Le chiffre tombe chaque automne. Ce matin, le comparateur Panorabanques publie son étude annuelle : 18 % des Français se retrouvent à découvert au moins une fois par mois, 43 % au moins une fois par an. L’an dernier, à la même période, les mêmes questions donnaient 16 % et 41 %. La question n’est pas de savoir s’ils sont 18 ou 22 : elle est de savoir ce que ce découvert coûte, et ce que la réforme du 20 novembre changera à la facture. Réponse courte : l’accès, pas le prix.
- Ce que l’étude dit, ce qu’elle ne mesure pas
- Ce que la banque a le droit de facturer
- Le calcul que personne ne fait
- Ceux qui paient le plus ne sont pas ceux qu’on protège
- Le 20 novembre ne fera pas baisser la facture
- Ce que je retiens
Ce que l’étude dit, ce qu’elle ne mesure pas
L’étude a été réalisée en juillet auprès d’environ 2 000 personnes : le découvert y est le plus souvent inférieur à 200 euros et résorbé en moins d’une semaine, et la première cause invoquée est la hausse des prix, énergie, alimentation, carburant.
Ce que ce chiffre ne dit pas, c’est combien ils sont. En octobre 2025, Europe 1 annonçait 22 % des foyers à découvert chaque mois, et « un Français sur quatre ». La même étude Panorabanques en comptait alors 16 %. Un an plus tard, 18 %. Trois chiffres, aucune statistique publique pour arbitrer : la Banque de France publie les dossiers de surendettement, 121 571 en neuf mois, pas le nombre de comptes à découvert. L’ordre de grandeur est solide, la décimale non.
Ce que la banque a le droit de facturer
Les agios d’abord : la plupart des établissements facturent un minimum forfaitaire pour tout découvert, et les agios proportionnels ne s’ajoutent que si le découvert atteint 400 euros.
La commission d’intervention ensuite : 8 euros par opération, 80 euros par mois au maximum dans une offre classique. C’est la Banque de France qui publie ces plafonds.
Pour les clients fragiles, ils tombent : 25 euros par mois sur neuf types de frais d’incidents, appliqués automatiquement dès que la banque détecte la fragilité. Et si le client souscrit l’offre à 3 euros par mois, la commission passe à 4 euros par opération et 20 euros par mois, les frais d’incidents étant limités à 20 euros par mois et 200 euros par an. Le découvert n’est pas un droit : la banque décide de l’accorder, et il est très souvent exclu de cette offre.
Le calcul que personne ne fait
Prenons le cas qui déclenche la commission : un découvert de 150 euros qui dépasse l’autorisation, six jours par mois, une commission par mois. Les intérêts, au taux de 18 % retenu par service-public dans son exemple de calcul, représentent 5 euros sur l’année. Les commissions, 96 euros. Dix-huit fois plus. Si le plafond de 80 euros est atteint chaque mois, la facture annuelle monte à 960 euros.
80 euros de frais pour 150 euros avancés, c’est 53 % du montant en un mois. Aucun crédit à la consommation ne s’approche de cela.
Trois limites : toutes les banques ne facturent pas ainsi, certaines exonèrent les petits découverts, et 80 euros est un plafond, pas une moyenne. Celui qui reste dans son autorisation paie surtout des agios. Mais un découvert de moins de 200 euros réglé en une semaine est exactement la zone où le frais fixe pèse le plus lourd : le découvert d’un jour coûte plus, au prorata, que le crédit de trois ans.
Ceux qui paient le plus ne sont pas ceux qu'on protège
L'offre à 3 euros n'est pas automatique. Le plafonnement à 25 euros l'est ; l'offre, non : la banque doit la proposer, le client l'accepter, et il peut la résilier.
Or l'éligibilité repose sur des signes de désordre : cinq incidents dans le mois, trois mois d'irrégularités, une inscription au fichier central des chèques, un dossier de surendettement. Celui qui glisse de 150 euros tous les mois, sans rejet ni incident, ne coche aucune case. Il paie le tarif classique, sans jamais être signalé comme fragile. Le découvert calme, celui qui se résorbe en quatre jours, est donc facturé plus cher, à l'euro avancé, que celui qui déclenche la protection.
Le 20 novembre ne fera pas baisser la facture
Le 20 novembre 2026, une directive européenne transposée par ordonnance étend l'évaluation de solvabilité à tous les découverts, y compris ceux de moins de 200 euros et de moins d'un mois. Je l'ai détaillé le 6 octobre : ce n'est pas un nouveau service, c'est un changement de qualification juridique, le découvert devient un crédit comme un autre.
Les autorisations en place ne sont pas concernées : la règle vaudra pour les demandes nouvelles et les renouvellements. Rien dans le texte ne touche aux tarifs : 8 euros par opération, 80 par mois. Pour les 18 %, le 21 novembre ressemblera au 19, sauf au renouvellement, quand la banque demandera revenus et charges. La réforme déplace la frontière de l'accès, pas celle du prix.
Ce que je retiens
L'État et l'Europe encadrent l'accès au découvert : solvabilité, fichiers, justificatifs. Ils n'encadrent pas son prix autrement que par des plafonds de frais, payés en commissions fixes, douze fois par an, qui ne sont pas des intérêts. Le taux d'usure plafonne un taux annuel effectif global ; il ne limite pas le nombre de prélèvements.
Une action concrète reste : vérifier si son compte remplit les critères de la clientèle fragile, et demander l'offre à 3 euros. Beaucoup y ont droit sans le savoir.
Un découvert de 150 euros n'est pas une dette. C'est un mois qui ne passe pas. La CGT en a fait un motif de grève générale pour le 5 novembre ; les banques, elles, en ont fait un produit. Il se paie comme un crédit, sans en avoir le taux.



