Une inspectrice du travail de la direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS) de Martinique a mis fin à ses jours le week-end des 24 et 25 octobre. Elle est morte à son domicile, selon la préfecture citée par RCI Martinique. Sa mort a été rendue publique le 28 octobre par Force ouvrière, le syndicat dont elle était membre. Depuis, aucune enquête indépendante n’a été annoncée.
- Ce qui s’est passé
- Ce que demande le syndicat
- Pourquoi la reconnaissance n’est pas automatique
- Le service qui contrôle les autres a-t-il les moyens ?
- Ce que le ministère ne dit pas
- Ce que j’en retiens
Ce qui s’est passé
Le lundi 26 octobre, la direction de la DEETS a réuni les agents. Une cellule de crise a été ouverte. Ce jour-là, un collègue du même service a indiqué publiquement avoir tenté de mettre fin à ses jours le 7 octobre 2026. Il a lié son geste à une souffrance au travail « dénoncée à plusieurs reprises », selon le récit de Force ouvrière à RCI Martinique.
Selon la même radio, un courrier automatique laissé par l’inspectrice citait les personnes qu’elle jugeait responsables de son acte. Aucune enquête n’a établi de responsabilité. Ces personnes ne se sont pas exprimées publiquement. Nous ne les nommons pas.
Force ouvrière a confirmé le décès dans un communiqué du 26 octobre : le ministère « doit protéger ses agents en acte et pas qu’en parole ».
Ce que demande le syndicat
Force ouvrière réclame quatre choses. Une enquête indépendante. La suspension provisoire des personnes mises en cause. Un plan d’urgence sur les risques psychosociaux à la DEETS. Et une audience auprès du préfet de Martinique.
Le mot « indépendante » n’est pas décoratif. L’employeur est ici l’État. Or c’est la direction visée qui devrait instruire elle-même. Une enquête interne peut établir des faits. Elle ne peut pas établir ce que la direction a laissé faire.
Pourquoi la reconnaissance n’est pas automatique
Un agent public blessé ou tué dans l’exercice de ses fonctions voit sa lésion présumée liée au service. Un suicide à domicile ne bénéficie pas de cette présomption. L’administration instruit le dossier, la commission de réforme donne un avis, et c’est le lien avec le travail qu’il faut démontrer.
D’où l’importance de la formule employée par RCI dans son titre, « causes exclusivement professionnelles ». Ce n’est pas une qualification juridique. C’est une affirmation à établir, et la charge en revient d’abord à la famille.
L’enjeu n’est pas symbolique. La reconnaissance en accident de service conditionne les droits de la famille. Refusée, elle laisse les proches sans reconnaissance et sans les droits qui vont avec. Le mécanisme est le même pour tous les accidents du travail, avec des montants plafonnés que nous avons détaillés dans cet article sur l’indemnisation.
Le service qui contrôle les autres a-t-il les moyens ?
Les inspecteurs du travail contrôlent les employeurs privés au nom du code du travail. Eux-mêmes sont des agents publics. Leur protection relève d’un autre régime, et c’est leur direction qui l’applique. La question des moyens se pose donc aussi pour eux.
Le ministère du Travail répond que les effectifs se rétablissent. Dans une réponse écrite publiée au Journal officiel le 20 janvier 2026, il annonce 1 845 agents de contrôle, inspecteurs et contrôleurs, en hausse de 4,5 % sur un an. Il précise que 86 % des sections étaient pourvues en septembre 2024.
Une note interne de la direction générale du travail de décembre 2025, citée par la CGT, donne une autre image. Les services sont passés sous la barre des 2 000 sections : 1 990 exactement, après 14 suppressions en un an. Les gains nets ont été de 75 agents entre 2023 et 2024, puis de 26 entre 2024 et 2025. Il faut 18 mois pour former un inspecteur.
Postes ouverts au concours d’inspecteur du travail
Nombre de postes ouverts aux trois concours, par année
Le 15 septembre 2026, environ 350 agents de contrôle se sont rassemblés devant le ministère, à Paris. Ils soutenaient deux collègues de l’Isère convoqués en conseil de discipline, après avoir contrôlé des commerces ouverts le 1er mai. Ils dénonçaient le sous-effectif et la perte de sens, selon le reportage de L’Humanité.
Ce que le ministère ne dit pas
Les deux séries ne se contredisent pas : le détachement explique une partie des embauches. Mais la réponse officielle s’arrête à septembre 2024. Elle ne donne ni les sections sans titulaire, ni les postes ouverts au concours 2026.
Sur ces deux points, il faut passer par les syndicats. Le ministère invoque, dans la même réponse, une « politique volontariste » et 769 recrutements. Il ne dit pas combien d’agents partent avant d’être remplacés.
Un harcèlement se prouve par des faits, pas par l’émotion. La Cour de cassation l’a rappelé le 28 octobre dans une affaire de 279 consignes envoyées pendant un arrêt de travail.
Une inspectrice du travail de Martinique est morte à son domicile le week-end des 24 et 25 octobre. Son syndicat demande une enquête indépendante. La direction n’en a annoncé aucune. Un collègue dit avoir tenté de se tuer le 7 octobre, pour les mêmes raisons de souffrance au travail.
Ce que j’en retiens
Opinion de la maison, pas un fait. Une administration qui sanctionne les employeurs pour manquement à la sécurité doit s’appliquer ce qu’elle exige. Ici, la même direction instruit le drame et devrait enquêter sur elle-même. Tant que l’enquête reste interne, la question restera sans réponse, et les agents continueront de partir sans que personne ne compte.
Une table ronde de l’Anact, l’agence publique d’amélioration des conditions de travail, décrit les risques psychosociaux propres à la fonction publique. Elle est antérieure au drame : elle sert à comprendre le cadre, pas à l’établir.
Vidéo publiée le 19 février 2019 par l’Anact. À observer : la spécificité du secteur public, où l’employeur est aussi le régulateur, et où la charge de travail se négocie dans un cadre statutaire. Le drame de Martinique n’y est pas évoqué. L’image de une est une reconstitution graphique, pas une photographie des lieux.



