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De la surface des faits à la profondeur des idées

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A69 : 20,40 euros l’aller-retour, et l’ouverture du 6 novembre vacille

Au crépuscule, une autoroute neuve traverse une vallée du Tarn ; un immense portique de péage sans barrière la franchit de part en part, aussi haut qu'un arc de triomphe, et une voiture isolée roule vers lui, phares allumés. Au premier plan à gauche, dans une salle de pierre, une main en manchette blanche appuie un sceau de bronze sur un contrat ouvert, près d'un tampon, de pièces et d'un badge de péage. À droite, une balance de pierre oppose un petit modèle d'autoroute à un plateau de pièces et penche du côté de l'argent. Au loin, un village à clocher, une grue et un viaduc en chantier.

L’A69 devait ouvrir le 6 novembre. Ce mercredi, plusieurs parties prenantes annoncent qu’il n’y aura pas d’ouverture en novembre, et rien avant décembre. En cause, le prix du péage. Atosca, le concessionnaire, dément et maintient la date. Un chiffre, lui, est certain : l’aller-retour Castres-Toulouse coûtera 20,40 euros. L’État a déjà versé 79 millions d’euros pour l’arrêt du chantier en 2025.

  1. Que devait-il se passer le 6 novembre ?
  2. Combien coûtera le péage ?
  3. Pourquoi le prix est-il si haut ?
  4. Combien l’État a-t-il déjà payé ?
  5. Qui décide, et qui paie ?
  6. Notre lecture.

Que devait-il se passer le 6 novembre ?

L’autoroute fait 53 kilomètres, de Castres à Verfeil, puis l’A68 mène à Toulouse. Le projet a été déclaré d’utilité publique en 2018 et confié à Atosca par une concession, c’est-à-dire un contrat qui charge l’entreprise de construire la route et de l’exploiter contre le péage. L’ouverture, prévue le 15 octobre, avait glissé au 6 novembre, comme l’a raconté notre article du 8 octobre.

Ce mercredi, France 3 Occitanie et ICI citent plusieurs sources parties prenantes : la date ne tiendra pas. Une réunion à Paris, avec le ministère des Transports, les collectivités et Atosca, aurait acté le blocage sur le prix du péage (France 3 Occitanie, 28 octobre). S’y ajoutent des questions techniques, dont le transfert de la gestion de routes autour du tracé. Atosca conteste et affirme travailler au 6 novembre. Aucun nouveau calendrier n’est publié.

Combien coûtera le péage ?

Atosca a publié sa grille le 8 octobre. Pour une voiture essence ou diesel, Castres-Verfeil coûte 8,50 euros. Avec le tronçon de l’A68 jusqu’à Toulouse, 1,70 euro, l’aller simple monte à 10,20 euros. L’aller-retour coûte 20,40 euros (France 3 Occitanie).

Le détail : 1,80 euro de Castres à Saint-Palais, 1,90 euro jusqu’à Soual Est, 2,80 euros jusqu’à Maurens-Scopont, 2 euros jusqu’à Verfeil (La Dépêche du Midi). Une voiture électrique paie 20 % de moins sur l’A69, soit 6,80 euros.

Pas de barrière : des portiques lisent la plaque, et le paiement doit être fait sous 72 heures. Pour 40 trajets par mois, l’offre Fréquence réduit le prix de 40 % : 13,50 euros l’aller-retour, soit 270 euros par mois.

L’aller-retour Castres-Toulouse, selon l’usager

En euros par aller-retour, tarifs 2026. Source : grille Atosca du 8 octobre 2026, A68 incluse.

Tarif annoncé en 2021, indexé sur l’inflation

17,14 euros
6,77 euros en valeur 2021, plus 1,80 euro d’A680, soit 8,57 euros par trajet.
Tarif publié le 8 octobre 2026

20,40 euros
8,50 euros sur l’A69, plus 1,70 euro d’A68, soit 10,20 euros par trajet.
Voiture électrique ou à hydrogène

17,00 euros
6,80 euros sur l’A69, plus 1,70 euro d’A68, soit 8,50 euros par trajet.
Abonné, 40 trajets par mois

13,50 euros
Moins 40 pour cent avec l’offre Fréquence, à partir de 20 trajets par mois.
Lecture : le tarif publié dépasse de 3,26 euros l’aller-retour le prix annoncé en 2021, soit environ 19 % de plus.

Pourquoi le prix est-il si haut ?

Le contrat initial prévoyait environ 17 euros l’aller-retour, sur la base de 6,77 euros en valeur 2021, plus 1,80 euro d’A680, puis indexé sur l’inflation. Pour baisser la facture, l’État et des collectivités avaient accepté d’apporter 41 millions d’euros au concessionnaire. En échange, un avenant, c’est-à-dire une modification du contrat, prévoyait moins 33 % sur les sections de Soual et Puylaurens pendant dix ans, et environ moins 20 % sur le trajet complet (ICI).

Fin septembre, le Conseil d’État a rendu un avis défavorable. Le gouvernement pouvait passer outre. Il ne l’a pas fait. Les tarifs du 8 octobre en tiennent compte, précise France 3. Les 41 millions ne sont pas versés, et la baisse ne s’applique pas.

Le Département du Tarn, qui devait porter 6 millions, réclame une solution payée par l’État (Le Journal Toulousain). Le collectif La Voie est libre répond que le péage n’est pas plus cher que prévu : les 17 euros figuraient déjà dans les tarifs de 2022, et l’avenant servait surtout à verser de l’argent public au concessionnaire.

Combien l’État a-t-il déjà payé ?

Le 3 mars 2026, le ministère des Transports a confirmé avoir versé 79 millions d’euros à Atosca (Le Monde, La Dépêche du Midi). Cette indemnité compense l’interruption du chantier entre février et mai 2025, après l’annulation des autorisations par le tribunal administratif de Toulouse. S’y ajoutent les 23 millions de participation publique prévus au contrat. En sens inverse, Atosca a été condamnée à 863 500 euros de pénalités pour des surfaces occupées sans autorisation.

Qui décide, et qui paie ?

Le projet est un choix d’État. Le 29 juin 2026, le Conseil d’État a rejeté les recours des opposants. Il a jugé que l’A69 répond à une raison impérative d’intérêt public majeur, un motif assez fort pour déroger à la protection des espèces (communiqué du Conseil d’État). Les autorisations sont définitives : les opposants ont perdu sur le fond.

Ce qui bloque n’est donc pas l’écologie, mais l’argent. Le contrat de concession dit qui supporte le risque : l’État quand le chantier s’arrête, l’usager quand il roule. L’entreprise avance l’argent et encaisse le péage. Le débat ne répartit pas la faute : il répartit une facture entre le contribuable et l’automobiliste. On l’a vu sur l’A14 gratuite après la fermeture de l’A13, ou sur le TGV Paris-Grenoble, dont le péage pèse 80 millions sur 169 millions de recettes.

Reportage de franceinfo publié le 28 mars 2025, avant la décision du Conseil d’État et avant l’annonce des tarifs. Il montre les maisons expropriées le long du tracé. Il ne dit rien du péage, qui n’était pas encore fixé : c’est ce prix qui décide aujourd’hui de la date d’ouverture.

Notre lecture. Opinion de la maison, pas un fait.

L’État a décidé l’autoroute, la justice l’a validée, et c’est le prix qui bloque. Le contribuable a payé 79 millions pour l’arrêt, l’usager paiera 20,40 euros pour rouler. Entre les deux, une promesse de baisse a disparu au Conseil d’État. La décision reste publique. La facture, elle, se déplace.

À retenir

  • L’ouverture annoncée le 6 novembre est incertaine : plusieurs sources annoncent décembre, Atosca dément.
  • L’aller-retour Castres-Toulouse coûte 20,40 euros, contre environ 17 euros au contrat initial, soit 19 % de plus.
  • L’État a versé 79 millions d’euros pour l’arrêt de 2025. Les 41 millions prévus pour baisser le péage ne seront pas versés.
  • Un salarié qui fait l’aller-retour chaque jour ouvré paie 270 euros par mois avec l’abonnement, 408 euros sans.

Et vous, combien payeriez-vous chaque mois pour gagner du temps sur cette route ?

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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