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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

À Montpellier, une « milice » née des pillages du 17 octobre s’en est prise aux manifestants

Des hommes en vêtements sombres portant des foulards blancs avancent dans une rue, face à un cordon de CRS casqués, devant des façades haussmanniennes et une foule au fond dans la brume.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Samedi 24 octobre, 16 heures, rue de la Loge, à Montpellier. Une vingtaine d’hommes en foulard blanc vont au contact des manifestants. Sur les vidéos authentifiées par France 3 Occitanie, ils frappent, puis se replient derrière les CRS, qui n’interviennent qu’après la riposte. Le lendemain, le maire parle d’une « milice d’extrême droite » et saisit le procureur, sans réponse du parquet.

Le plan

  1. Une entraide née des pillages du 17 octobre
  2. Montpellier, 16 heures, rue de la Loge
  3. Rouen, Nancy, Nice : deux réponses pour une méthode
  4. Personne ne compte les villes de la même façon
  5. Ce que l’État reconnaît, et ce qu’il ne dit pas
  6. Et maintenant, le 31 octobre

Une entraide née des pillages du 17 octobre

Le 17 octobre, des commerces ont été pillés ; à Trappes, le suspect de l’attentat raciste a dit avoir tué pour « venger les commerçants » (notre article). Une semaine plus tard, un Montpelliérain met en ligne Alpha Rise, « l’entraide citoyenne entre habitants et commerçants » : 66 villes annoncées, un canal Telegram et un référent par ville. La promesse : « aucun commerçant seul derrière sa vitrine », avec un slogan, « zéro violence, zéro provocation ».

La charte est explicite : « les mains vides », « un tissu blanc visible », « aucune arme, aucun objet pouvant servir d’arme : ni bâton, ni batte, ni gazeuse », et « la police reste la seule à intervenir ».

La bascule est là : une ville n’a pas besoin de volontaires pour protéger des vitrines, elle a une police. Une « entraide » disponible les jours de manifestation fabrique un groupe au contact des cortèges : la protection devient présence politique.

Montpellier, 16 heures, rue de la Loge

Vers 16 heures, la bagarre éclate rue de la Loge. France 3, qui a filmé sous deux angles, décrit des projectiles et des coups, puis le groupe se réfugiant derrière les CRS, qui ne chargent qu’après la riposte des manifestants.

20 Minutes cite une autre vidéo : un manifestant roué de coups au sol, puis interpellé, tandis que son agresseur s’éloigne sans être inquiété.

Le maire, Michaël Delafosse, dénonce une « milice d’extrême droite » ayant « fait usage de la force contre des manifestants », et veut que la justice « enquête et interpelle les auteurs » : « il ne peut y avoir la moindre impunité ».

Rouen, Nancy, Nice : deux réponses pour une méthode

À Rouen, la préfecture annonce 30 interpellations (port d’armes, participation à un groupement, dissimulation du visage) et trois blessés légers dont un policier ; Blast rattache les agresseurs à « Entraide Citoyenne Rouen ». À Nancy, Libération s’est procuré une vidéo montrant, selon le journal, une attitude policière « passive voire complaisante » pendant que des militants d’extrême droite agressaient le cortège syndical. À Nice, la préfecture écrit qu’« une centaine de militants d’ultra-droite masqués » ont convergé vers le centre-ville « pour affronter physiquement les manifestants » ; le parquet annonce 59 gardes à vue, dont 11 « susceptibles d’appartenir à la mouvance », certains trouvés avec « masques, gants, gazeuses et matraques » (Le Nouvel Obs).

La charte interdit précisément la gazeuse et le bâton. Rien n’établit que les 11 Niçois appartiennent à ce réseau, le parquet parlant d’une « mouvance », pas d’une organisation. Mais l’écart entre la promesse écrite et ce que la police saisit est la question du dossier.

Personne ne compte les villes de la même façon

Le ministère de l’Intérieur, interrogé par l’AFP, cite Nice, Montpellier, Nancy « et encore une dizaine d’autres ». Mathilde Panot avance « 14 villes ». Libération « plus d’une quinzaine », et en nomme 15. Le Nouvel Obs « au moins 17 ». Quatre sources, quatre chiffres, aucun décompte officiel.

Sans nombre, pas de bilan, et sans bilan, pas de responsabilité. Les seuls chiffres nationaux portent sur la journée entière, tous motifs confondus : 1 314 interpellations, 53 membres des forces de l’ordre blessés (France 24 ; notre premier bilan). Combien concernent l’extrême droite ? Aucun chiffre.

Interpellations annoncées par les autorités, ville par ville, au 25 octobre 2026

0 20 40 60 Nice Nice : 63 interpellations au total, selon la préfecture et le parquet. Nice : 11 personnes « susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultra-droite » parmi les 59 gardes à vue. 63 dont 11 côté ultradroite Rouen Rouen : 30 interpellations, tous motifs confondus, selon la préfecture de Seine-Maritime. 30 répartition non communiquée Montpellier aucune interpellation annoncée dimanche interpellations annoncées dont mouvance d’ultradroite identifiée

Chiffres déclarés le 25 octobre 2026. Les périmètres ne sont pas comparables : à Nice, les 63 couvrent tous les motifs de la journée et 11 personnes ont été rattachées à la mouvance ; à Rouen, la préfecture n’a pas ventilé les 30 par bord ; à Montpellier, aucune interpellation n’avait été annoncée et le parquet n’avait pas répondu. Sources : préfecture des Alpes-Maritimes, parquet de Nice, préfecture de Seine-Maritime, France 3 Occitanie.

Ce que l’État reconnaît, et ce qu’il ne dit pas

Le ministère défend ses troupes : « les forces de l’ordre sont généralement intervenues, soit pour disperser ces groupes, soit pour éviter des affrontements ». Puis la phrase qui compte : « Les militants d’ultradroite n’ont pas systématiquement été interpellés dans le contexte très dur de gestion de l’ordre public. » Un aveu mesuré.

Des élus vont plus loin : Clémentine Autain demande « comment il est possible que ces milices aient pu tranquillement traverser une ville avec un dispositif policier hors norme », Thomas Portes dénonce une « connivence entre les CRS et les militants fascistes ». Ce sont des accusations : aucune pièce publiée à ce jour n’établit une connivence organisée. Ce qui est établi, ce sont les vidéos, Nancy, et cette phrase du ministère.

Et maintenant, le 31 octobre

Un sit-in est annoncé le 31 octobre, déclaration exigée avant mardi (notre article), puis une grève le 5 novembre. Chaque cortège aura deux fronts : la police devant, des groupes se disant là pour protéger les vitrines.

Les préfectures ont interdit des manifestations sans empêcher les cortèges. Interdiront-elles les groupes qui viennent en découdre ? Aucune annonce dimanche, et c’est la seule mesure qui ne dépend pas de la rue.

Reportage tourné le 24 octobre, avant que l’ampleur des attaques d’extrême droite ne soit établie : à regarder pour la mécanique, qui est contenu et qui passe.

Notre lecture

La question n’est pas morale, elle est étatique : qui détient la violence légitime sur le pavé ? Une « entraide » présente dans 66 villes reconstitue un corps intermédiaire que son nombre suffit à armer, et l’État, en le tolérant, lui cède un morceau de son monopole. Placés entre deux foules, les CRS n’arbitrent pas le droit : l’arbitrage penche vers celle qui ressemble à l’ordre. Opinion de la maison, pas un fait.

À retenir

  • Une « entraide citoyenne » née des pillages du 17 octobre revendique 66 villes, un canal Telegram par ville.
  • À Montpellier, une vingtaine d’hommes en foulard blanc sont allés au contact ; le maire parle d’une « milice » et saisit le procureur.
  • Les décomptes vont de 13 à 17 villes selon les sources ; aucun chiffre national des interpellations d’extrême droite.

Et chez vous ? Avez-vous vu ces groupes en marge des cortèges de votre ville, et la police est-elle intervenue ?

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