Le litre d’huile d’olive ne baisse pas. La récolte espagnole est bonne, le prix payé au producteur est retombé, et l’étiquette du rayon ne bouge presque plus. Ce n’est pas une énigme : la hausse est montée vite, la baisse descend lentement, et chaque maillon a intérêt à la retenir une négociation de plus. Je ne cherche pas un coupable, mais l’écart entre ce que vaut la matière et ce que vaut le litre.
- Ce que le producteur encaisse
- Ce que le litre a pris
- Ce que pèse la matière dans votre bouteille
- Deux camps, un même mot : délai
- Ce qui peut faire bouger l’étiquette
Ce que le producteur encaisse
La Commission européenne publie chaque semaine le prix de l’huile d’olive vierge extra à la production en Espagne, premier producteur mondial. Sur les 3 premières semaines de la campagne 2026/27, la moyenne est de 333,8 euros les 100 kilos, soit 3,34 euros le kilo ; la dernière semaine publiée est à 3,26 euros. La campagne précédente s’était établie à 410,3 euros, celle de 2021/22 à 344,5 euros. La matière première est donc 3 % sous son niveau de 2021, et 58 % sous celui de 2023/24, où elle avait culminé à 903 euros les 100 kilos, 9,03 euros le kilo.
Rien d’accidentel : la production européenne 2025/26 dépasse de 12 % la moyenne des 5 dernières campagnes, selon la note de marché du 30 septembre 2026. Les oliveraies ont produit, la matière a rendu ce qu’elle avait pris.
Ce que le litre a pris
En rayon, l’histoire est autre. Le reportage de TF1 publié ce matin donne le chiffre qui manquait : en cinq ans, le litre moyen est passé de près de 14 euros à plus de 18 euros. Le même reportage recueille les deux versions. Pour Que Choisir, les industriels affirment avoir baissé leurs tarifs dans les négociations, « et ça ne se répercute pas en rayon » ; les distributeurs renvoient la pierre aux industriels.
La Fédération du commerce et de la distribution répond par la longueur de la chaîne : en France, avant le rayon, il y a davantage d’intermédiaires, négociants, conditionneurs, marques, et « chaque maillon répercute la baisse avec son propre délai ». Le prochain rendez-vous est daté : les négociations commerciales annuelles se concluent en mars 2027. C’est le même terrain que la grande distribution conteste à Bercy cette semaine.
Ce que pèse la matière dans votre bouteille
Un litre d’huile pèse environ 0,916 kilo. À 3,34 euros le kilo, la matière d’un litre coûte 3,06 euros. Sur un litre vendu 18 euros, cela fait 17 % du prix. En 2021, la même matière valait 3,16 euros le litre, pour une étiquette à 14 euros : 23 %. La part de l’olive a perdu 6 points en cinq ans. Le reste, transport, conditionnement, verre, énergie, marge du négociant, de la marque, du magasin et 5,5 % de TVA, occupe la différence.
Au plus fort de la crise, la matière valait 8,27 euros le litre. Elle en vaut 5,21 de moins aujourd’hui : voilà la somme que la chaîne n’a pas rendue. Deux limites : le prix espagnol est un prix à la production, hors transport et hors droits, et il ne dit rien des bouteilles d’appellation, de bio ou de marque.
Calcul de la rédaction d’après la série « olive oil market prices » de la Commission européenne : moyenne simple des semaines renseignées.
Deux camps, un même mot : délai
Il faut dire ce que les chiffres montrent aussi, et qui ne va pas dans le sens de la plainte facile : la hausse n’a pas été répercutée intégralement. Entre 2021 et 2024, la matière a plus que doublé ; le litre, lui, a pris environ 29 % en cinq ans. La chaîne a donc amorti la flambée, et ce n’est pas rien. Mais un amortisseur qui fonctionne dans un sens et pas dans l’autre ne s’appelle plus un amortisseur : la hausse passe vite, la baisse attend.
Le schéma se répète ailleurs : un industriel du légume a réclamé 7 % de hausse en invoquant la pénurie. Chaque fois, la vitrine baisse d’un cran ce que le reste garde.
Ce qui peut faire bouger l’étiquette
Une échéance d’abord : les négociations qui se concluent en mars 2027 fixeront les tarifs suivants. D’ici là, la baisse ne viendra pas d’un cours, mais de la concurrence entre enseignes, des promotions et des marques de distributeur, qui achètent la même huile sans payer la marque. Une hypothèse, posée comme telle : une campagne sèche en Andalousie ferait repartir les cours.
Deux gestes pour le lecteur. Regarder le prix au litre, jamais celui du flacon : les formats ont changé de taille pendant la flambée. Et lire l’étiquette avant le prix, car « huile d’olive » n’est pas « vierge extra », et un mélange d’origines ne suit pas le cours espagnol.
À retenir
- Matière première en Espagne : 333,8 euros les 100 kilos sur la campagne 2026/27, 3 % sous 2021/22, 58 % sous 2023/24.
- En rayon, le litre moyen est passé d’environ 14 à plus de 18 euros en 5 ans, selon TF1.
- La matière ne pèse plus que 17 % d’un litre à 18 euros, contre 23 % en 2021.
- Prochain rendez-vous : les négociations commerciales, conclues en mars 2027.
Notre lecture
La hausse a été partagée, la baisse est disputée. C’est cette différence de traitement qui fait le prix, bien plus que le cours de l’olive : dans une chaîne où chacun négocie une fois par an, celui qui attend gagne un tour. Le consommateur, lui, n’a pas de contrat, donc pas de délai à opposer. Il lui reste le prix au litre et la comparaison, ce qui n’est pas rien.
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