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Groenland : les États-Unis et le Danemark concluent un accord de sécurité que chacun lit différemment

Groenland : les États-Unis et le Danemark concluent un accord de sécurité que chacun lit différemment
Groenland : les États-Unis et le Danemark concluent un accord de sécurité que chacun lit différemment

À New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, les États-Unis, le Danemark et le Groenland concluent un accord de sécurité qui élargit la présence militaire américaine sur l’île arctique. Une première depuis la guerre froide. Mais le texte n’est pas public, et chacun le lit différemment : Washington parle de « contrôle permanent », Copenhague et Nuuk de souveraineté et d’autodétermination reconnues.

Un accord annoncé vendredi, conclu à l’ONU

Donald Trump a annoncé vendredi 18 septembre, sur son réseau Truth Social, qu’un compromis avait été trouvé avec le Danemark et le Groenland sur la sécurité de l’île. Le cabinet de la Première ministre danoise Mette Frederiksen a confirmé lundi soir l’existence de l’accord et annoncé une cérémonie de signature mardi 22 septembre, à 10 h 30 heure locale (16 h 30 à Paris), au siège des Nations unies, en marge de la 81e Assemblée générale. Le document doit être signé par Donald Trump, Mette Frederiksen et le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen.

Ce dénouement survient après des mois de crise ouverte : en janvier, Donald Trump menaçait de prendre le Groenland « par la manière douce ou par la manière forte », provoquant une brouille avec Copenhague, alliée au sein de l’OTAN, et la colère des Européens.

Deux nouvelles installations au-delà de Pituffik

L’accord ajoute deux installations planifiées à l’unique base américaine existante au Groenland, la base spatiale de Pituffik (l’ancienne base aérienne de Thulé, environ 150 personnes). La première est Narsarsuaq, au sud de l’île, l’ancienne base Bluie West One fermée dans les années 1950 ; la seconde, Mestersvig, sur la côte est, actuellement utilisée par la patrouille danoise en traîneaux à chiens Sirius. L’agence Reuters a identifié ces deux sites lundi. À son apogée, pendant la guerre froide, les États-Unis comptaient 17 installations et plus de 10 000 hommes au Groenland. La présence est depuis retombée à une seule base. Cet accord marquerait donc le premier élargissement planifié de l’implantation américaine sur l’île depuis la fin de cette période, sans que les effectifs ni le calendrier de construction des deux nouveaux sites soient précisés.

Deux lectures d’un même document

Le contraste des mots n’est pas un détail de style : il est structurel. Donald Trump décrit l’accord comme un « contrôle permanent sur la sécurité, et tous les autres besoins, au Groenland », un « accord à vie infinie » qui donnerait aux États-Unis « pour toujours la capacité complète de faire ce qui est nécessaire ». Le secrétaire d’État Marco Rubio renchérit : le texte répond « de manière permanente et complète » aux préoccupations de sécurité américaines, « sans coût pour le contribuable ».

À Copenhague et à Nuuk, le même document est présenté tout autrement. Mette Frederiksen salue un accord qui « renforce notre sécurité commune dans l’Arctique et l’Atlantique Nord », tout en « reconnaissant la souveraineté et l’intégrité territoriale du Royaume et le droit à l’autodétermination du peuple groenlandais ». Jens-Frederik Nielsen y voit un texte qui « reconnaît les intérêts du Groenland ». Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, affirme que l’accord respecte « les lignes rouges du Royaume » et que, dans une large mesure, « ce serait l’OTAN qui veillerait sur l’Arctique ». Deux grammaires s’opposent : celle d’une autorité américaine unilatérale et permanente, celle d’une coopération multilatérale dans les cadres existants.

Un texte encore secret, soumis aux parlements

Le point décisif : le texte de l’accord n’a pas été rendu public. Il ne peut donc pas trancher entre les deux lectures, et ne le pourra pas avant sa publication. Surtout, l’accord n’entrera en vigueur qu’après ratification par les deux parlements — le Folketing danois et l’Inatsisartut groenlandais. Il ne s’agit pas d’une annexion : le Groenland, territoire autonome du royaume du Danemark associé à l’Union européenne, ne devient pas américain. Un sondage de janvier 2025 indiquait que 85 % des quelque 56 000 habitants du Groenland étaient opposés à un rattachement aux États-Unis. L’Union européenne, de son côté, a fait savoir qu’elle voulait être « plus présente » dans l’Arctique face aux ambitions de Washington.

À retenir

  • Les États-Unis, le Danemark et le Groenland concluent un accord de sécurité, annoncé vendredi par Donald Trump et signé mardi à l’ONU.
  • Il prévoit deux nouvelles installations (Narsarsuaq, Mestersvig) au-delà de la base de Pituffik — le premier élargissement de la présence américaine depuis la guerre froide.
  • Le texte n’est pas public et devra être ratifié par les parlements danois et groenlandais.
  • Deux lectures s’opposent : « contrôle permanent » (Washington) contre « souveraineté et autodétermination reconnues » (Copenhague, Nuuk).

Question aux lecteurs

Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.

Pour aller plus loin

Les faits — annonce d’un accord par Donald Trump vendredi 18 septembre, confirmation par le cabinet de la Première ministre danoise lundi, signature prévue mardi 22 septembre au siège de l’ONU, ajout de deux installations (Narsarsuaq, Mestersvig) à la base de Pituffik selon Reuters, non-publication du texte et exigence de ratification par le Folketing et l’Inatsisartut — reposent sur des sources réellement distinctes (cabinet de la Première ministre danoise, Reuters, Maison-Blanche/Trump, AFP via France 24, Le Figaro, Toute l’Europe, Le Soir). La formule de « contrôle permanent » est la présentation de Donald Trump, contredite par Copenhague et Nuuk ; le texte n’ayant pas été publié, il ne peut pas, à ce stade, départager les deux lectures. L’accord n’entre pas en vigueur avant ratification parlementaire. Le chiffre de 85 % d’opposants provient d’un sondage de janvier 2025. Les déclarations (Trump, Rubio, Frederiksen, Nielsen, Rasmussen) sont attribuées à leurs auteurs.

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