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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Le réseau tient sur ce qui ne se voit pas, et la panne ne rend

Local technique de télécommunications la nuit : à droite, une baie ouverte montre ses cartes et ses faisceaux de fibre optique, à côté une deuxième baie identique ; au sol, un boîtier de téléassistance, une lampe de chantier et un tournevis ; au fond, par la porte ouverte, un pylône de réseau mobile et une voie ferrée sous la pluie.
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Le 21 octobre, le réseau mobile d’Orange tombe à 11 h 37. Il ne revient qu’à 20 h 30, après 8,9 heures de panne. Deux jours plus tard, la cause est enfin publique. Six jours après, un autre réseau du même groupe lâche aux Antilles. Cette fois, personne ne dit pourquoi. Un réseau peut toujours tomber. La question est de savoir qui doit expliquer, et qui doit payer.

Les questions de cet article

  1. Pourquoi le secours n’a pas secouru ?
  2. Faut-il éteindre un réseau avant l’autre ?
  3. Que vous doit un réseau qui lâche ?
  4. Qui répare, et jusqu’à quand ?
  5. Ce que ce corpus n’établit pas
  6. Ma lecture, et la vôtre

Pourquoi le secours n’a pas secouru ?

Le 21 octobre, Orange confirme un incident national, sans cause ni durée. L’explication arrive le 23 octobre : un bug logiciel dans un équipement Nokia du nouveau cœur de réseau. Ce cœur, c’est la machine qui vérifie les cartes SIM et aiguille les appels (la panne du 21 octobre).

Le détail décisif est passé inaperçu. Les secours, installés sur d’autres sites, tournaient sur le même logiciel. Ils sont tombés ensemble, et chaque remise en service les faisait retomber. La redondance existait sur les plans du bâtiment, pas dans le comportement de la machine.

Six jours plus tard, le 27 octobre, l’internet mobile tombe aux Antilles et en Guyane, environ sept heures (deuxième panne, deuxième silence). Les appels et les numéros d’urgence tiennent. Aucun chiffre de clients, aucune cause, aucun délai. Le 23 octobre, Orange se déclarait pourtant numéro un aux Antilles sur 44 des 46 critères de l’Arcep, l’autorité qui règle les télécoms. Ces critères mesurent le débit, pas la tenue quand un équipement tombe.

Peut-on éteindre un réseau avant que l’autre soit prêt ?

Le 20 octobre, Orange éteint sa 2G dans 43 départements et termine l’arrêt en métropole. Il restait 1,68 million d’appareils qui ne captent que la 2G. L’Arcep en comptait 1,06 million de téléphones et 620 000 objets connectés fin juin (la 2G s’éteint, la facture reste). Ascenseurs, alarmes, téléassistance : un appareil muet ne se signale pas.

Qui a décidé de la date ? L’Arcep l’écrit sur sa page publique : ces décisions « relèvent de la stratégie des opérateurs ». L’État informe, l’opérateur coupe. Le remplacement reste à la charge du propriétaire.

Le cuivre suit le même chemin. 931 communes sont déjà coupées, 2 148 le seront le 31 janvier 2027 (la fin du cuivre et ses 939 communes). Or 939 communes qui ont une date affichent moins de 90 % de locaux raccordables à la fibre, soit 554 855 habitants. La moyenne nationale, 95 %, ne dit rien de ces 939 communes.

Ce qu’une coupure vous rapporte, selon le réseau

Montant versé à un abonné, en euros. Survolez une barre, ou tabulez jusqu’à elle.

Électricité, 5 h24 €Électricité, 24 h96 €Mobile, une journée0 €0255075100euros versés à l’abonné, pour un abonnement de 12 kVA

Électricité : 2 euros hors taxes par kilovoltampère souscrit et par tranche de cinq heures, plafond de 40 tranches, décision de la Commission de régulation de l’énergie du 21 janvier 2021. Mobile : aucun droit automatique trouvé dans les textes consultés. Le train suit un autre régime : le gestionnaire d’infrastructure absorbe la facture et la répercute dans ses péages.

Que vous doit un réseau qui lâche ?

Prenez l’électricité. Le 23 octobre, 288 600 foyers sont privés de courant après la tempête Austen (les lignes aériennes ont cédé). Toute coupure de plus de cinq heures ouvre un dédommagement automatique, de 2 euros hors taxes par kilovoltampère souscrit et par tranche de cinq heures. Pour un abonnement de 12 kVA, cela fait 24 euros, sans aucune démarche.

Prenez le mobile. Aucun texte consulté n’ouvre un droit automatique à indemnité pour une coupure (la panne sans dédommagement). Après le 21 octobre, la réponse d’Orange a été commerciale : doubler l’enveloppe de données pendant un mois. C’est un geste, pas une garantie.

Prenez le train. Après l’incendie de câbles de 2024, la facture a dépassé 11 millions d’euros, dont 6 pour la surveillance (les câbles brûlés de Toulouse). Ce n’est pas une assurance qui paie. SNCF Réseau absorbe, puis répercute dans ses péages.

Trois réseaux, trois régimes : l’électricité a un prix de la coupure, le mobile aucun.

Qui répare, et jusqu’à quand ?

Le réseau ferré compte 28 000 kilomètres de voies que personne ne surveille. SNCF Réseau a recensé 50 sabotages et vols en 2023, environ 65 en 2024 et 95 au 6 novembre 2025. Protéger coûte plus cher que réparer : 6 millions pour la surveillance, 3 millions pour la remise en état.

La réparation a aussi des mains, et ces mains s’en vont. À Perpignan, un plan social menace 250 emplois chez un sous-traitant de la fibre (les techniciens poussés dehors). Sa branche télécoms a été liquidée le 31 août, 370 emplois perdus. À Fumay, dans les Ardennes, l’usine de câbles aidée par l’État en 2021 cherche un repreneur pour 230 emplois (l’usine de câbles en sursis).

Quand ces équipes partent, le délai ne dépend plus de votre demande. Il dépend des comptes du sous-traitant.

Ce que ce corpus n’établit pas

Le nombre de clients privés de service les 21 et 27 octobre reste inconnu. Aucun registre public national des pannes n’apparaît dans les pièces lues. Un lien entre l’extinction de la 2G et la panne du 21 octobre n’est établi par aucune pièce. Une intention de dissimuler n’est établie par aucun propos. La part des pannes dues à la vétusté reste inconnue.

Ma lecture, et la vôtre

L’objection est sérieuse : 95 % des locaux sont raccordables à la fibre et plus de 99,8 % des sites 2G et 3G émettent déjà en 4G. Exiger davantage coûterait cher, et un bug logiciel n’est pas un manque d’investissement. Elle est juste sur la couverture. Elle ne touche pas le point : le sujet n’est pas la moyenne, c’est l’absence de compte rendu et l’asymétrie du droit.

Ma lecture, opinion de la maison et non un fait

Je ne demande pas un réseau parfait, aucun ne l’est. Je constate qu’une coupure d’électricité a un prix automatique et qu’une coupure de mobile n’en a aucun. Entre les deux, il n’y a pas une différence de technique, il y a une différence d’obligation. Celui qui coupe devrait rendre des comptes.

À retenir. Un réseau se juge moins à sa couverture qu’à ce qu’il doit quand il tombe, et seule l’électricité paie aujourd’hui.

Et vous : si votre mobile tombe demain une journée entière, à qui demandez-vous des comptes, et sur quel texte ?

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La rédaction de L’Esprit Français

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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