1 593 dossiers mahorais de 2025, 1 492 sont des premières demandes, 91 des réexamens et 10 des demandes de statut d’apatride. Cela représente 11,2 % des 14 180 demandes ultramarines de l’année. L’océan Indien, qui pesait 30 % de l’outre-mer en 2024, n’en représente plus que 11,6 %, et l’Office écrit lui-même que « le nombre de demandes à Mayotte a diminué de 37,2 % en un an à la suite du passage du cyclone Chido et de l’interruption des enregistrements au guichet unique ».

La phrase est de l’administration. Elle ne dit pas que les arrivées ont cessé : elle dit que les enregistrements ont été interrompus. Une demande non enregistrée n’existe pas dans les statistiques, et un droit qui ne s’ouvre pas ne se compte pas. Mayotte est ce département où l’État a déjà suspendu un déploiement de fibre, après 5 communes câblées sur 17 : ici, le service public se mesure en guichets ouverts.

Le guichet fermé depuis Chido

L’antenne de Mamoudzou a été détruite en décembre 2024. Le 18 décembre, l’Ofpra annonçait sa fermeture « temporaire » et demandait aux usagers de ne pas s’y présenter. Le rapport 2025 parle depuis de « l’interruption des enregistrements au guichet unique ». Le marché de remise en état a été attribué en décembre 2025 et les travaux de reconstruction ont démarré, indique le même rapport. Près de 2 ans après le cyclone, l’accueil n’a pas rouvert.

L’Office a effectué 24 missions outre-mer en 2025, contre 36 en 2024, dont une seule à Mayotte. La Guyane, elle, a reçu une antenne neuve inaugurée le 18 novembre 2025 : l’écart entre les 2 départements se lit dans le calendrier.

Ce que le taux d’admission dit

52,7 % des demandes mahoraises ont été acceptées en 2025, contre 50,6 % en 2024, pour 41,2 % au niveau national. Le taux monte. Si la demande avait changé de nature, moins fondée ou plus opportuniste, il baisserait. Ce qui a changé, c’est le nombre de personnes qui ont pu déposer. Les nationalités le confirment : la République démocratique du Congo fournit 50 % des demandes, la Somalie 24 %, les Comores 14 %, contre 25 % en 2024.

Un droit qui reste aussi protecteur quand son accès se ferme : voilà ce que produit un guichet détruit. Le mécanisme est général : un jeune sur 7 lit mal, et l’État ne sait plus dire si ça empire, parce que la mesure a changé. Ce qui n’est pas compté ne baisse pas : il disparaît du tableau.

En face, 23 421 éloignements

Le document de la préfecture est plus direct. 23 421 éloignements d’étrangers en situation irrégulière en 2025, dont 2 012 retours volontaires, contre 19 262 en 2024, soit +20 %. 792 personnes reconduites par voie aérienne, principalement vers Madagascar. 4 584 interpellées en mer, 390 kwassas interceptés (493 en 2024, −20 %), 240 passeurs arrêtés. Le bilan s’inscrit dans le plan « Uhura wa Shaba, mur de fer », lancé en avril 2025, qui fixe à 35 000 éloignements l’objectif national.

Mayotte est donc un département où l’État éloigne 23 421 personnes et enregistre 1 593 demandes d’asile dans la même année. Le rapport entre les deux : 14,7 éloignements pour une demande enregistrée. Ce n’est pas une preuve de causalité, une même personne pouvant être interpellée, éloignée, puis revenir : c’est un ordre de grandeur. Il dit à quoi servent les moyens, et où sont les guichets.

Et à l’échelle du pays

La demande nationale a baissé de 5,5 % en 2025, à 145 210 dossiers. Mais les premières demandes ont chuté de 14,4 % et les réexamens ont augmenté de 43 %, à 23,2 % du total. Mayotte pèse 1,1 % de la demande nationale, contre 88,4 % de la demande ultramarine concentrée dans les départements français d’Amérique, la Guyane en tête. La comparaison avec la Guyane, où l’État doit ravitailler 4 communes par les fleuves, dit la même chose autrement : dans ces territoires, la logistique publique n’est pas un détail, c’est la condition de tout le reste.

Mayotte, 2025 : ce que l’Ofpra enregistre, ce que la préfecture éloigne, et le taux d’admission. Survolez une barre.
Demandes d’asile enregistrées à Mayotte en 2025 : 1 593
Premières demandes
1 492
Réexamens
91
Apatrides
10
Éloignements d’étrangers en situation irrégulière à Mayotte
2024
19 262
2025
23 421
Taux d’admission des demandes d’asile
Mayotte 2024
50,6 %
Mayotte 2025
52,7 %
France 2025
41,2 %

Sources : Ofpra, rapport d’activité 2025 (tableaux par département, p. 45 et suivantes), et préfecture de Mayotte, bilan 2025 de la lutte contre l’immigration clandestine (janvier 2026). Chaque panneau a sa propre échelle. Taux d’admission 2024 de Mayotte : 50,6 % (bilan Ofpra 2025, cité par Outre-mer La 1ère).

Ofpra, « 1 Enregistrement de la demande au guichet unique » : la procédure officielle, expliquée par l’Office. Cette séquence décrit l’étape qui n’a plus lieu à Mamoudzou depuis décembre 2024, et que le rapport 2025 désigne comme interrompue. Elle est antérieure au bilan et ne documente pas les chiffres ci-dessus.

À retenir

  • 1 593 demandes d’asile enregistrées à Mayotte en 2025, 37,2 % de moins qu’en 2024 : le guichet unique est fermé depuis le cyclone Chido de décembre 2024.
  • 23 421 éloignements la même année, +20 % par rapport à 2024, dont 792 reconduites par voie aérienne.
  • Le taux d’admission mahorais monte à 52,7 %, au-dessus des 41,2 % nationaux : la baisse est celle des dossiers enregistrés, pas de leur bien-fondé.

Notre lecture

Un département se juge à ses guichets. À Mayotte, l’État a laissé fermé près de 2 ans le seul endroit où demander l’asile, et il a éloigné 20 % de personnes de plus. Les 2 chiffres ne s’opposent pas : ils décrivent une administration qui a déplacé son effort de la protection vers la reconduite. Je ne prête pas d’intention à un chantier, une antenne détruite se reconstruit lentement. Mais une statistique qui baisse parce que le guichet est fermé ne dit rien sur la réalité migratoire, et tout sur la tenue du service public dans un département créé en 2011.

Opinion de la maison, pas un fait.

Ce que j’en tire

Le débat sur l’immigration à Mayotte se joue sur des chiffres que personne ne fabrique au même endroit : un office qui compte les demandes et constate qu’il n’a pas pu les recevoir, une préfecture qui compte les éloignements et se félicite qu’ils progressent. Les deux sont publics, signés par l’État, et ne se parlent pas. Le seul chiffre qui les relie est un rapport de 14,7 pour 1.

Alors quand un ministre annoncera une baisse des demandes d’asile à Mayotte, la question sera de savoir si le guichet a rouvert. La migration sert souvent d’écran aux questions de service public ; ici, l’écran est un rideau de fer baissé.

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