Le jeudi 5 novembre, le pays est appelé à s’arrêter. Le 5 octobre, 5 organisations syndicales ont lancé l’appel ; le 15 octobre, les 4 fédérations de cheminots ont signé le leur ; le 23 octobre, tous les syndicats de l’enseignement privé sous contrat s’y sont joints, une première. À 11 jours, une seule chose reste inconnue : quel train roulera. Personne ne le sait : c’est le calendrier légal.
Les parties de cet article
- Ce qui est déjà signé
- À la SNCF, 4 fédérations et une date choisie
- L’enseignement privé entre en grève, une première
- Ce que vous saurez, et à quelle heure
- Pourquoi maintenant : 3,1 % de prix, 0 % de point d’indice
- Ce qui n’est pas établi
Ce qui est déjà signé
Le 5 octobre, la CFDT, la CGT, FO, l’UNSA et la FSU ont annoncé un appel commun : public, privé, retraités et jeunes sont invités à faire grève et à manifester le 5 novembre pour les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. Le 21 octobre, reçues à Matignon, les organisations sont ressorties sans mesure annoncée, et la CGT a appelé à généraliser la grève. Le 24 octobre, la rue avait déjà compté 410 000 manifestants selon les autorités, 800 000 selon la CGT.
À la SNCF, 4 fédérations et une date choisie
Les 4 fédérations représentatives, CGT-Cheminots, UNSA-Ferroviaire, SUD-Rail et CFDT-Cheminots, appellent ensemble à une journée de grève nationale, sous le mot d’ordre « Déclassement social, urgence du pouvoir d’achat » (La Dépêche, 20 octobre). Quatre demandes : hausse générale des salaires, primes revalorisées, emplois et réseau défendus, 13e mois pour tous.
La date vise un symbole : le 6 novembre, le TGV M doit faire son voyage inaugural entre Paris et Marseille. Ce qui peut être touché le 5 : TGV INOUI, Intercités, TER, et les RER et Transilien de la SNCF. La proportion, personne ne le sait. À la RATP, aucun préavis propre au 5 novembre n’était annoncé.
L’enseignement privé entre en grève, une première
Fep-CFDT, SNEPL-CFTC, SNPEFP-CGT et SYNEP CFE-CGC appellent toutes à la grève, une première dans un enseignement qui scolarise environ 17 % des élèves (Le Parisien, 23 octobre). Le motif est un chiffre : le patronat du secteur est passé de 1,2 % à 1,3 % sur les salaires minima, environ 20 euros brut par mois puis 2 de plus, quand le Smic était revalorisé de 2,41 %. Sur 1 800 euros brut, 1,3 % font 23,40 euros ; les mêmes 1 800 euros exposés à des prix en hausse de 3,1 % coûtent 55,80 euros. Il manque 32,40 euros par mois.
Ce que vous saurez, et à quelle heure
Les cheminots doivent se déclarer grévistes 48 heures avant, règle issue de la loi n° 2007-1224 du 21 août 2007. C’est sur ces déclarations, pas sur l’appel syndical, que se construit le plan de transport, en général publié la veille à partir de 17 heures, donc le 4 novembre.
Dans la fonction publique, le préavis doit parvenir 5 jours francs avant (service-public.gouv.fr), soit au plus tard le 30 octobre ; un agent n’est jamais tenu de cesser le travail pendant tout le préavis. À l’école primaire, la loi du 20 août 2008 a créé un droit d’accueil : si l’enseignant est déclaré gréviste, la commune organise l’accueil. Ce droit ne couvre pas les collèges et lycées, où la fermeture se décide établissement par établissement.
Pourquoi maintenant : 3,1 % de prix, 0 % de point d’indice
En septembre 2026, les prix ont augmenté de 3,1 % sur un an, après 2,4 % en août, avec l’énergie à 21,3 % et les services à 2,4 % (Insee, résultats définitifs du 15 octobre). Face à cela, le projet de loi de finances pour 2027 est explicite : « le point d’indice sera gelé », écrit le texte n° 3210 déposé à l’Assemblée nationale, et « ne sera pas revalorisé en 2027 ». Un gel n’est pas une coupe : un traitement net de 2 000 euros perd environ 62 euros par mois si l’inflation se maintient.
Ce que les salaires ont pris, ce que les prix ont pris (en %)
Le budget 2027 pris aux communes pose la même question ailleurs (5,4 milliards pris aux communes).
L’objection la plus forte vient de la négociation elle-même : FO, qui appelle à la grève, a jugé que « le 5 novembre, ce n’est pas tout de suite », et un chantier sur les salaires a été ouvert au ministère du Travail. Une mesure annoncée avant le 4 novembre peut retirer à l’appel une partie de sa force. Une grève coûte aussi à ceux qui la subissent.
À observer : le cortège parisien du 24 octobre, la journée qui précède l’appel du 5 novembre. Images antérieures à la grève.
Ce qui n’est pas établi
Quatre choses manquent. La participation : aucun chiffre sérieux avant les déclarations à 48 heures. La durée : la CGT dit « généraliser » et « et après », mais aucun calendrier au-delà du 5 novembre n’est arrêté. La RATP, la santé et l’aérien : aucun préavis vérifié au 25 octobre. Le gouvernement : aucune mesure chiffrée sur les salaires depuis Matignon.
Opinion de la maison, pas un fait. Une grève annoncée 11 jours à l’avance et un plan de transport publié la veille à 17 heures : voilà le rapport de force réel. Le gouvernement a gelé le point d’indice en déposant son budget le 1er octobre ; les syndicats ont répondu en appelant à la grève. Un exécutif qui refuse toute revalorisation ne peut pas demander à ceux qui font tourner les trains et les écoles d’attendre une année de plus.
À retenir
- CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU appellent à la grève le 5 novembre ; les 4 fédérations SNCF et tous les syndicats du privé sous contrat suivent.
- Les cheminots se déclarent 48 heures avant : le plan de transport est en général publié le 4 novembre à partir de 17 heures.
- Point d’indice gelé en 2027, inflation à 3,1 %, privé sous contrat à 1,3 % : l’écart est le motif.
Et vous ? Si votre train est supprimé le 5 novembre et que l’école n’accueille pas, qu’attendez-vous en priorité : le remboursement, le report, la garde des enfants, ou le maintien du service quoi qu’il en coûte ?



