À Saint-Nazaire, 600 salariés assemblent des moteurs de 320 tonnes. Le site est le seul au monde à fabriquer les moteurs 48/60 et 51/60 d’Everllence, et c’est de là que sortent les groupes diesel de secours de l’ensemble des sous-marins français en service. Le 25 juin 2026, Volkswagen a signé la cession de 51 % du capital au fonds américain Bain Capital, pour environ 7,4 milliards d’euros. L’État doit dire avant la fin du mois s’il autorise. La question n’est pas de savoir s’il dira non, mais ce qu’il fera signer.
Le plan
- Ce que fabrique Saint-Nazaire
- Ce qui se vend, et à quel prix
- Le silence vaut refus
- Les deux précédents
- 418 dossiers, 7 refus
- La chaîne est déjà à moitié étrangère
Ce que fabrique Saint-Nazaire
Un sous-marin nucléaire avance grâce à son réacteur. Le diesel est ce qui reste quand tout s’arrête : le groupe de secours redémarre les installations si l’alimentation principale lâche. Selon Le Marin, les moteurs d’Everllence équipent « la totalité des sous-marins français actuels » ; selon actu.fr, le site fournit aussi les groupes de secours de centrales nucléaires. La page officielle confirme un moteur le plus lourd à 320 tonnes. Point unique de la chaîne de dissuasion.
Ce qui se vend, et à quel prix
Le communiqué du 25 juin 2026 est précis : 51 % à Bain Capital, Volkswagen garde 49 %, et l’opération, un rachat à effet de levier, rapporte environ 7,4 milliards d’euros. Il la soumet à « l’achèvement du processus d’information et de consultation en France » : la procédure figurait dans le contrat dès le premier jour. Depuis, les verrous étrangers sont tombés. La Commission européenne a autorisé le 13 août 2026, le Maroc a consulté le 17 septembre, l’Inde a validé le 29 septembre. Il ne reste que la France.
Le silence vaut refus
Le 30 septembre, le député Matthias Tavel a demandé aux ministres Catherine Vautrin et Sébastien Martin s’ils allaient autoriser la vente. Sébastien Martin a répondu qu’Everllence a un rôle « important et stratégique », que l’opération est « éligible » au contrôle, que l’instruction se poursuit avec la direction générale de l’armement et que la décision tomberait avant la fin octobre, rapporte actu.fr. Entre le 25 juin et cette échéance, 4 mois quand l’Europe en a mis 7 semaines.
Le cadre est l’article L. 151-3 du code monétaire et financier : autorisation préalable du ministre de l’Économie, ici Roland Lescure, pour un investisseur non européen qui prend le contrôle d’une activité liée aux intérêts de la défense. L’article R. 151-6 donne 30 jours ouvrés et ajoute qu’à défaut de réponse, « la demande d’autorisation est réputée rejetée ». Ne pas décider, c’est refuser. Le gouvernement a d’ailleurs renforcé l’outil pendant que ce dossier attendait, avec le décret du 30 juillet 2026 qui étend le seuil de 10 % aux cotées de pays tiers : je l’ai raconté le 23 octobre à propos du seuil de contrôle.
Les deux précédents
En 2023, Bercy a refusé. Flowserve, américain, voulait racheter Velan, canadien, qui détenait Segault, fabricant français de robinetterie nucléaire. Le 5 octobre 2023, Flowserve a annoncé le rejet et abandonné : les engagements n’ont pas été jugés suffisants.
En 2026, l’État a autorisé autrement. LMB Aerospace, ventilateurs du Rafale et des sous-marins, a été vendu à l’américain Loar Group ; la production et les 70 salariés de Corrèze ont été maintenus, et un arrêté du 8 mars 2026 a créé une action préférentielle. Roland Lescure l’a défendue à l’Assemblée le 4 février 2026 : elle donne « plus de pouvoir, sans qu’il soit nécessaire de débourser le moindre sou ». Le même débat a entouré la vente de l’usine de moteurs de F1 de Renault, passée sous contrôle belge avec 150 emplois sauvés. Un refus face à un concurrent direct, une autorisation conditionnée sans repreneur européen : Everllence relève du second cas.
418 dossiers, 7 refus
Les chiffres du Trésor, publiés le 28 juillet 2026, disent la doctrine. En 2025, 418 dossiers déposés, contre 392 en 2024 et 309 en 2023. Sur 323 décisions, 167 autorisations, dont 49 % assorties de conditions. Et 7 refus formels en 4 ans.
Dossiers déposés au titre du contrôle des investissements étrangers, par année
Le contrôle français n’est pas une machine à dire non, c’est une machine à encadrer : maintien des capacités en France, protection des savoir-faire, gouvernance, information de l’État. Un refus se plaide mal ; une autorisation conditionnée se signe. Pour Everllence, le scénario probable n’est pas le veto, c’est la liste de conditions.
La chaîne est déjà à moitié étrangère
Les turbines des sous-marins d’attaque Barracuda sont fabriquées au Creusot par Thermodyn, filiale de l’américain Baker Hughes. Les ventilateurs viennent de LMB, passé chez Loar. Les diesels d’Everllence passent chez Bain. Trois maillons, trois maisons étrangères, sur la chaîne décrite à propos du tir du M51.3. La question du « 100 % français » est mal posée : quels maillons se remplacent en cas de coupure ? Saint-Nazaire, lui, ne se remplace pas.
Vidéo de Naval Group, antérieure au dossier Bain Capital : elle présente les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de 3e génération, dont les équipements de secours sont l’objet du marchandage.
Opinion de la maison, pas un fait. Je ne sais pas ce que le gouvernement décidera, et je ne prétends pas qu’un refus serait la bonne réponse : les 600 emplois dépendent aussi de la santé de leur actionnaire. Mais si l’autorisation passe, ce sont les conditions qu’il faudra lire. Une action préférentielle donne un droit de veto, pas une capacité de production : elle interdit un transfert, elle ne fabrique pas un moteur. Elle ne remplace pas une usine. Je chercherai le maintien explicite des capacités, l’accès aux pièces, la propriété des plans et le droit de regard sur une revente. Sans cela, l’État aura signé un droit de regard sur une dépendance qu’il n’a pas empêchée.
À retenir
- Bain Capital doit prendre 51 % d’Everllence pour environ 7,4 milliards d’euros ; Volkswagen garde 49 %. L’Europe a autorisé le 13 août, la France décide avant la fin octobre.
- Saint-Nazaire, 600 salariés, seul site au monde à produire ces moteurs ; ses diesels équipent tous les sous-marins français.
- En 2025, 49 % des 167 autorisations ont été conditionnées, et 7 refus formels ont été prononcés en 4 ans.



