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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Rafale dégradé à Cergy, hafnium volé à Jarrie : la menace intérieure des sites de défense

Rafale dégradé à Cergy, hafnium volé à Jarrie : la menace intérieure des sites de défense
Rafale dégradé à Cergy, hafnium volé à Jarrie : la menace intérieure des sites de défense

Le Parisien a révélé, vendredi 25 septembre, que des actes de dégradation ont visé un Rafale en construction à l’usine Dassault Aviation de Cergy (Val-d’Oise) : une première dégradation constatée fin 2025, de nouveaux actes découverts en juin 2026, un salarié interpellé à la mi-septembre. Dossier distinct, même schéma : chez Framatome, à Jarrie (Isère), un salarié a été mis en examen après la disparition de plus de 150 kg d’hafnium, un métal critique. Dans les deux affaires, le suspect travaillait dans l’établissement visé. Le 18 septembre, Emmanuel Macron a demandé un plan de protection des sites les plus sensibles de la défense.

À Cergy, deux dégradations et une plainte

Le fait est rapporté par Le Parisien le vendredi 25 septembre 2026 : un avion de chasse en cours de fabrication a été dégradé à deux reprises dans l’usine Dassault Aviation de Cergy, dans le Val-d’Oise. Dassault Aviation a porté plainte à la fin de 2025, après avoir constaté une première dégradation ; en juin 2026, de nouveaux actes de malveillance ont été découverts sur la chaîne de fabrication, toujours selon le quotidien. À la mi-septembre, la section de recherches de la gendarmerie de l’armement — une unité de police judiciaire à compétence nationale, compétente notamment pour les systèmes d’armes et le secret de la défense nationale — a interpellé un salarié de l’usine.

Interrogé par BFMTV, l’avionneur confirme avoir « porté plainte pour actes de dégradation commis dans l’usine de Cergy » et l’interpellation d’un « collaborateur ». « La justice suit son cours », ajoute l’entreprise. Deux précisions manquent : ni Dassault Aviation ni le parquet n’ont indiqué la nature exacte des dommages, ni leurs conséquences sur le calendrier de production.

Le site de Cergy n’est pas un atelier secondaire. Opérationnel depuis l’été 2024 et inauguré le 23 septembre 2025, il emploie plus de 600 personnes et constitue, selon son constructeur, le premier établissement de production mis en service par Dassault Aviation depuis les années 1970. Les équipes y assemblent des parties avant de fuselages Rafale et Falcon, aménagent les fuselages du Rafale — circuits électriques, carburant, hydrauliques, pneumatiques, calculateurs, trains d’atterrissage — et fabriquent des tuyauteries métalliques. L’assemblage final et les premiers vols ont lieu à Mérignac, en Gironde.

Le vocabulaire juridique mérite d’être précisé, car il fixe le poids des faits. Le sabotage est un crime défini par l’article 411-9 du code pénal : détruire, détériorer ou détourner un matériel, une construction, une installation, ou y introduire une malfaçon, lorsque l’acte est de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. La peine est de quinze ans de détention criminelle et 225 000 euros d’amende, portée à vingt ans et 300 000 euros lorsque l’auteur agit pour servir une puissance, une entreprise ou une organisation étrangère. À ce stade, l’entreprise parle d’« actes de dégradation » : le mot « sabotage » est celui de la presse, aucune qualification judiciaire publique n’ayant été annoncée.

À Jarrie, l’hafnium disparu

Un mois avant l’interpellation de Cergy, une autre enquête visait un autre site de défense. Le 19 août 2026, les gendarmes de la section de recherches de Grenoble ont placé en garde à vue un salarié de Framatome employé à Jarrie, en Isère, ainsi que sa compagne. La direction du site avait constaté en juillet la disparition de plusieurs dizaines de fûts de cristaux d’hafnium. Les gendarmes en ont retrouvé plus de 150 kilogrammes au domicile du salarié, une quantité évaluée à plus de 1,5 million d’euros — un ordre de grandeur indicatif, l’hafnium n’ayant pas de cours mondial unique. Selon les informations de L’Essentiel de l’Éco, plus de 500 000 euros en espèces et une arme de poing ont également été saisis. Le salarié a été mis en examen et placé en détention provisoire, a confirmé le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux ; sa compagne a été placée sous contrôle judiciaire.

L’hafnium n’est pas un métal ordinaire. Coproduit de la fabrication du zirconium de qualité nucléaire, il résiste à de très hautes températures et absorbe les neutrons : les industriels l’utilisent dans les superalliages aéronautiques, les céramiques techniques et, dans certains réacteurs, les dispositifs de contrôle de la réaction nucléaire. L’Union européenne l’a inscrit sur sa liste des matières premières critiques. L’usine de Jarrie, classée Seveso, transforme en amont le zirconium destiné à l’industrie nucléaire.

Ces fûts avaient déjà alerté un élu. Dans une question écrite publiée au Journal officiel le 16 juin 2026, le député du Puy-de-Dôme Julien Brugerolles (Gauche démocrate et républicaine) rapporte, d’après un comité social et économique extraordinaire, qu’une opération menée par plusieurs individus « parfaitement renseignés sur le fonctionnement du site » aurait permis le vol d’environ trente fûts en quelques minutes, après franchissement de plusieurs barrières et clôtures et malgré les dispositifs de surveillance. Il évoque le cinquième vol recensé depuis 2019 et demande un audit complet de la sûreté du site, la DGSI et la gendarmerie étant saisies. Ces éléments sont rapportés par un parlementaire, sur la base de documents internes : ils ne valent pas constat judiciaire.

Ce que les deux dossiers ont en commun

Les deux suspects ont un point commun, souligné par L’Essentiel de l’Éco : chacun travaillait dans l’établissement qu’il est soupçonné d’avoir visé. Un industriel peut clôturer un site, filmer ses abords et surveiller le ciel au-dessus de ses ateliers ; aucune de ces protections ne s’applique à un salarié qui franchit les contrôles d’accès avec l’autorisation de son employeur.

Cette configuration correspond à ce que documente le renseignement militaire. Dans le panorama 2025 de sa Lettre d’information économique, publié en mai 2026, la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD) décrit une menace élevée et durable contre la base industrielle et technologique de défense. Le nombre d’incidents est resté stable, mais leur répartition a bougé : les atteintes physiques — intrusions effectives ou tentées, vols d’ordinateurs, de machines-outils ou de matières premières, dégradations, incendies — sont passées de 18 % à 24 % des faits recensés entre 2024 et 2025. Les atteintes humaines restent le premier poste, à 28 %, devant les atteintes capitalistiques (15 %), cyber (13 %), réputationnelles (11 %), juridiques (6 %) et liées aux approvisionnements (3 %). Le service relève une hausse des survols de drones au-dessus de sites sensibles à la fin de 2025, à des fins de repérage, et souligne que les vols constatés sont souvent facilités par un manque de vigilance de certains collaborateurs. Il précise aussi que l’imputation de ces actes à un État étranger reste difficile à établir ; les actions revendiquées de mouvances d’ultra-gauche liées au conflit israélo-palestinien continuent en parallèle.

Une différence d’échelle compte pourtant. Les deux affaires de l’été concernent deux grands groupes, Dassault Aviation et Framatome, dotés de services de sûreté et de moyens supérieurs à ceux des sous-traitants qui constituent l’essentiel de la chaîne. La fragilité mise au jour n’est donc pas seulement celle d’acteurs modestes : elle porte sur l’accès humain aux installations elles-mêmes.

Ce que l’État annonce

Le 18 septembre 2026, à l’issue d’une réunion à l’Élysée avec les principaux candidats à l’élection présidentielle ou leur représentant, Emmanuel Macron a demandé au gouvernement de préparer « un plan de protection de nos infrastructures critiques, ainsi que des sites les plus sensibles de notre base industrielle et technologique de défense », en visant les attaques de drones et les attaques cyber. Selon le compte rendu publié par le ministère des Affaires étrangères, cette demande s’inscrit dans un contexte d’intensification des menaces hybrides attribuées à la Russie, après la réunion des préfets de zone par le ministre de l’Intérieur.

Le jeudi 24 septembre au soir, lors de son allocution télévisée, le chef de l’État a rappelé la doctrine : « Depuis des mois, on a monté la posture et mieux protégé des sites sensibles. Et nous avons donné des instructions pour qu’il y ait plus de vigilance encore. Région par région, tous les sites sensibles civils qui le justifient font l’objet de protection, et c’est aussi le cas des sites militaires et industriels de l’armée. » Il a relié l’effort à la résilience nationale, « y compris civile, sur nos emprises ».

Reste l’essentiel, qui n’est pas public : au moment de la rédaction, aucun texte, calendrier ni montant de ce plan n’avait été rendu public. La formulation retenue place les drones et le cyber au premier rang des priorités annoncées, alors que les atteintes humaines et physiques représentent, dans les relevés de la DRSD, plus de la moitié des incidents recensés.

Ce qui reste non établi

  • Aucun lien avec une puissance étrangère n’est établi dans les deux dossiers de l’été. Les enquêteurs ont d’abord exploré cette piste, à Cergy comme à Jarrie, avant de revenir vers l’usine ; la DGSI a été avisée du dossier de Jarrie. Aucun lien n’a non plus été établi entre les deux affaires.
  • Un précédent invite à la prudence. En février 2026, un intérimaire de 19 ans employé comme monteur-câbleur à Cergy avait été interpellé avec des lunettes-caméra, puis placé en garde à vue pour « vol de données et violation du secret de fabrique » ; la garde à vue a été levée et aucune infraction d’espionnage industriel n’a été retenue, a indiqué le parquet de Pontoise. Une alerte sur un site sensible n’est pas une opération étrangère démontrée.
  • Aucun mobile n’est public à Cergy. La piste évoquée par L’Essentiel de l’Éco — un conflit interne — relève d’une hypothèse d’enquête : ni l’entreprise ni le parquet n’ont établi l’intention de l’auteur des dégradations.
  • L’avion dégradé n’a pas été identifié. Le Rafale peut emporter le missile ASMPA-R et participe à la composante aéroportée de la dissuasion ; Dassault associe quelque 400 entreprises françaises à son programme. Ni l’avionneur ni le parquet n’ont indiqué que l’appareil visé était destiné aux Forces aériennes stratégiques.
  • L’épisode de Cergy repose sur une révélation de presse (Le Parisien), corroborée par la confirmation de l’entreprise à BFMTV. Aucune seconde rédaction n’a produit d’élément indépendant sur ces dégradations à l’heure de la publication de cet article.

D’autres dossiers récents se distinguent par des indices plus directs. Début juin 2026, près de Toulouse, des cocktails Molotov ont été lancés sans provoquer d’incendie contre un site de Delair, fabricant de drones fournissant l’Ukraine et équipant l’armée de Terre ; trois jours plus tard, un ressortissant biélorusse de 48 ans a été interpellé en train de filmer un prototype. Il a été mis en examen notamment pour « collecte et livraison d’information à une puissance étrangère de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation » ; selon le parquet de Paris, il avait envoyé une vidéo à un interlocuteur en Russie, séquence de 55 secondes adressée au numéro russe de son fils d’après Le Monde, le suspect assurant avoir filmé par curiosité. Là encore, les deux faits font l’objet d’enquêtes distinctes, sans lien établi publiquement.

À retenir

  • Fin 2025 et juin 2026 : deux séries d’actes de dégradation visent un Rafale en construction à l’usine Dassault Aviation de Cergy ; l’avionneur a déposé plainte et un salarié a été interpellé à la mi-septembre.
  • Plus de 150 kg d’hafnium retrouvés au domicile d’un salarié de Framatome à Jarrie, pour un montant estimé à plus de 1,5 million d’euros ; il a été mis en examen et placé en détention provisoire en août.
  • Cinquième vol depuis 2019 à Jarrie selon la question écrite n°16004 publiée au Journal officiel du 16 juin 2026, qui évoque une trentaine de fûts enlevés en quelques minutes.
  • 24 % : part des atteintes physiques aux sites de défense en 2025, contre 18 % en 2024, selon la DRSD ; les atteintes humaines restent le premier poste à 28 %.
  • Article 411-9 du code pénal : quinze ans de détention criminelle et 225 000 euros d’amende pour un sabotage portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ; vingt ans et 300 000 euros si l’auteur sert une puissance étrangère.
  • 18 septembre 2026 : le chef de l’État demande un plan de protection des infrastructures critiques et des sites les plus sensibles de la base industrielle et technologique de défense ; aucun texte ni calendrier n’est public.

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Question aux lecteurs

Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.

Pour aller plus loin

Le fait central — des actes de dégradation sur un Rafale en construction à Cergy et des vols de matière stratégique chez Framatome à Jarrie, révélés le 25 septembre 2026, avec l’annonce d’un plan de protection des sites sensibles de la défense — repose sur les origines suivantes : Le Parisien, qui a révélé l’affaire et dont la révélation n’a pas été reproduite par une seconde rédaction indépendante ; Dassault Aviation, qui confirme elle-même à BFMTV avoir porté plainte et l’interpellation d’un collaborateur ; L’Essentiel de l’Éco, qui apporte des éléments propres (mise en examen à Grenoble, saisies, contexte du renseignement) ; la question écrite n°16004 publiée au Journal officiel pour le site de Jarrie ; et les déclarations publiques du président de la République des 18 et 24 septembre 2026 pour la réponse de l’État. Réserves : les dégradations de Cergy reposent sur une seule révélation de presse confirmée par l’entreprise, sans élément indépendant supplémentaire ; aucun lien avec une puissance étrangère n’est établi à Cergy comme à Jarrie ; la nature des dommages et leurs conséquences sur la production n’ont pas été communiquées ; le mobile de Cergy n’est pas public ; l’appareil visé n’a pas été identifié ; les faits évoqués par la question écrite n°16004 sont rapportés par un parlementaire et n’ont pas valeur de constat judiciaire ; le plan annoncé le 18 septembre n’a fait l’objet d’aucun texte public à l’heure de la rédaction.

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