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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Gifi perdrait 1 million d’euros par jour : 6 000 salariés attendent le CSE de mercredi

Intérieur d'un magasin de bazar discount en fin de journée : chariot chargé d'articles colorés, cartons ouverts au sol, employée en gilet rouge vue de dos poussant un transpalette, cliente âgée avec un panier, étagères à moitié vides et rideau métallique au fond.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Mercredi 21 octobre, les représentants du personnel de Gifi s’assoient autour d’une table. Selon Libération, le comité social et économique (CSE) pourrait y constater une cessation de paiement. L’enseigne n’aurait plus qu’environ 3 mois de trésorerie, et le démontage du réseau serait le scénario le plus probable. Gifi compte 513 magasins et environ 6 000 salariés. La direction n’avait pas répondu publiquement aux élus au 8 octobre, selon Midi Libre. Je regarde ce qui se joue mercredi, ce qu’un salarié touche vraiment si l’entreprise tombe, et ce que la chute probable de cette enseigne dit de notre commerce.

  1. Ce que le CSE peut constater mercredi.
  2. De 1 000 magasins à 513.
  3. Ce qu’un salarié touche vraiment.
  4. Ce que la fermeture fait à une ville.
  5. La faute à Temu ? Pas seulement.
  6. Ce que je regarde mercredi.

Ce que le CSE peut constater mercredi

Un comité social et économique ne décide pas de la vie ou de la mort d’une entreprise. Il pose des questions à l’employeur, et il consigne les réponses. Le droit d’alerte économique lui permet d’exiger des explications dès qu’il constate des faits qui menacent la situation de l’entreprise. Ce droit est prévu par l’article L2312-63 du code du travail, et la fiche service-public en décrit la procédure.

Les élus du personnel ont voté le lancement de cette procédure le 6 octobre, rapporte L’Express Franchise. Ils dénonçaient des trous de trésorerie à répétition, des fournisseurs payés en retard et des magasins mal approvisionnés, selon Midi Libre.

Vendredi soir, les représentants ont appris que le CSE se réunirait mercredi sur la situation économique. C’est la réunion où tout peut basculer. Les élus peuvent constater que l’entreprise ne paie plus ses dettes exigibles avec l’argent dont elle dispose. C’est cela, une cessation de paiement. L’Est Républicain en donne le détail, en relayant Libération.

La nuance compte. Un constat du CSE n’ouvre aucune procédure à lui seul. Seul le tribunal de commerce peut placer l’entreprise en redressement judiciaire, et c’est lui qui désigne l’administrateur chargé de la suite. Libération cite le tribunal de commerce de Toulouse. Rien n’est donc écrit ce soir.

De 1 000 magasins à 513

Gifi a été fondé en 1981 à Villeneuve-sur-Lot, dans le Lot-et-Garonne, rappelle L’Express Franchise. Au début des années 2000, l’enseigne comptait près de 1 000 points de vente, selon franceinfo. Elle en a 513 aujourd’hui, d’après Libération.

Les chiffres publiés ne portent pas toujours sur le même ensemble de magasins. franceinfo parlait de 600 points de vente le 8 octobre, et l’AFP en relevait 570 au printemps 2025. Cette imprécision n’est pas un détail : elle montre qu’aucune source ne sait exactement combien de magasins restent ouverts, dans un réseau qui bouge tous les mois.

La chute a un calendrier. En avril 2025, la direction annonce un plan de sauvegarde de l’emploi d’environ 300 postes et la fermeture de 11 magasins. Fin 2025, elle cède une trentaine de points de vente à Grand Frais. Ils devaient être 32, ils ne sont finalement que 25 à devoir être transformés à partir de juin 2026. Le repreneur s’engage à proposer un poste à chaque salarié concerné, selon Marie France, qui cite son communiqué.

Nombre de magasins Gifi, selon les relevés publiés

En points de vente, en France. Relevés de dates différentes, reliés ici pour montrer la pente.

1 000 570 513 0 1 000 570 513 vers 2002 printemps 2025 octobre 2026

Survolez ou sélectionnez un point pour lire la source du relevé.

Sources : franceinfo (8 octobre 2026), pour le pic du début des années 2000, donné comme approximatif. AFP (printemps 2025). Libération (17 octobre 2026), chiffre repris par L’Est Républicain. Le chiffre de 600 magasins avancé par franceinfo le 8 octobre 2026 n’est pas retenu ici, faute de définition claire du réseau compté.

Ce qu’un salarié touche vraiment

Si l’entreprise tombe, le salaire déjà travaillé n’est pas perdu. Les sommes dues aux salariés sont garanties par le régime de garantie des salaires (AGS). Ce fonds est financé par une cotisation patronale de 0,25 % des salaires, dans la limite de 4 plafonds mensuels de la sécurité sociale. La fiche service-public détaille ce que le fonds couvre, et ce qu’il ne couvre pas.

En redressement judiciaire, l’AGS garantit les salaires des 60 derniers jours. Si la liquidation est prononcée, la garantie tombe à 45 jours. Dans le cas d’une liquidation prononcée directement, le plafond est de 12 015 euros pour 1,5 mois de salaire, et de 8 010 euros pour 1 mois.

Ce que le fonds ne remplace pas, c’est l’emploi. Il paie le passé et ne finance aucun avenir. Le vrai risque, pour un vendeur de 52 ans qui travaille depuis 20 ans dans le même magasin, n’est pas la dernière fiche de paie : c’est la suivante.

Les fournisseurs, eux, n’ont pas de fonds de garantie. Ils déclarent leur créance au mandataire, puis ils attendent, et ils sont payés après les banques. Dans une chaîne de bazar, cela concerne les petites entreprises qui livrent des articles à quelques euros. Ce sont elles qui encaissent la perte en premier.

Ce que la fermeture fait à une ville

Un Gifi n’est pas un magasin de luxe. C’est l’endroit où l’on achète un cartable, un ventilateur, des assiettes et un cadeau d’anniversaire pour moins de 20 euros. Pour beaucoup de familles, c’est un service de proximité, avec un parking devant et des prix affichés sans négociation.

Quand la cellule se vide, elle reste vide longtemps. Les surfaces de 1 000 mètres carrés en périphérie ne se relouent pas vite, et la commune continue d’entretenir les voiries qui y mènent. Grand Frais a repris les meilleurs emplacements. Pour les autres, aucun repreneur n’a été annoncé publiquement à ce jour.

Il y a aussi les salariés des zones voisines, ceux qui comptaient sur ce salaire pour payer un loyer dans un bourg où l’emploi industriel a déjà reculé. Leur bassin de vie ne propose pas 50 postes équivalents. C’est mon jugement, pas un chiffre. Il décrit ce qu’on voit quand une enseigne de ce type s’en va.

La faute à Temu ? Pas seulement

L’explication la plus commode est la concurrence. Action ouvre des magasins à un rythme soutenu, jusqu’en Lozère, où l’enseigne a inauguré son premier magasin le 17 octobre, selon L’Express Franchise. Temu et Shein vendent moins cher, sans loyer ni vendeur. Gifi est pris entre les deux.

Cette explication est vraie, et elle est incomplète. Le coup qui a mis l’enseigne à genoux est interne. En juin 2023, Gifi change de logiciel de gestion. Le nouveau système ne suit plus les stocks, les commandes ni les approvisionnements, explique le porte-parole de l’enseigne à TF1. Capital, la chaîne BFM et Ouest-France ont repris ses déclarations. Les rayons se vident, les commandes se perdent.

Le reste est une affaire de comptes. Les chiffres qui circulent donnent la mesure. L’enseigne perdrait environ 1 million d’euros par jour, selon une source proche du dossier citée par l’Agence France-Presse (AFP) et reprise par Marie France. Libération avance une perte qui pourrait atteindre 80 millions d’euros en 2025.

À cela s’ajoute l’instabilité des têtes. Le dirigeant arrivé en février a été révoqué la semaine dernière, moins d’un an après sa prise de fonctions, rapporte L’Est Républicain. C’est le 4e dirigeant en 2 ans, selon l’AFP. Les directeurs financiers se succèdent tous les 6 mois environ, si l’on en croit le délégué syndical cité par Midi Libre.

Voilà pourquoi je refuse l’explication unique. Le commerce en ligne explique l’érosion des marges. Il n’explique pas qu’une enseigne de 6 000 salariés se retrouve en 2026 avec 3 mois de trésorerie. Entre les deux, il y a un système informatique raté, des dirigeants qui passent et une famille actionnaire qui n’a pas su passer la main.

Cette vidéo des Échos, publiée en janvier 2025, revient sur les causes de la chute. Elle décrit le changement de système informatique de 2023, la personnalité du fondateur et la valse des dirigeants. Elle est antérieure au mouvement de cette semaine. Elle explique le passé, pas la décision de mercredi.

Ce que je regarde mercredi

Trois choses. D’abord, ce que le CSE consigne : un simple doute, ou une cessation de paiement constatée. Ensuite, ce que font les banques. Elles sont entrées à 40 % du capital en 2025, en échange d’un effacement partiel de la dette et de près de 100 millions d’euros injectés. Elles ont refusé 50 millions d’euros d’argent frais supplémentaires, selon L’Est Républicain, qui cite Libération. Elles avaient signé un plan de relance sur 3 ans en janvier 2025, rappelle Sud Ouest, et à mi-parcours l’entreprise peine toujours. Si elles coupent, la suite se joue en quelques jours. Enfin, qui reprend quoi : les meilleurs emplacements sont déjà partis chez Grand Frais, et le reste n’intéresse personne.

Mon jugement, et je l’assume : une enseigne comme Gifi n’est pas un ornement. Elle fait partie de l’équipement des ménages modestes, et son départ ne se remplace pas par une application. La laisser mourir sans repreneur ne fait pas d’économie. Cela déplace la facture sur les salariés, sur les fournisseurs et sur les communes.

Une question. Quand le magasin à petits prix de votre commune ferme, que faites-vous : vous roulez plus loin, vous commandez en ligne, ou vous vous en passez ?

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