Aller au contenu
L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Drones, intrusions, cyberattaques : comment l’armée de l’air durcit la protection de ses bases

Drone posé devant un hangar en béton sur une base aérienne
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Fin septembre, une tentative d’intrusion imputée à l’Iran sur la base britannique de Fairford, utilisée par l’armée américaine, a été déjouée. La semaine suivante, du 28 septembre au 2 octobre 2026, l’ensemble des bases aériennes françaises a enchaîné un exercice de protection destiné à éprouver leur résistance aux drones, aux intrusions et aux cyberattaques. Derrière l’entraînement, un chantier de fond : l’armée de l’Air et de l’Espace renforce ses moyens de lutte anti-drones, avec des commandes encore limitées au regard du nombre de sites à protéger.

Fairford, l’épisode qui a servi d’alarme

Le 27 septembre 2026, la police britannique intervient aux abords de la base de la Royal Air Force de Fairford, dans le Gloucestershire, dans le sud-ouest de l’Angleterre : trois véhicules suspects ont été signalés. Un large périmètre est bouclé et des dizaines de foyers sont évacués. Les enquêteurs ne trouvent aucun engin explosif, mais de l’essence « en quantité », selon plusieurs médias britanniques et internationaux.

Fairford est l’une des rares bases européennes adaptées aux bombardiers lourds américains. La semaine suivante, le 4 octobre, le Pentagone annonce le rapatriement de ses bombardiers B-1 Lancer, une douzaine d’appareils, ce que le président américain Donald Trump rattache à des « menaces ». Le gouvernement britannique évoque de « fortes indications » d’un rôle iranien. Téhéran dément « catégoriquement » toute implication, et son chef de la diplomatie, Abbas Araghchi, estime que Londres fait « fausse route ».

Deux précautions s’imposent ici. L’imputation de l’incident à un État reste une accusation politique, pas un fait judiciairement établi : l’enquête britannique est toujours en cours et sept personnes ont été arrêtées puis remises en liberté sous caution. Et à ce stade, aucun élément public ne relie directement la France à cet épisode. Il sert de contexte, non de preuve.

Basex : un exercice qui a changé de statut

Deux fois par an, le Commandement territorial de l’armée de l’Air et de l’Espace (CTAAE) conduit l’exercice Basex sur l’ensemble des bases aériennes de métropole. Au programme des scénarios : intrusions, menaces de drones, colis suspects, risque nucléaire, radiologique, biologique et chimique, cyberattaques, gestion de crise et délocalisation d’aéronefs. L’objectif est de tenir les missions même en environnement dégradé.

L’édition qui s’est déroulée du 28 septembre au 2 octobre 2026 a placé au cœur du dispositif la base de Bordeaux-Mérignac (BA 106), où siège le commandement territorial, rapporte Le Monde. Le général de corps aérien Cyrille Duvivier, qui commande le CTAAE, résume le changement de climat : « Par le passé, cet exercice était un peu un passage obligé, à l’instar d’un exercice incendie, mais désormais il n’y a plus besoin de convaincre personne de son utilité. »

Le CTAAE coordonne la protection de vingt-six bases en métropole et quatre en outre-mer. Sa mission couvre deux volets imbriqués : la sûreté aérienne, pilotée au niveau central, et la sécurité-protection des emprises, qui fait face aux « petits drones », aux intrusions et au sabotage.

Une menace documentée, des moyens encore comptés

La lutte anti-drones n’est pas nouvelle. Dès les survols de sites sensibles il y a une dizaine d’années, l’armée de l’Air s’est dotée de brouilleurs, puis de systèmes de détection multicapteurs. La Commission interministérielle de sûreté aérienne a désigné en 2021 l’armée de l’Air et de l’Espace comme coordinatrice des travaux, au titre de la protection d’événements sensibles et de ses propres bases.

Les moyens en service comprennent des systèmes mobiles de lutte anti-drones, le dispositif BASSALT, des hélicoptères Fennec équipés de brouillage, et le programme PARADE (protection déployable modulaire anti-drones), confié en 2022 à un consortium Thales et CS Group, dont le marché peut atteindre 350 millions d’euros sur dix ans, pour six systèmes livrés début 2023.

Le renforcement est engagé. Selon le site spécialisé Zone Militaire, le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace a évoqué un exercice simulant une attaque saturante de drones contre une base, en écho à l’opération « Spider » menée par l’Ukraine contre des emprises abritant des bombardiers. Au-delà des 5 milliards d’euros prévus par la loi de programmation militaire 2024-2030 pour la défense sol-air, 1,6 milliard d’euros supplémentaires doivent être investis d’ici 2030. Sept canons antiaériens RAPIDFire de 40 mm, développés par KNDS France et Thales, ont été commandés pour les bases conventionnelles, hors bases à vocation nucléaire. Depuis le 2 septembre 2026, un ballon captif de surveillance est expérimenté sur la base de Saint-Dizier (BA 113), qui abrite une composante de la dissuasion.

La réserve tient en un chiffre : sept canons pour un réseau d’une trentaine de bases, c’est un début, non une couverture complète. Les spécialistes du secteur le relèvent, et l’échelonnement des commandes le confirme. La protection des sites nucléaires, elle, relève de dispositifs distincts, non détaillés publiquement.

Ce que recouvre l’expression « guerre hybride »

L’expression désigne des actions menées en dessous du seuil du conflit armé ouvert : intrusions, survols de drones, sabotages, cyberattaques, pression informationnelle. Elles sont souvent conduites par des intermédiaires ou des acteurs irréguliers, ce qui complique l’attribution. Des épisodes comparables ont visé des infrastructures en Allemagne, dans les pays baltes ou en Belgique, sans qu’une attaque équivalente soit établie contre une base française.

Distinguer les registres reste nécessaire. Le scénario de l’exercice est une hypothèse de travail, pas l’annonce d’une attaque imminente. Attribuer un incident à une puissance étrangère suppose des preuves, et non le seul bénéfice qu’elle pourrait en tirer. Enfin, l’usage du terme « guerre hybride » relève d’un cadre d’analyse : il décrit une méthode, pas une déclaration de guerre.

À retenir

  • Du 28 septembre au 2 octobre 2026, l’ensemble des bases aériennes françaises a conduit l’exercice Basex, coordonné par le Commandement territorial de l’armée de l’Air et de l’Espace, contre des scénarios de drones, d’intrusions, de cyberattaques et de crise.
  • L’exercice s’est tenu juste après une tentative d’intrusion déjouée sur la base britannique de Fairford, imputée à l’Iran par Londres et Washington, ce que Téhéran dément.
  • Le renforcement anti-drones est engagé : 1,6 milliard d’euros supplémentaires d’ici 2030, sept canons RAPIDFire de 40 mm commandés, un ballon captif expérimenté à Saint-Dizier depuis le 2 septembre.
  • Sept canons pour une trentaine de bases : l’effort est réel mais reste un début, et l’attribution de l’incident de Fairford n’est pas établie.

À lire aussi

Question aux lecteurs

Face à la menace des drones sur les sites militaires, par quoi commenceriez-vous ?

Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.

Pour aller plus loin

Méthode : le fait central, l’entraînement de l’ensemble des bases aériennes françaises contre les menaces de drones, d’intrusion et de cyberattaque (exercice Basex, 28 septembre au 2 octobre 2026), est établi par des origines réellement distinctes : la communication de l’armée de l’Air et de l’Espace et de son commandement territorial (CTAAE) sur l’exercice et ses scénarios ; le reportage du Monde sur la base de Bordeaux-Mérignac ; les publications spécialisées sur les moyens de lutte anti-drones (Zone Militaire, La Tribune, Refrance) ; et la presse régionale ayant couvert l’édition précédente de Basex. Les reprises d’une même dépêche comptent pour une seule origine. Réserves principales : l’exercice est un entraînement bisannuel simulé et n’atteste aucune attaque sur le territoire national ; l’imputation de l’incident de Fairford à l’Iran est une accusation d’États, contestée par Téhéran, et l’enquête britannique n’est pas close ; le nombre de systèmes anti-drones commandés reste limité au regard du nombre de bases ; la protection des bases à vocation nucléaire relève de dispositifs distincts. Les liens ci-dessus renvoient aux pièces publiques de référence ; l’article du Monde est soumis à abonnement.

Les sujets de cet article

La rédaction de L’Esprit Français

L’auteur

La rédaction de L’Esprit Français

La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

Tous ses articles
Continuer l’exploration

Dans la même rubrique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

L’ESPRIT FRANÇAIS

Partager cet article

Drones, intrusions, cyberattaques : comment l’armée de l’air durcit la protection de ses bases

WhatsApp Facebook X E-mail

Choisissez où le partager. Aucune publication automatique.

Le Journal, à portée de main

Retrouvez les actualités et les dossiers dans une application légère, avec le même contenu que le site.

Installation facultative. Connexion Internet nécessaire. Aucune notification n’est activée par cette installation.