Le Trésor américain a placé, le vendredi 2 octobre 2026, sous sanctions économiques deux associations établies en France, Baraka et Ensemble C Mieux, ainsi que deux personnes agissant depuis l’Hexagone, Faouzi Barika et Amel Oualid, pour un réseau de financement du Hamas. Le même jour, le ministère américain de la Justice a annoncé l’inculpation d’un responsable présumé du réseau, Saleem al-Zaq, et l’arrestation en France, par la Direction générale de la sécurité intérieure, de trois de ses associés. Ces mesures reposent sur des documents administratifs et judiciaires américains ; les faits reprochés y sont présentés comme des accusations, et aucune décision d’un juge français n’était publique au moment de la rédaction.
Ce que Washington reproche au réseau
Le communiqué du département du Trésor décrit une « architecture de financement sophistiquée, établie sur plusieurs années ». Selon l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC), qui administre les sanctions américaines, Faouzi Barika et Amel Oualid dirigeaient « des prétendues associations caritatives censées collecter des fonds à des fins humanitaires pour venir en aide aux civils de Gaza », alors que l’argent parvenait en réalité à Saleem al-Zaq, présenté comme un membre de la branche armée du Hamas, les brigades al-Qassam.
Sur la période 2020 à 2026, le Trésor chiffre à « plus de deux millions de dollars » les fonds collectés pour le Hamas, dont 1,5 million après l’attaque du 7 octobre 2023. Le ministère américain de la Justice, qui a dévoilé le même jour un acte d’accusation, retient de son côté « plus de 1,7 million de dollars » collectés depuis janvier 2020, dont au moins 626 000 dollars auprès de donateurs résidant aux États-Unis. Les deux documents officiels ne retiennent donc pas le même total, ce qui tient probablement à des périmètres et à des dates d’arrêté différents ; l’écart n’est pas expliqué.
Le mode opératoire décrit mêle collecte en ligne et cryptomonnaies. L’OFAC indique que Faouzi Barika et Amel Oualid ont envoyé « des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies » à Saleem al-Zaq, et que ce dernier a relayé sur ses propres réseaux sociaux les comptes de collecte liés aux deux associations. Le volet américain de l’enquête, mené par le FBI et la police de New York, vise trois autres personnes : deux frères de Louisiane, Abdel et Omar Adhami, à qui il est reproché environ 94 000 et 11 000 dollars de dons, et un homme de Floride, Raed Yousef, pour près de 50 000 dollars.
Saleem al-Zaq, présenté comme un quadragénaire de Gaza, est poursuivi devant la justice fédérale de New York pour quatre chefs d’accusation, dont le soutien matériel à une organisation terroriste. Selon la presse américaine, il n’a pas été arrêté et se trouvait à Gaza pendant la période concernée. Les actes d’accusation américains relaient des accusations : ils n’établissent pas une culpabilité.
Deux structures établies en France
La liste de l’OFAC donne le détail des cibles établies en France. L’association Baraka, cofondée par Faouzi Barika, et l’association Ensemble C Mieux, créée par Amel Oualid, sont désignées pour être « détenues, contrôlées ou dirigées » par ces deux personnes. L’adresse de Faouzi Barika est enregistrée à Saint-André-de-Cubzac, en Gironde, celle d’Amel Oualid à Saint-Étienne, dans la Loire.
Les nationalités diffèrent : le document de l’OFAC indique que Faouzi Barika est de nationalité française, né à Tébessa, en Algérie, tandis qu’Amel Oualid est de nationalité algérienne. Selon des éléments repris par plusieurs médias français, l’association Baraka, basée en Gironde depuis 2023, se présente sur son site comme une « association humanitaire au service des civils à Gaza ». Sollicitées, ces structures n’avaient pas réagi publiquement dans les documents consultés au moment de la rédaction.
Ce que la désignation change concrètement
Une inscription sur la liste américaine des sanctions n’est pas une sanction pénale : c’est un gel administratif. Le Trésor bloque les biens et intérêts détenus aux États-Unis ou entre les mains de personnes américaines, interdit à celles-ci toute transaction avec les entités visées, et étend le gel aux sociétés détenues à plus de 50 pour cent. Pour les banques étrangères, le risque est dit secondaire : traiter avec une entité désignée peut, à son tour, couper l’accès au système financier américain.
L’effet pratique se joue donc largement hors des tribunaux. En France, les grandes banques évitent les clients visés par l’OFAC depuis l’amende record infligée à BNP Paribas en 2014, qui a dépassé huit milliards de dollars, rappelait récemment Paris Match dans une enquête sur les circuits associatifs. Pour les structures désignées, la difficulté commence par la tenue d’un simple compte, puis s’étend au traitement des paiements et des dons en ligne.
Cette mécanique doit être distinguée du droit français. La France dispose de son propre dispositif national de gel des avoirs, fondé sur l’article L. 562-2 du code monétaire et financier et sur un registre public tenu par la Direction générale du Trésor. Une décision américaine n’y suffit pas : elle ne produit pas automatiquement les mêmes effets qu’une mesure française ou européenne. Au moment de la rédaction, aucune communication publique des autorités françaises n’a été trouvée indiquant qu’une mesure de gel nationale viserait ces deux associations.
Le volet français de l’opération
Le communiqué du ministère américain de la Justice apporte l’élément le plus concret pour la France : « lors d’une opération coordonnée des forces de l’ordre en France, trois des associés d’Alzaq, Faouzi Barika, Amel Oualid et Nordine Barika, ont été arrêtés par la Direction générale de la sécurité intérieure ». Le texte cite, parmi les services remerciés, le parquet antiterroriste français, signe que le dossier comporte un versant judiciaire national et pas seulement une procédure américaine.
À l’heure de la rédaction, aucune confirmation officielle française de ces interpellations n’a été retrouvée dans les sources consultées, et le parquet national antiterroriste n’avait pas communiqué publiquement sur ce dossier. Les faits annoncés par Washington doivent donc être lus comme des accusations, et les personnes mises en cause restent présumées innocentes. Un troisième nom apparaît dans le communiqué américain, Nordine Barika, dont le lien de parenté éventuel avec Faouzi Barika n’est pas précisé.
Ce qui reste ouvert
Plusieurs points limitent la portée de ce que l’on peut affirmer. L’ensemble des faits de fond, collecte, transferts et destination des fonds, repose sur des documents administratifs et judiciaires américains ; aucune juridiction française ne s’est prononcée. L’écart entre les totaux avancés par le Trésor et par le ministère de la Justice n’est pas expliqué. Le détail des flux en cryptomonnaies n’a pas été vérifié par un tiers indépendant. Enfin, une inscription sur la liste américaine n’est pas définitive : l’OFAC prévoit une procédure de radiation, et les personnes et entités désignées peuvent la contester.
Reste une question de fond, qui dépasse ce dossier : une association régulièrement établie en France peut se trouver exclue du système bancaire par une décision administrative étrangère, avant tout jugement. C’est le point où la coopération antiterroriste et l’effet extraterritorial des sanctions américaines se croisent.
À retenir
- Le 2 octobre 2026, le Trésor américain a désigné deux associations établies en France, Baraka et Ensemble C Mieux, et deux personnes, Faouzi Barika et Amel Oualid, pour un réseau de financement du Hamas, aux côtés d’un responsable présumé, Saleem al-Zaq.
- Le même jour, le ministère américain de la Justice a annoncé l’arrestation en France, par la DGSI, de trois associés de Saleem al-Zaq : Faouzi Barika, Amel Oualid et Nordine Barika.
- Les documents américains chiffrent différemment les fonds collectés : plus de deux millions de dollars selon le Trésor, plus de 1,7 million selon la Justice, dont au moins 626 000 dollars de donateurs américains.
- Une désignation de l’OFAC est un gel administratif américain, pas une sanction pénale ; en France, les banques l’évitent depuis l’amende infligée à BNP Paribas en 2014.
- Aucune décision d’un juge français ni communication publique du parquet antiterroriste n’était disponible au moment de la rédaction ; les faits reprochés demeurent des accusations, et les personnes mises en cause sont présumées innocentes.
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Question aux lecteurs
Le 2 octobre 2026, les États-Unis ont sanctionné deux associations établies en France pour un financement présumé du Hamas, et trois personnes ont été arrêtées en France par la DGSI. Quelle lecture vous paraît la plus juste ?
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Pour aller plus loin
- Le communiqué du Trésor américain du 2 octobre 2026 (département du Trésor, en anglais)
- La décision de l’OFAC du 2 octobre 2026 et le détail des entités et adresses désignées
- Le communiqué du ministère américain de la Justice sur l’inculpation et les arrestations coordonnées
- Le récit de l’annonce par Le Monde, avec l’AFP
- Le registre national des gels des avoirs, tenu par la Direction générale du Trésor
Méthode : fait central établi à partir de plusieurs origines distinctes (communiqué et décision de l’OFAC du 2 octobre 2026 ; communiqué du ministère américain de la Justice du 2 octobre 2026 ; reprises par l’AFP et la presse française, notamment Le Monde, 20 Minutes et Ouest-France ; contexte du dispositif national de gel des avoirs de la Direction générale du Trésor). Réserves et limites : les faits reprochés reposent sur des accusations administratives et judiciaires américaines, sans décision d’un juge français ; l’écart entre les totaux du Trésor (plus de deux millions de dollars) et de la Justice (plus de 1,7 million) n’est pas expliqué ; aucune confirmation officielle française des interpellations n’a été retrouvée ; les flux en cryptomonnaies ne sont pas vérifiés par un tiers indépendant ; les personnes mises en cause sont présumées innocentes tant qu’aucune juridiction n’a statué.



