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De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

6 ans pour 3 morts, aucun juré : le procès du frère d’Amine Kessaci s’ouvre à Aix

Salle des assises d'Aix-en-Provence : Amine Kessaci debout dans la lumière à gauche, tourné vers un box vitré vide dans l'ombre froide à droite, balance de bronze sur une table de bois, fil de lumière dorée vers de hautes tours à la fenêtre.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Lundi 19 octobre, 9 heures, à Aix-en-Provence. Cinq hommes doivent comparaître devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône pour un triple assassinat commis fin 2020, sur fond de trafic de drogue, au nord de Marseille. L’une des victimes s’appelle Brahim Chabane. Il avait 22 ans. Il était le demi-frère aîné d’Amine Kessaci, devenu depuis adjoint au maire de Marseille. Amine Kessaci sera dans la salle, avec sa mère, comme partie civile. L’audience est prévue jusqu’au 6 novembre. Mon jugement tient en une phrase: ce procès jugera cinq hommes, pas le commerce qui les faisait vivre. Et il se tiendra sans jurés, parce que la loi l’a voulu.

Dans cet article

  • Ce qui s’ouvre lundi
  • Pourquoi il n’y a plus de jury
  • L’ordre venait de Dubaï
  • Ce que ce procès ne jugera pas
  • Ce que cela change pour vous
  • Ce que j’en pense

Ce qui s’ouvre lundi

Une voiture incendiée est retrouvée dans un tunnel sous l’autoroute A55, aux Pennes-Mirabeau (ICI, 18 octobre 2026). À l’intérieur, deux corps, dont celui de Brahim Chabane, tué par balle puis calciné. Une semaine plus tard, un troisième corps, démembré, est découvert dans le coffre d’une autre voiture incendiée, à l’Estaque. Les enquêteurs parlent alors d’une « dérive à la mexicaine ».

Les dates exactes ne sont pas stabilisées. ICI place les faits dans la nuit du 28 au 29 novembre 2020. L’AFP cite Amine Kessaci, hanté par des questions « depuis le 29 décembre 2020 » (AFP, 19 octobre 2026). Je ne tranche pas: l’écart porte sur quelques semaines, pas sur la nature des faits. Trois hommes sont morts. Deux ont été brûlés.

Cinq personnes sont renvoyées devant la cour. Le procès doit durer jusqu’au 6 novembre, sous sécurité renforcée: circulation et stationnement restreints aux abords du palais de justice. La réclusion criminelle à perpétuité est encourue (TF1 Info, 14 octobre 2026).

Le procureur général d’Aix-en-Provence a expliqué à l’AFP que ce dossier serait audiencé « de manière prioritaire ». Il invoque « le stock de dossiers en criminalité organisée en attente de jugement particulièrement important » (Libération, 2 décembre 2025). Autrement dit: la justice a tellement de dossiers de crime organisé qu’elle doit choisir lesquels passent d’abord.

Pourquoi il n’y a plus de jury

Ce procès se tient sans jurés populaires. Ce n’est pas une décision prise pour cette affaire. C’est la loi.

La loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic a créé un nouvel article 242-1 du code de procédure pénale. Depuis le 5 janvier 2026, les crimes commis en bande organisée relevant de l’article 706-73, dont ceux liés au narcotrafic, sont jugés par une cour d’assises spécialement composée. Celle-ci siège selon l’article 698-6 du même code: 5 magistrats professionnels en première instance, 7 en appel, aucun citoyen tiré au sort.

Je n’ai pas vu de débat public majeur sur ce basculement. Il change pourtant la nature de la justice rendue. Un jury, ce sont des citoyens ordinaires, vos voisins, peut-être vous. Leur présence garantit que la justice est rendue au nom du peuple. Ici, seuls des magistrats jugeront.

La loi ne motive pas ce retrait. Le rapport du Sénat qui l’a préparée décrit des réseaux capables de corrompre des agents publics. Il recommande d’« endiguer la corruption liée au narcotrafic » (Sénat, commission d’enquête sur le narcotrafic). Une réponse possible, pas une justification officielle. Aucun document public ne dit: nous retirons les jurés parce que nous ne pouvons plus les protéger. Je pose la question, je n’affirme pas la réponse.

L’ordre venait de Dubaï

Parmi les cinq accusés, un homme de 37 ans occupe la place centrale. Il est présenté comme le commanditaire présumé du triple assassinat, et il aurait piloté l’opération depuis Dubaï. Interpellé au Maroc, il a été extradé le 14 février 2023. Il est mis en examen dans trois autres affaires de règlements de comptes, qui ont fait 6 morts au total, et il nie toute implication (France 3 Provence, 2026). Il a été condamné le 14 avril 2026 à 25 ans de réclusion dans un autre dossier, le double meurtre de l’hôtel Formule 1 de Plan-de-Campagne, commis en 2019.

Je ne le nomme pas: il est présumé innocent pour les faits jugés à partir de lundi. Un des quatre autres accusés est cité comme une piste travaillée par les enquêteurs dans l’assassinat de Mehdi Kessaci, le petit frère d’Amine (France 3 et Libération). Une piste n’est pas une culpabilité.

L’histoire de cette famille dit ce que le trafic fait à une ville. Brahim est mort en 2020. Mehdi, 20 ans, est tué le 13 novembre 2025 à Marseille. Il n’avait aucun lien avec la drogue et préparait le concours de gardien de la paix, comme Amine Kessaci l’a rappelé sur TF1. Amine vit depuis sous protection policière. Il a déclaré être, selon ses mots, « la personne la plus protégée après le président de la République » (TF1 Info).

Une nuance complique le récit propre. Brahim Chabane était lui-même impliqué dans le trafic, et il avait survécu à deux tentatives d’assassinat avant sa mort (AFP). Ce n’est pas une raison pour le tuer. C’est une raison de ne pas raconter une histoire trop simple.

Ce que ce procès ne jugera pas

Il faut le dire nettement: ce procès ne jugera pas le trafic. Il jugera cinq hommes pour trois meurtres, et la cour devra établir le rôle exact de chacun. La défense contestera cette place, c’est son droit. Le commerce, lui, continue.

Les chiffres publics disent son ampleur. Selon la commission d’enquête du Sénat, 27,7 tonnes de cocaïne ont été saisies en France en 2022, soit 5 fois plus que 10 ans plus tôt. À Marseille, 44 personnes ont été tuées entre janvier et la mi-septembre 2023, autant que sur toute l’année 2021 (Sénat).

De l’assassinat au procès: 6 ans

Les étapes documentées du dossier. Survolez un point ou utilisez le clavier pour lire le détail.

29 décembre 2020Les corps sont découverts
14 février 2023Le commanditaire présumé est extradé
13 novembre 2025Mehdi Kessaci est tué à Marseille
14 avril 202625 ans de réclusion, autre dossier
19 octobre 2026Ouverture du procès à Aix
6 novembre 2026Fin prévue de l’audience

29 décembre 2020: les corps de deux hommes sont retrouvés dans une voiture incendiée, dans un tunnel sous l’A55 aux Pennes-Mirabeau. Un troisième corps, démembré, est découvert une semaine plus tard dans une autre voiture brûlée, à l’Estaque.

Sources: ICI Provence-Alpes, 18 octobre 2026 ; AFP, 19 octobre 2026 ; France 3 Provence ; Libération, 2 décembre 2025. ICI situe les faits dans la nuit du 28 au 29 novembre 2020, l’AFP cite le 29 décembre 2020.

Voilà l'objection la plus forte à mon propre angle: condamner cinq hommes ne ferme pas un point de deal. Rien n'établit qu'une condamnation réduise le trafic, et les organisations se reconstituent autour des condamnés. Je garde cette objection, parce qu'elle est juste, et parce qu'elle interdit de vendre ce procès comme une victoire.

Ce que cela change pour vous

Le temps d'abord. Les faits datent de la fin de 2020, le procès s'ouvre fin 2026. Six ans pour juger trois morts. Une mère qui attend six ans n'attend plus la même chose qu'une mère qui attend six mois.

Le jury ensuite. Si vous êtes inscrit sur une liste de jurés, ce type de dossier ne vous sera plus confié. La cour siège sans vous, et sans vos voisins. Cette règle est nouvelle: elle s'applique depuis le 5 janvier 2026 à tous les crimes de bande organisée, et pas seulement au narcotrafic.

La ville enfin. Pour les habitants des quartiers nord de Marseille, un procès ne change ni le prix d'un point de deal, ni la peur au bas de l'immeuble. Il établit des faits, il fixe des peines, il ne rend pas la rue.

Dans cette séquence de 2 minutes 37, diffusée avant le procès (RMC), Amine Kessaci revient sur ce que le trafic fait aux jeunes des quartiers. Regardez le passage sur le recrutement: il montre le terreau du dossier. La vidéo ne dit rien du procès, elle dit ce qui l'entoure.

Ce que j'en pense

Je ne crois pas que le problème soit la sévérité de la cour. Je crois que c'est la distance. L'ordre venait de Dubaï. Les corps ont été retrouvés en périphérie de Marseille. Le procès se tient à Aix. La décision et le lieu du crime sont séparés par des milliers de kilomètres.

Dans un pays qui juge désormais sans jurés les crimes du narcotrafic, la souveraineté n'est pas une abstraction. Elle se juge à la capacité de protéger ceux qui rendent la justice. Elle se juge aussi à la capacité de tenir le terrain où le trafic impose sa loi. Sur ce terrain, l'État arrive après, avec des juges, 6 ans plus tard, pendant que le commerce continue.

Amine Kessaci dit que la France affronte « une narcocratie qui a pris plus de poids que ce qu'elle pouvait prendre » (AFP). Je crois que ce mot est juste, et qu'il décrit moins une puissance criminelle qu'un vide. Là où l'État ne décide plus, quelqu'un d'autre décide. Ce n'est pas une question de police, c'est une question de souveraineté.

Le procès s'appelle officiellement une affaire de droit commun. Il faudra se souvenir, dans trois semaines, de ce qu'il aura établi et de ce qu'il n'aura pas touché.

Vous vivez à Marseille ou dans une ville touchée par le trafic: qu'est-ce qui changerait vraiment votre quotidien, la condamnation des tireurs ou la fermeture des points de deal? Dites-le en commentaire.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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