Pour la Toussaint, le ministère de l’Intérieur demande aux préfets de renforcer la sécurité des églises et des cimetières. Le motif invoqué : les actes antichrétiens recensés entre janvier et août 2026 dépassent de 3 % ceux de la même période de 2025. La note, datée du mardi 27 octobre, demande aussi aux préfets de solliciter les maires, pour mobiliser la police municipale et la vidéoprotection. L’État fixe la consigne. Les communes fournissent les agents et les caméras.
- Que demande la note, exactement ?
- Que disent les chiffres qui la justifient ?
- Qui paie cette sécurité ?
- Pourquoi les églises sont-elles une affaire communale ?
- La Toussaint est-elle un cas isolé ?
- Notre lecture.
Que demande la note, exactement ?
franceinfo a consulté la note, envoyée le 27 octobre (franceinfo, 28 octobre). Elle couvre la Toussaint et les commémorations des défunts des 1er et 2 novembre. Trois consignes en découlent. Les forces de l’ordre doivent se rapprocher des responsables des lieux de culte et des cimetières, et insister pour limiter le nombre d’accès. Les préfets doivent solliciter les maires, pour mobiliser la police municipale et la vidéoprotection. Les services de renseignement doivent évaluer la menace.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, invoque deux raisons : un « niveau très élevé de menace terroriste » et « l’accroissement des tensions au plan international ». Aucun fait précis n’est visé. La consigne est nationale.
Que disent les chiffres qui la justifient ?
La Direction nationale du renseignement territorial recense les actes antireligieux, c’est-à-dire les faits visant une personne ou un bien à cause d’une religion. Entre janvier et août 2026, elle a recensé 605 faits antichrétiens. Cela représente 3 % de plus que sur la même période de 2025, et 21 % de plus qu’en 2024 (franceinfo). Pour l’année 2025 entière, le ministère a compté 843 faits, en hausse de 9 % sur 2024 (bilan du ministère de l’Intérieur).
Le même chiffre donne donc deux lectures : 3 % de hausse si l’on compare à 2025, 21 % si l’on compare à 2024. Le ministère retient la première. Au premier semestre, la hausse atteignait 6 % (CNEWS, 8 août) : sur huit mois, le rythme a ralenti.
605 faits en 8 mois, 843 sur toute l’année 2025 : la comparaison juste
Faits antichrétiens recensés, ramenés au mois. Calcul de la rédaction à partir des chiffres du ministère de l’Intérieur.
88,6 faits par mois
1 063 faits sur l’année, divisé par 12.
70,3 faits par mois
843 faits sur l’année, en hausse de 9 % sur 2024.
75,6 faits par mois
605 faits en 8 mois, plus 3 % sur la même période de 2025, plus 21 % sur celle de 2024.
Le bilan d’avril 2026 le dit : les actes antireligieux n’ont pas d’infraction pénale propre. Le recensement dépend des plaintes déposées. Ces chiffres donnent une tendance, pas une mesure exacte. Sur les actes antichrétiens, 87 % sont des atteintes aux biens, tags, dégradations et vols ; 13 % visent des personnes (La Croix, 6 août).
Qui paie cette sécurité ?
La police municipale est payée par la commune. La vidéoprotection aussi. La note ne crée pas ces dépenses : elle les réoriente. Des agents qui auraient patrouillé ailleurs passeront la Toussaint devant les églises et les cimetières.
L’État a son propre programme : 48 millions d’euros en 10 ans pour sécuriser les lieux de culte, dont 611 666 euros pour le culte chrétien en 2025. Il entretient 200 référents sûreté et fait passer des patrouilles de l’opération Sentinelle devant les sites lors des grandes fêtes (bilan 2025). Aucun financement nouveau n’est annoncé avec la note du 27 octobre.
Le précédent date de la semaine dernière. Le 23 octobre, le préfet de Paris expliquait aux commerçants qu’ils devaient payer leurs propres vigiles (notre article du 23 octobre). Même principe, un étage plus bas : la consigne vient d’en haut, la dépense reste en bas.
Pourquoi les églises sont-elles une affaire communale ?
La loi du 9 décembre 1905 a réglé la propriété des lieux de culte. Les églises construites avant elle appartiennent à l’État, aux départements ou aux communes (loi du 9 décembre 1905, articles 12 et 13). Leur usage reste gratuit pour le culte. La commune est donc propriétaire du bâtiment. C’est elle qui paie la police qui le surveille et les caméras qui le filment.
Le cimetière communal suit la même logique. La mairie gère les concessions, les horaires et les accès, comme nous l’avons raconté pour les tombes de famille qu’elle peut reprendre. Pour la Toussaint, la note demande que l’on limite le nombre d’accès à des lieux que la commune doit entretenir.
La Toussaint est-elle un cas isolé ?
Non. Le même télégramme part à chaque grande fête religieuse. Le 5 août, pour l’Assomption. Le 31 août, pour les fêtes juives. Le 27 octobre, pour la Toussaint (La Croix, 5 septembre). Trois notes en trois mois, avec la même mécanique : un chiffre pour motif, une consigne aux préfets, une vigilance demandée aux cultes.
Une seconde note organise le week-end du 31 octobre, entre la mobilisation contre la vie chère et Halloween. Elle prévoit 75 % des effectifs de police présents, des rappels au service et la réserve opérationnelle. Elle ouvre aussi des arrêtés pour encadrer la vente de carburant, et l’engagement du Raid près des bâtiments publics exposés (franceinfo). Deux dispositifs, un même réflexe.
Notre lecture. Opinion de la maison, pas un fait.
Une hausse de 3 % suffit à mobiliser toutes les polices municipales de France. Le chiffre est réel, la menace aussi, mais la note ne dit ni combien d’agents, ni qui les paie. L’État écrit la consigne, la commune sort les agents. Ce transfert dure depuis 2015, et il ne coûte rien à celui qui signe.
À retenir
- Une note du 27 octobre demande aux préfets de sécuriser églises et cimetières pour la Toussaint et le 2 novembre.
- Les maires sont sollicités pour mobiliser la police municipale et la vidéoprotection, qu’ils paient.
- 605 faits antichrétiens recensés de janvier à août 2026 : 3 % de plus qu’en 2025, 21 % de plus qu’en 2024.
- 87 % de ces actes sont des atteintes aux biens, pas des violences contre des personnes.
Et vous, saviez-vous que la police qui garde l’église de votre village est payée par votre commune ?



