Un homme de 39 ans a tiré en rafales depuis sa voiture, vendredi 23 octobre, à Trappes puis à La Verrière. Il a tué 1 personne, Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessé 5 autres, dont une fille de 12 ans. Le parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec la circonstance aggravante raciste. Aucun jugement n’a été rendu, et le suspect est présumé innocent.
Le soir, à Trappes, le président a ajouté un mot : « c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes, nos enfants, à raison de leur couleur de peau ou de la religion qu’on leur donne ». La phrase n’est pas une opinion, elle affirme un fait vérifiable. Voici ce que les faits en disent.
Le plan
- Ce que le président a dit, et ce qu’il a ajouté
- 22 morts pour leur religion, 1 pour son origine
- La version qui tient encore : la couleur de peau
- Le droit ne connaît pas l’attentat raciste
- Ce qu’un mot « première fois » produit
Ce que le président a dit, et ce qu’il a ajouté
La phrase figure au mot près dans la transcription publiée par l’Élysée. Deux paragraphes plus haut, il avait dit : « un attentat terroriste raciste, ainsi qualifié par le parquet national antiterroriste ». Or le parquet n’a pas qualifié au sens où un tribunal qualifie : il a ouvert une enquête. La qualification engage l’accusation ; elle sera discutée par un juge, puis tranchée par une cour. En reprenant ce mot et en y ajoutant « première fois », le président ne décrit plus une procédure : il écrit une histoire.
22 morts pour leur religion, 1 pour son origine
3 octobre 1980, synagogue de la rue Copernic : 4 morts. 9 août 1982, restaurant Jo Goldenberg rue des Rosiers : 6 morts. 19 mars 2012, école juive Ozar Hatorah de Toulouse : 4 morts, dont 3 enfants. 9 janvier 2015, Hyper Cacher : 4 morts. 26 juillet 2016, père Jacques Hamel : 1 mort. 29 octobre 2020, basilique de Nice : 3 morts. Total pour la religion : 22 morts.
Pour l’origine, un cas a été peu cité ce week-end. Le 31 mai 2025, à Puget-sur-Argens, Hichem Miraoui, coiffeur tunisien, est abattu par son voisin. Le 5 juin, le suspect est mis en examen pour assassinat terroriste en raison de l’origine des victimes, une première saisine du PNF pour un homicide potentiellement lié à l’ultradroite. Il conteste le mobile raciste, rien n’est jugé, mais la qualification existe.
23 morts dans 7 attentats avant Trappes. La liste n’est pas exhaustive : elle retient les cibles choisies pour leur religion ou leur origine, et laisse les attentats visant des opinions, Charlie Hebdo ou Samuel Paty. Prise au mot, la phrase du président est donc fausse sur son propre critère, la religion. Elle l’est aussi sur l’origine depuis juin 2025.
23 morts avant Trappes, dans 7 attentats
Personnes tuées en France dans des attentats où la victime a été choisie pour sa religion ou son origine.
La version qui tient encore : la couleur de peau
Reste la couleur de peau seule. Là, les communiqués du PNF et la jurisprudence accessible ne donnent aucun précédent documenté : c’est une absence de pièce, pas une preuve d’inexistence. C’est sur ce réduit que l’Élysée s’est replié le soir même, en parlant du « premier attentat raciste sur le fondement de la couleur de peau commis dans le pays ». Pour sauver le mot, il a fallu retirer la religion, puis l’origine, c’est-à-dire l’essentiel de ce que le président avait dit trois heures plus tôt.
Le droit ne connaît pas l’attentat raciste
L’article 421-1 définit l’acte de terrorisme par une liste d’infractions commises pour troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. Le mobile raciste est une circonstance aggravante, à l’article 132-76. Deux mécanismes, un seul acte : « attentat terroriste raciste » est une description politique, pas une catégorie du code. Une catégorie qui n’existe pas ne peut pas avoir de première fois datée.
Le rétrécissement de l’Élysée
Jordan Bardella a demandé de ne pas oublier « les victimes juives de l’école Ozar Hatorah ou de l’Hyper Cacher, le père Hamel ». Jérôme Guedj a parlé d’une déclaration « factuellement fausse donc politiquement problématique ». François-Xavier Bellamy a rappelé la rue des Rosiers, et le président du Crif, Yonathan Arfi, a jugé qu’elle « mérite un correctif ». Sarah Knafo a accusé le président de « choisir ses morts ». Sur X, Emmanuel Macron a reconnu des attentats « qui ont frappé des chrétiens parce qu’ils étaient chrétiens et des juifs parce qu’ils étaient juifs », avant d’ajouter : « aucune douleur ne doit être hiérarchisée ». Chacun a intérêt à son récit ; un intérêt n’est pas une intention, mais il explique la vitesse de la polémique.
Ce qu’un mot « première fois » produit
Dire « première fois », c’est ordonner le passé : décider que ce qui précède ne comptait pas de la même façon, et placer les familles des victimes antérieures devant le choix de contester publiquement un hommage. C’est aussi déplacer le débat : pendant qu’on discute la phrase, l’enquête sur les motivations du tireur, le contrôle des armes de guerre et la présence de l’armée dans la rue passent derrière. Et c’est promettre une suite : la prochaine attaque du même type sera un « deuxième », et la répétition deviendra la mesure de l’échec.
Ce qu’il faut y observer : la déclaration du président à Trappes, le soir du 23 octobre. La séquence précède la mise au point de l’Élysée et le message publié sur X : c’est la phrase dans son état d’origine.
Notre lecture
Le président pouvait nommer l’acte et s’arrêter : « attentat terroriste raciste » suffisait, et personne n’aurait contesté. Il a ajouté « première fois », et cet ajout a produit la hiérarchie qu’il a ensuite refusée ; la correction de l’Élysée rétrécit le mot au lieu de le retirer. Une parole qui engage la nation devrait se mesurer à ce qu’elle coûte à ceux qu’elle nomme. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir
- Trappes et La Verrière : 1 mort, 5 blessés ; parquet antiterroriste saisi ; suspect présumé innocent.
- Avant Trappes, 23 morts dans 7 attentats ont visé des personnes pour leur religion ou leur origine.
- Le code pénal ne connaît pas l’« attentat raciste » : terrorisme (421-1) et circonstance raciste (132-76).



