Trois familles géorgiennes ont été expulsées de leur hébergement ce mardi 27 octobre en Loire-Atlantique : deux à Nantes, une à Saint-Nazaire. Une quatrième vit dans une voiture depuis le 22 octobre. La trêve hivernale commence dans 4 jours ; elle suspend l’expulsion d’un locataire, et ces familles n’en sont pas.
- Ce qui s’est passé ce mardi
- Une voiture, un certificat médical, un refus du 115
- Ce que la trêve couvre, et ce qu’elle ne couvre pas
- Quand quelqu’un saisit le juge
- Qui paie l’hospitalité que l’État retire
- Ce que j’en retiens
Ce qui s’est passé ce mardi
Quartier Nantes Nord, la police est intervenue vers 14 heures pour déloger une famille arrivée en 2021 dans un logement pour demandeurs d’asile, déboutée après épuisement des recours : deux enfants, dont un diabétique, et une autre famille déjà expulsée qu’elle hébergeait. L’expulsion était prévue à 9 h 30. France 3 Pays de la Loire, 27 octobre 2026.
À Saint-Nazaire, une autre famille a été expulsée le même jour d’un immeuble du bailleur social Silène, hébergée via France Horizons : un couple et leur garçon de 9 ans, arrivés en 2019, asile refusé, titre de séjour demandé en 2024 et toujours en instruction. Le collectif Urgence Sociale Saint-Nazaire annonce deux expulsions de plus, les 28 et 30 octobre. La préfecture de Loire-Atlantique n’a pas répondu aux journalistes.
Une voiture, un certificat médical, un refus du 115
La première famille, expulsée le 22 octobre, dort sur un parking, à quelques mètres de son ancien appartement. Le père est handicapé à 86 % ; un médecin a écrit le 23 septembre qu’une expulsion engageait son pronostic vital. La mère et les deux filles de 7 ans sont recueillies par une voisine. Le fils appelle le 115 chaque jour : sans papiers, lui répond-on, la famille n’est pas prioritaire. France 3, 26 octobre 2026.
L’hébergement d’urgence n’est pas un droit au logement : c’est une place attribuée, retirée quand la demande d’asile est définitivement rejetée, distribuée selon des critères que le 115 applique sans les publier. Cette famille n’a pas perdu un procès : elle a perdu le droit de rester là, 5 ans après son arrivée.
Ce que la trêve couvre, et ce qu’elle ne couvre pas
La trêve hivernale va du 1er novembre au 31 mars. Pendant cette période, l’expulsion d’un locataire ne peut pas avoir lieu, même avec un jugement favorable au propriétaire : c’est l’article L412-6 du code des procédures civiles d’exécution, fixé par la loi Alur de 2014. Elle ne s’applique ni au squatteur, ni à l’expulsion du domicile conjugal.
Une fin de prise en charge en hébergement pour demandeurs d’asile n’est pas une expulsion locative : la famille n’a pas de bail, elle a une place, et cette place s’éteint avec le dernier recours rejeté. Rien dans les textes ne transforme la trêve en droit de rester dans un centre. C’est une question de calendrier, pas de protection.
La trêve ne ralentit pas le flux : en 2025, 30 500 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique, un record. Ce qui est suspendu, c’est la date, jamais la procédure.
Familles géorgiennes expulsées de leur hébergement en Loire-Atlantique, par jour (octobre 2026)
Quand quelqu’un saisit le juge
Le 22 septembre 2026, le tribunal administratif de Nantes a ordonné à l’État d’héberger une autre famille géorgienne expulsée à Saint-Nazaire, au nom de la vulnérabilité de ses 3 enfants, dont l’aînée lourdement handicapée. Une expulsion peut donc être contestée, avec un avocat et le temps de tenir.
Qui paie l’hospitalité que l’État retire
Le collectif Urgence Sociale Saint-Nazaire a financé 13 000 euros de nuitées depuis début septembre, selon France 3. À Nantes, DAL 44 demande à la Ville des arrêtés anti-expulsion sans relogement, déjà pris ailleurs, et la réquisition de logements vides. « Mettre une personne à la rue, c’est la condamner à une mort lente », dit un militant. La présidente du réseau Éducation sans frontières résume : « on en pleurerait, car nous n’avons pas de solution. Squatter ? C’est illégal. »
Voilà le circuit : l’État qualifie, l’État retire, la commune hérite du problème, les associations paient les nuitées, les voisins prêtent une chambre. Même mouvement à Mayotte, où 1 593 demandes d’asile répondent à 23 421 éloignements, comme dans cette expulsion préfectorale du 92 née d’un sac volé.
Ce que j’en retiens
La France ne manque pas de règles : la demande est examinée, les recours jugés, l’expulsion exécutée à l’heure dite. Ce qui manque, c’est une décision assumée sur ce qu’on fait des gens quand le dernier recours tombe. À défaut, la commune, l’association et le voisin tranchent à la place de l’État, avec 13 000 euros de nuitées et des couvertures dans une Opel.
La trêve hivernale dit ce que nous faisons de nos lois : nous protégeons le locataire, pas l’occupant, et nous appelons « trêve » une pause dans le calendrier. Le 1er novembre, les propriétaires attendront. Les familles de Nantes Nord n’auront rien gagné.
Notre lecture (Opinion de la maison, pas un fait)
Un État qui distribue l’hébergement selon des critères non publiés s’installe en intercesseur : il ne rend pas service, il qualifie, puis il retire. Le jour où il retire, la charge descend d’un étage. La trêve protège celui qui a un bail ; les autres attendent que quelqu’un paie leur nuit.
- 3 familles expulsées le 27 octobre en Loire-Atlantique, 2 autres annoncées les 28 et 30.
- La trêve (1er novembre au 31 mars) suspend l’expulsion d’un locataire, pas la fin d’une prise en charge en hébergement.
- En 2025, 30 500 ménages ont été expulsés avec le concours de la force publique, un record annuel : la trêve déplace la date, pas le nombre.
Ce qu’il faut y regarder : vidéo explicative antérieure au 27 octobre sur ce que la trêve interdit à un bailleur ; elle ne documente pas ces expulsions.
Et chez vous : si la famille d’à côté perd son dernier recours en novembre, qui paiera ses nuits ?



