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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Smic : 0,9 milliard pour la hausse automatique, 11,5 milliards dans le chiffrage du Medef

Illustration : dans une nef de pierre monumentale, une fiche de paie géante déchirée en deux. À gauche, des hommes en costumes sombres ; à droite, des salariés en tenues de travail, dont une femme en veste rouge ; au centre, un escalier de marbre, un agent en uniforme et un document scellé.

Patrick Martin, président du Medef, était l’invité de franceinfo ce vendredi 23 octobre : « Au motif d’acheter, en quelque sorte, la paix sociale dans la rue, on va créer la pagaille dans les entreprises », propos rapportés par Le Figaro. Une hausse du Smic mettrait selon lui les entreprises « dans la nasse ». La veille de nouvelles manifestations contre la vie chère, je retiens ceci : le salaire minimum peut attendre.

Le plan

  1. Ce que le Medef dit, et ce qu’il demande
  2. 3,1 % d’inflation, et rien avant janvier
  3. 3,7, 9,3 et 11,5 : trois périmètres
  4. Ce que coûte une hausse du Smic
  5. Qui décide, et ce que cela change pour vous

Ce que le Medef dit, et ce qu’il demande

L’argument tient à un chiffre : 11,5 milliards d’euros de « surcoût du travail » que le budget de la Sécurité sociale pour 2027 ferait peser sur les entreprises, selon son communiqué du 20 octobre. Ces sommes ne seront « plus disponibles » pour augmenter les salaires, dit-il. Dans la même interview, il réclame des « mesures beaucoup plus fortes » pour protéger les biens et les personnes, rappelle que les entreprises paient des impôts « y compris pour que l’ordre public soit assuré », n’exclut pas la sécurité privée et juge l’autodéfense « hors la loi ».

Le 21 octobre, les syndicats ont passé deux heures trente à Matignon et Sophie Binet en est sortie en disant que Sébastien Lecornu n’avait annoncé « aucune mesure » ; depuis, l’exécutif ne ferme pas la porte à un coup de pouce, raconté ici. C’est cette ouverture que le Medef vient refermer.

3,1 % d’inflation, et rien avant janvier

Le mécanisme décide de tout. Le Smic brut est de 12,31 euros l’heure depuis le 1er juin 2026, soit 1 867,02 euros par mois pour 35 heures. Il ne suit pas l’inflation affichée : il monte quand l’indice des prix des 20 % de ménages les plus modestes, hors tabac, gagne 2 % depuis la dernière revalorisation. Cet indice valait 102,40 en avril, mois de référence ; 103,22 en septembre, soit 0,80 % de plus, et il a reculé de 0,2 % sur ce seul mois, d’après le calcul publié sur les données de l’Insee. Le seuil est à 104,45 : il manque 1,23 point, un peu moins de 1,2 %.

Les 3,1 % d’inflation de septembre mesurent l’évolution sur douze mois, pas depuis avril. Deux calculs différents, et seul le second déclenche une hausse. Résultat : rien avant janvier, sauf emballement de l’indice d’octobre, où l’énergie pèse, ou décision politique. La fiche de paie d’un salarié au Smic sera la même en novembre et en décembre.

3,7, 9,3 et 11,5 : trois périmètres

Trois chiffres circulent, et ils ne comptent pas la même chose. Le gouvernement met en avant 3,7 milliards pour sa réforme des allègements de cotisations. Le Medef répond 9,3 milliards sur ce même sujet, en y ajoutant des décisions de 2026, dont le gel des allègements qui a privé les entreprises de 2,8 milliards. Les 11,5 milliards ajoutent à ces 9,3 les transferts vers les complémentaires santé. L’écart n’est pas un mensonge, c’est un périmètre.

Ce qui est établi, c’est le montant des allègements en jeu : 78,8 milliards d’euros en 2025, dont le budget 2027 reprend une part, documenté ici. L’effort total demandé par ce budget de la Sécurité sociale est de 9,9 milliards, raconté ici : la facture contestée par le Medef est du même ordre que l’effort demandé à tous.

Quatre montants, deux natures

En milliards d’euros par an. Deux hausses de salaire brut, deux chiffrages de cotisations patronales.

Hausse automatique de 2 % 0,94 Surcoût chiffré par le gouvernement 3,7 Hausse de 10 % demandée par la CGT 4,7 Surcoût chiffré par le Medef 11,5 Milliards d’euros par an. Sources : Urssaf, Dares, Le Figaro, Medef.

La hausse automatique coûte douze fois moins que le surcoût attribué au budget par le Medef. Les deux dernières barres ne sont pas des hausses de salaire.

Ce que coûte une hausse du Smic

Au 1er janvier 2026, 2,1 millions de salariés du privé ont vu leur fiche de paie augmenter par la revalorisation du Smic, soit 11,8 % des salariés hors agriculture, selon la Dares. 59,6 % sont des femmes, 25,6 % travaillent à temps partiel, et 62,3 % des salariés de la restauration rapide sont concernés.

Une hausse automatique de 2 % vaut 37,34 euros brut par mois pour un temps plein, 448 euros par an, soit 0,94 milliard de salaire brut annuel pour ces 2,1 millions de salariés. Les 10 % demandés par la CGT, qui appelle le Medef à « arrêter le mépris », représentent 186,70 euros brut par mois et 4,7 milliards par an. Les 11,5 milliards brandis valent douze fois le coût de la hausse automatique. Ordres de grandeur : ils portent sur le brut, sans cotisations patronales ni effet sur les grilles conventionnelles.

Qui décide, et ce que cela change pour vous

Le Smic n’est pas voté, il est fixé par décret, après avis de la Commission nationale de la négociation collective, comme la hausse des pensions au-dessus de 1 260 euros, fixée par décret et non par la loi, documenté ici. La décision appartient à l’exécutif, et le rapport de force se joue dans une interview, une réunion, un décret, jamais dans un vote.

Pour un salarié au Smic, la date à retenir est la publication de l’indice d’octobre, puis le décret, pas le 1er janvier. Si votre branche a des minima sous le Smic, ce que la CFDT dénonce, c’est votre convention qu’il faut vérifier. Et si rien ne bouge, la grève interprofessionnelle du 5 novembre est la seule échéance capable de déplacer la décision.

Notre lecture

Une hausse coûte cher, le chiffre se calcule : la vraie question est qui fixe le partage entre salaire et profit, et devant qui il répond. Le Medef demande à l’État l’ordre public, le statu quo sur les allègements et pas de hausse du Smic : trois demandes au même guichet, celui du décret. La CGT demande 10 % et la fin des exonérations pour les entreprises qui ne négocient pas. Les deux réclament quelque chose à l’État, aucun ne veut que le prix du travail se fixe ailleurs que dans son rapport de force. Opinion de la maison, pas un fait.

À retenir

  • Le Smic reste à 12,31 euros brut l’heure, sans hausse avant janvier : l’indice des 20 % les plus modestes n’a gagné que 0,80 % depuis avril, pour un seuil de 2 %.
  • Le Medef parle de 11,5 milliards, le gouvernement de 3,7 : deux périmètres.
  • Une hausse de 2 % coûte 0,94 milliard de salaire brut par an, celle de 10 % 4,7 milliards.

Ce qu’il faut y observer : cette vidéo de MoneyVox date du 25 mars 2026, avant la hausse de juin et avant toute décision pour 2027. Elle n’annonce pas le montant de janvier : elle explique le seuil de 2 % sur l’indice des ménages modestes. Elle attendait la hausse pour l’été, elle est venue au 1er juin.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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