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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

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Le coût réel de la casse lycéenne : ce que détruire ajoute au PIB

Couloir et salle de classe d’un lycée dévastés : vitres brisées, tables renversées, murs couverts de graffitis illisibles, extincteur au sol.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Quarante millions d’euros. C’est le chiffre que Régions de France a fini par avancer, la veille du 17 octobre, pour les dégradations des lycées depuis la mi-septembre : « autour de 40 millions d’euros » à l’échelle nationale, un bilan provisoire (Le Figaro, 17 octobre 2026). Le même week-end, Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution, parlait de « centaines de millions d’euros » pour 1 500 commerces touchés (BFMTV, 18 octobre 2026). J’ai déjà examiné ce premier chiffrage et ce qu’il laisse dehors (17 octobre : 1 500 commerces, « des centaines de millions », et aucun chiffrage public).

Ma thèse est simple : une destruction n’est pas une perte nette dans la comptabilité nationale. La réparation est une dépense, la dépense est une production, la production entre dans le PIB. Détruire, puis réparer, produit de la croissance mesurée. Ce n’est pas une provocation, c’est une propriété de l’indicateur. Et l’assureur indemnise, puis répercute : le sinistre devient un volume de primes. Le capitalisme ne s’effondre pas sous les coups. Il reçoit une commande.

C’est la critique que j’adresse aux anticapitalistes, sans mépris : leur colère porte sur des faits réels. Des classes de 32 à 35 élèves, des professeurs non remplacés, des bâtiments délabrés, un Parcoursup qui trie. La colère est légitime. La question est ce que la destruction produit, et à qui elle profite.

  1. Quarante millions, et un trou dans l’addition
  2. Ce que la réparation ajoute au PIB
  3. Ce que le PIB ne dit pas
  4. L’assurance met la perte en circulation
  5. Un pouvoir qui mesure sa réussite au chiffre
  6. La critique adressée aux anticapitalistes

Quarante millions, et un trou dans l’addition

Les régions sont propriétaires des lycées, elles paient les bâtiments et les personnels techniques. Ce sont donc elles qui chiffrent, chacune avec son périmètre, et c’est là que l’addition commence à mentir. Le 2 octobre, l’Île-de-France annonce 7 millions d’euros pour ses 468 établissements ; l’Auvergne-Rhône-Alpes, 25 à 30 millions au sens large, abords et véhicules inclus ; le Grand Est et les Hauts-de-France, près d’un million chacun ; la Nouvelle-Aquitaine, un million pour 25 lycées (Le Figaro avec l’AFP, 2 octobre 2026 ; franceinfo, 2 octobre 2026). Le 10 octobre, le Grand Est passe à 4 millions, la Provence-Alpes-Côte d’Azur à 6, les Pays de la Loire et l’Occitanie à 3 (CNEWS, 10 octobre 2026). La Normandie parle de « plusieurs millions » pour près de 30 lycées, sans total (InfoNormandie, 12 octobre 2026).

Additionnons ce qui est additionnable : 27,5 millions pour l’Auvergne-Rhône-Alpes, au milieu de la fourchette, plus 7, 6, 4, 3, 3, 1 et 1. Nous sommes entre 50 et 55 millions. Le total national annoncé par Régions de France est de 40 millions. L’écart n’est pas une erreur d’arithmétique : les périmètres diffèrent, certaines régions comptent le bâti seul, d’autres les abords, le mobilier urbain, les véhicules, parfois les heures des agents. Les dates diffèrent aussi : le Grand Est passe de 1 à 4 millions en huit jours, quand les expertises arrivent. Et le total national n’est pas une somme, c’est une déclaration de l’association des régions, construite sur les remontées disponibles. Un total national d’émeute est toujours une convention.

Ce total ne contient pas tout : ni les mairies, ni les commissariats, ni l’hôtel de ville de Limoges, en grande partie perdu dans un incendie le 17 octobre (La mairie de Limoges a brûlé : l’État examine, la commune paiera). Il ne contient pas les 1 500 commerces, les stocks volés, les pertes d’exploitation, ni les heures supplémentaires des policiers et des gendarmes, alors que plus de 10 000 agents ont été mobilisés le 17 octobre, dont au moins 5 000 à Paris (Europe 1, 17 octobre 2026). Il ne contient pas les 500 policiers, gendarmes et pompiers blessés. J’ai raconté la bataille des chiffres de participation et ce que chaque camp avait intérêt à y mettre (17 octobre : 550 000 selon l’État, 800 000 selon les syndicats).

Le mouvement lycéen a un bilan documenté : 24 établissements « incendiés ou saccagés » au 4 octobre, et 78 personnels blessés (TF1 Info avec l’AFP, 4 octobre 2026). 24 sur 735 établissements affectés : la très grande majorité des mobilisations ne saccage rien.

Journal de 20 heures de France Télévisions, 2 octobre 2026 : la séquence des faits, et le passage des revendications aux images de chaos.

Poste Montant publié Périmètre et source
Lycées, total national environ 40 M€ Régions de France, 17 octobre, bilan provisoire
Somme des estimations régionales 50 à 55 M€ huit régions, octobre 2026, périmètres non homogènes
Commerces du 17 octobre « centaines de millions » FCD, 1 500 commerces affectés, aucun total arrêté
Bâtiments publics non chiffré Limoges, mairies, commissariats
Interventions des forces de l’ordre non chiffré 10 000 agents le 17 octobre, 500 blessés

Voilà pourquoi je refuse de donner « le » coût réel. Le seul chiffre solide est celui des lycées, autour de 40 millions, et il est un plancher, pas un total. La somme des déclarations régionales donne 50 à 55 millions, plus haut et moins sûr. Les commerces ajoutent un ordre de grandeur sans total. Les bâtiments publics et les interventions n’ont pas de chiffrage public. Un article qui additionnerait tout cela sans le dire fabriquerait un nombre, pas une mesure.

Ce que la réparation ajoute au PIB

Une vitre cassée est une perte pour le propriétaire. La vitre remplacée est une production pour le vitrier. Le nettoyage, la maçonnerie, les heures supplémentaires, les marchés de travaux : tout cela est une dépense, et toute dépense de production entre dans le PIB. La comptabilité nationale l’enregistre comme un investissement quand elle reconstruit un actif, ou comme une consommation intermédiaire quand elle remet en état un bâtiment existant. Dans les deux cas, elle compte une activité. La destruction, elle, ne figure pas comme un moins : elle appauvrit un patrimoine, elle n’annule pas la production. La casse ne « crée pas de la richesse », elle crée de l’activité, et l’indicateur ne fait pas la différence.

Reste à savoir combien. La dépense se diffuse : c’est le multiplicateur. Les estimations sérieuses ne donnent pas une valeur unique. L’OFCE retient 0,8 en moyenne pour les dépenses publiques, avec une grande variabilité (Revue de l’OFCE n° 175, 2021). Le FMI trouve 1,0 au bout d’un an et 1,4 au bout de trois ans pour l’investissement public. Le modèle Mésange de l’Insee et de la direction générale du Trésor donne 1,3 au bout d’un an et 1,2 au bout de trois ans (FIPECO, 2026). La Banque centrale européenne retient 0,93 à deux ans (Bulletin économique de la BCE n° 6, 2025). Je retiens 1,2 comme valeur centrale, dans une fourchette de 0,8 à 1,4 : c’est le point médian des estimations institutionnelles, appliqué à une dépense publique de travaux.

40 millions d’euros de réparation, multiplicateur 1,2 : 48 millions de PIB supplémentaire.

En points de PIB : 48 millions divisés par 2 991,1 milliards, le PIB de 2025 (Insee, comptes de la Nation 2025), soit 0,0016 point de PIB.

Avec la somme régionale haute, 55 millions : 66 millions de PIB, soit 0,0022 point.

À l’échelle des émeutes de 2023, 1 milliard : 1,2 milliard de PIB, soit 0,04 point.

Emplois : le bâtiment réalise 193 milliards de travaux avec 1,73 million d’actifs, soit environ 111 500 euros par actif (FFB, Le bâtiment en chiffres 2025). 40 millions représentent entre 250 et 360 emplois directs pendant un an, avant les emplois indirects. 55 millions, entre 350 et 490. 1 milliard, entre 6 400 et 9 000.

Le résultat est minuscule. L’Insee prévoit 0,4 % de croissance pour 2026 (franceinfo, 10 septembre 2026). Les 40 millions de réparation représentent 0,0016 point, un deux-cent-cinquantième de la croissance attendue. Aucun épisode de cette taille ne change la trajectoire nationale. Il faut le dire : l’exagération affaiblirait la thèse. Mais ce n’est pas la taille qui compte : c’est la nature de ce qui est compté. Un pays dont l’indicateur additionne la construction d’un lycée et sa reconstruction après incendie ne dispose d’aucun signe interne pour distinguer les deux. Il mesure une activité, pas un progrès.

Ce que le PIB ne dit pas

Le PIB est un flux de production, pas un stock de patrimoine. Une école détruite, c’est un bâtiment qui disparaît, des années d’usage perdues, des travaux de démolition, des archives, parfois une valeur historique qui ne se reconstruit pas. La réparation restaure une partie de ce stock, mais elle ne l’augmente pas : elle répare une perte. Le gain comptable est réel, la perte de patrimoine l’est aussi, et les deux ne s’annulent pas.

Limoges en donne l’exemple le plus net. L’hôtel de ville, édifié à la fin du XIXe siècle, est un édifice protégé. Le préfet de la Haute-Vienne l’a décrit comme « en grande partie perdu » après l’incendie du 17 octobre. Il n’existe pas de barème au mètre carré pour un bâtiment dont la valeur n’est pas marchande. La reconstruction passera par un architecte en chef des monuments historiques, des études et des années. Chaque euro dépensé sera compté dans le PIB. Ce qui a brûlé, lui, ne sera compté nulle part.

La même asymétrie vaut pour une vitrine. Le commerçant perd un stock, une clientèle, des semaines de chiffre d’affaires. L’assureur indemnise une partie, le menuisier remplace la vitre, et le PIB enregistre le remplacement. La perte d’exploitation, elle, n’est pas une production : c’est un manque. Le PIB ne connaît pas les manques, il connaît les dépenses. Et l’indemnité n’est pas du PIB : c’est un transfert, ce qui entre dans le PIB c’est la réparation qu’elle finance. L’assurance ne crée donc pas la croissance par elle-même, elle la finance.

Voilà la limite, et elle est décisive. Le système compte la réparation comme une richesse, alors qu’elle répare une perte. Ce n’est pas une caricature : c’est la définition d’un indicateur de flux. Une critique qui prétendrait que la casse « enrichit » le pays serait fausse. Une critique qui montre que le pays compte l’activité sans compter la perte est exacte, et vérifiable. C’est ce que montre déjà l’article sur la réparation comptée comme croissance (Casse des lycées, prélèvements sur les communes : la France du milieu paie deux fois).

L’assurance met la perte en circulation

Le secteur ne s’effondre pas sous les sinistres. Il les indemnise, puis il en répercute la charge. En 2025, les assureurs français ont encaissé 308,6 milliards d’euros de cotisations, en hausse de 9 % sur un an, et versé 223 milliards de prestations, en baisse de 1,6 % (France Assureurs, rapport annuel 2025). Les cotisations de biens et de responsabilité, celles qui couvrent les vitrines, les bâtiments et les véhicules, atteignent 79,9 milliards, en hausse de 6,6 %. Le volume d’affaires progresse indépendamment du niveau des sinistres : la destruction ne l’empêche pas de croître, elle lui donne de la matière.

La seconde moitié est plus fine. Les 40 millions des lycées représentent 0,05 % des 79,9 milliards de cotisations dommages. Les 793 millions des émeutes de 2023, bilan du Sénat, en représentaient 1 %. À l’échelle du secteur, l’épisode lycéen est un grain de sable. Je ne peux donc pas affirmer que cette casse, à elle seule, fera monter les primes nationales : les chiffres ne le permettent pas, et le dire serait une exagération. Ce que je peux établir, c’est le mécanisme et sa trace dans les épisodes comparables.

Les primes d’assurance multirisque professionnelle augmentent d’environ 7 % en 2026 (Coover, étude 2026 ; Le Monde, 23 septembre 2025). L’assurance habitation a augmenté de près de 10 % en 2025. Les collectivités ne sont pas épargnées : leurs primes ont augmenté de 22,9 % en 2024, à 1,17 milliard d’euros, après 11,2 % en 2023. Les communes ont payé 729 millions, soit 43 % de plus qu’en 2020 (Maire info, d’après l’OFGL, 2025).

La trace est là : les 41 communes d’Île-de-France les plus touchées par les émeutes de 2023 ont vu leur prime augmenter de près de 40 % en 2024, et dix d’entre elles de plus de 67 %. Le sinistre devient un flux d’affaires, puis une ligne de cotisation pour le contribuable.

Les dégradations des lycées, région par région

Estimations publiées par les régions, en millions d’euros, octobre 2026. Le total national annoncé par Régions de France n’est pas la somme des lignes : les périmètres et les dates diffèrent. Survolez une barre ou sélectionnez-la au clavier.

Auvergne-Rhône-Alpes25 à 30
Île-de-France7
PACA6
Grand Est4
Pays de la Loire3
Occitanie3
Hauts-de-France1
Nouvelle-Aquitaine1
Total national40
Sélectionnez une barre pour voir le périmètre et la source.

Sources : Régions de France, Le Figaro, franceinfo, CNEWS, Le Parisien, L’Opinion, communiqué de la Région des Pays de la Loire, octobre 2026. La barre du total national est noire et ne s’additionne pas aux autres.

Un pouvoir qui mesure sa réussite au chiffre

Le gouvernement français ne fixe pas ses objectifs en fonction d’une croissance « vertueuse ». Il les fixe en fonction du taux de croissance. Le programme de stabilité, le projet de loi de finances, les lettres de cadrage, les avis du Haut Conseil des finances publiques : tout est construit sur une prévision de PIB, parce que le PIB détermine les recettes, donc le déficit, donc la capacité à tenir les engagements européens.

En avril 2026, le gouvernement a abaissé sa prévision de croissance pour 2026 à 0,9 %, et le Haut Conseil des finances publiques a jugé ce scénario « cohérent » (BFMTV, 22 avril 2026). En septembre, l’Insee est descendu à 0,4 %, et la Banque de France à 0,4 % également. L’écart entre 0,9 et 0,4 représente des milliards de recettes. Personne, dans ce débat, ne demande d’où vient la croissance : d’un investissement productif, d’une dépense de réparation, ou d’un stockage. La question posée est le niveau, pas la composition.

Je ne trouve aucun document budgétaire officiel qui distingue la croissance qui répare de la croissance qui enrichit. Ce n’est pas un complot : c’est une propriété de l’instrument. Le PIB est un agrégat de production, et une administration qui a besoin d’un chiffre pour équilibrer un budget n’a aucun intérêt institutionnel à le décomposer. Elle peut condamner la destruction le samedi et se réjouir de la reconstruction le lundi sans se contredire : la condamnation est morale, la reconstruction est comptable, et les deux tiennent dans la même phrase.

Le projet de loi « casseurs-payeurs », dont l’examen a été avancé après les dégradations, illustre cette coexistence. L’État veut faire payer les réparations aux auteurs, ce qui est une réponse pénale et civile. Mais la réparation est déjà comptée comme activité, et le budget de l’Éducation nationale comme celui des régions l’intègre dans ses dépenses. On peut vouloir recouvrer le coût et se satisfaire de la dépense. Ce n’est pas de l’hypocrisie : c’est la façon dont un État dépensier fonctionne. Un pouvoir qui mesure sa réussite au PIB est structurellement conduit à traiter une dépense de réparation comme une bonne nouvelle, ou au moins comme une dépense neutre. Il n’a aucun intérêt institutionnel à distinguer la croissance qui répare de la croissance qui enrichit. Le mécanisme de responsabilité de l’État pour les dégâts d’une foule montre pourtant que la facture finit toujours par revenir à quelqu’un (L’État est responsable des dégâts d’une foule depuis 1983).

La critique adressée aux anticapitalistes

Regardez la chaîne. Le commerçant dont la vitrine est brisée paie sa franchise, attend l’expertise, puis voit sa prime augmenter. Le lycée dont le hall a brûlé est réparé par la région, donc par le contribuable, avec des entreprises qui facturent. La commune dont la mairie a été saccagée paie une prime plus élevée l’année suivante, ou augmente ses impôts. L’assureur indemnise et répercute. À aucun moment la propriété n’est abolie : elle est réparée, assurée, refinancée. À aucun moment la règle n’est renversée : elle est renforcée, avec plus de police, plus de caméras, plus de procédures. La destruction ne touche ni la propriété, ni la règle, ni le pouvoir. Elle les fait travailler.

Les organisateurs le savent, et ils l’ont dit. Nathanaël Combary, président du conseil d’administration du Renouveau Lycée, a déclaré le 2 octobre : « On se désolidarise complètement des violences urbaines, qui ne sont pas commises par des lycéens qui désirent s’engager et défendre un modèle de lycée » (TF1 Info, 2 octobre 2026). Jean-Rémi Girard, président du SNALC, a dit sur France 2 ce que beaucoup pensent tout bas : « C’est triste qu’il faille commencer à casser et à foutre le feu pour que d’un seul coup le gouvernement réagisse » (Le Figaro, 5 octobre 2026). Cette phrase est un aveu : la casse a obtenu une réaction que la manifestation pacifique n’avait pas obtenue. Elle apprend au pouvoir qu’il n’a besoin de répondre qu’à la violence, et elle apprend aux jeunes que la violence est le seul langage écouté.

D’autres ont justifié. Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a déclaré le 29 septembre que « la violence, à un moment donné, peut être légitime », avant de nuancer : « à chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux » (RTBF, 30 septembre 2026). Le ministre de l’Éducation nationale lui a répondu que « la violence n’est pas légitime », et que ce sont les revendications qui le sont. Je suis de cet avis, non par moralisme, mais par efficacité : la violence produit une commande, pas un rapport de force. Elle donne au pouvoir le sujet dont il a besoin, l’ordre public, et retire au mouvement le seul capital qui compte, la légitimité.

Il faut pourtant être juste, et distinguer. La très grande majorité des mobilisations n’a rien saccagé. Le ministère recensait 735 établissements affectés au 4 octobre, et 24 « incendiés ou saccagés ». À Nantes, la préfecture de la Loire-Atlantique a décrit « des individus violents venus s’agréger aux lycéens pour commettre des dégradations ». À Marseille, à Lyon, à Grenoble, les images montrent des groupes masqués, souvent extérieurs aux établissements, qui cassent quand le cortège passe. Attribuer au mouvement ce qu’un groupe isolé a fait serait malhonnête, et je ne le ferai pas. Mais l’inverse est aussi malhonnête : dire que la casse n’a rien à voir avec le mouvement, alors qu’elle se produit dans son sillage et qu’elle en occupe l’espace médiatique.

La victime immédiate n’est pas le capital. C’est le commerçant du coin, qui n’a pas de trésorerie pour attendre l’expertise. C’est le contribuable de la commune, qui paiera la prime et la réparation. C’est l’assuré, qui verra sa cotisation augmenter. C’est l’élève, qui perd des semaines de cours. C’est le personnel, dont 78 membres ont été blessés au 4 octobre. Le capital, lui, a des assureurs, des franchises, des capacités de refinancement et des marchés publics. Il traverse la casse mieux que ceux qui la commettent.

À retenir. La destruction ne retire rien au capitalisme : elle lui passe commande, et la facture arrive au commerçant, au contribuable et à l’assuré.

Alors je le dis à ceux qui pensent atteindre le capitalisme par la destruction : vous ne l’atteignez pas, vous le faites travailler. Chaque vitrine cassée est un contrat de réparation, chaque lycée incendié est un marché public, chaque sinistre est une prime. Le système n’a pas besoin que vous l’aimiez. Il a besoin que vous consommiez, et la casse est une consommation comme une autre, payée par d’autres. Ce n’est pas une insulte, c’est une observation comptable.

La destruction n’est pas une arme contre le capitalisme. C’est une de ses lignes de chiffre d’affaires. La seule manière de ne pas la lui offrir, c’est de construire une critique qui tienne debout sans elle, et qui oblige ceux qui gouvernent à répondre sur ce qu’ils comptent, pas seulement sur ce qu’ils réparent.

Alors je pose la question, et je la laisse ouverte : à votre avis, que devrait faire un mouvement qui veut atteindre le capitalisme sans lui passer commande ?

Article publié le 18 octobre 2026 à 15 h 25, heure de Paris.

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