Le formulaire ouvre mardi 27 octobre, et il ne concerne pas ceux qui ont déjà touché l’argent. Depuis le 16 octobre, 1,6 million de personnes ont reçu 100 euros sans rien demander. Les autres devront passer par leur Espace Finances publiques. Bercy annonce 5,5 millions de bénéficiaires au total, contre 3 millions jusqu’ici. L’aide est réelle. Le « doublement », lui, est une affaire de calendrier.
- Ce qui ouvre mardi, et pour qui
- Le doublement est dans le calendrier, pas dans le chèque
- Ce que 100 euros achètent vraiment
- Un coût annoncé de 450 millions, et les électriques dehors
Ce qui ouvre mardi, et pour qui
La demande se fait en ligne, avec le numéro fiscal, l’immatriculation et la carte grise. Le versement arrive sous 10 jours sur le compte déclaré à l’impôt, selon la fiche d’impots.gouv.fr. Il faut être domicilié fiscalement en France, avoir 16 ans au 31 décembre 2024, déclarer un revenu d’activité (donc ni chômage ni préretraite), et rouler au moins 15 km par trajet domicile-travail ou 8 000 km par an.
Le critère qui a changé, c’est le revenu : le plafond du revenu fiscal de référence par part passe de 16 880 à 22 770 euros, soit 2 050 euros par mois pour une personne seule, 4 070 pour un couple, 6 100 pour un couple avec 2 enfants. Si 5,5 millions de personnes sont éligibles et que 1,6 million a déjà été payé, il reste environ 3,9 millions de dossiers à déposer en 9 semaines.
Le doublement est dans le calendrier, pas dans le chèque
Le gouvernement annonce un « équivalent de 40 centimes par litre contre 20 centimes jusqu’ici ». Les deux chiffres sont exacts, mais ils ne mesurent pas la même période. D’avril à septembre, l’aide était de 100 euros pour 6 mois. D’octobre à décembre, elle est de 100 euros pour 3 mois. Le billet n’a pas grossi : c’est la durée couverte qui a été divisée par 2, et cela suffit à doubler l’équivalent par litre.
Le communiqué du 22 septembre compare, lui, à « 50 euros pour trois mois précédemment », le montant du lancement. Les deux comparaisons coexistent dans les documents officiels : sur 3 mois le chèque double, sur 6 mois il ne bouge pas. Le vrai changement est ailleurs, dans les 2,5 millions de travailleurs supplémentaires admis par le plafond de revenu.
Ce que 100 euros achètent vraiment
Un équivalent en centimes par litre dépend de ce qu’on consomme. 100 euros divisés par 40 centimes supposent 250 litres sur le trimestre, environ 83 litres par mois et 1 650 km à 5 litres aux 100 km. Au seuil minimal du dispositif, 30 km aller-retour et 20 jours travaillés, le trimestre tourne autour de 90 litres : l’aide vaut alors près de 1,10 euro par litre, soit la moitié de la facture. Plus on roule, plus l’équivalent baisse.
Le prix se lit dans les données publiques : le flux quotidien de la DGCCRF donne 2,3039 euro le litre de gazole en moyenne sur les 3 180 stations mises à jour depuis le 25 octobre, de 2,25 à 2,85 (calcul de la rédaction). À ce prix, 100 euros achètent 43,4 litres : un plein, ou 14 jours de trajet pour qui brûle 3 litres par jour. La remise sur le gazole promise aux pompes n’a pas changé ce niveau.
Un coût annoncé de 450 millions, et les électriques dehors
Le 22 septembre, le ministère de l’Écologie chiffrait à 450 millions d’euros l’ensemble du plan carburant. Or 5,5 millions de bénéficiaires à 100 euros font 550 millions pour la seule indemnité. Les deux chiffres officiels ne se recoupent pas, et l’écart n’est expliqué nulle part. L’hypothèse la plus simple est un taux de recours partiel : les 5,5 millions seraient un plafond d’éligibles. Cela reste une hypothèse faute de pièce. Bercy, de son côté, avance 407 millions de recettes fiscales perdues au 20 septembre, et une « règle d’or » au budget 2027 qui neutraliserait le surplus de TVA et d’accise.
Le véhicule, enfin, doit être thermique ou hybride non rechargeable. Un travailleur qui fait 40 000 km par an en électrique n’a droit à rien, quel que soit son revenu ; les véhicules de fonction et les poids lourds aussi. Les distances sont déclarées par le demandeur et contrôlées après versement, avec 5 ans de justificatifs et une récupération majorée de 50 % ou 100 %. Les aides carburant ont déjà été réservées à des secteurs choisis : le même litre vaut une aide ou rien selon la motorisation et le formulaire fiscal.
Le même billet, deux calendriers
Montant versé, durée couverte et équivalent par litre. Survolez une barre.
6 mois
3 mois
Qui est déjà payé, qui doit demander
Le plafond de revenu par part
Je ne conteste pas l’aide : 100 euros à 5,5 millions de travailleurs qui prennent leur voiture pour aller travailler, c’est un transfert qui soulage des gens que personne ne subventionne d’ordinaire. Ce que je conteste, c’est la manière de le présenter : un « doublement » qui vient du calendrier, un équivalent par litre qui dépend du kilométrage de chacun, un guichet qui transforme un droit en démarche. L’État ne donne pas seulement 100 euros : il garde la main sur qui les reçoit, quand, et avec quels papiers. La main qui donne reste au-dessus de la main qui reçoit, même quand la somme est justifiée.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Formulaire ouvert du 27 octobre au 31 décembre.
- 1,6 million de personnes payées le 16 octobre ; environ 3,9 millions doivent demander.
- 100 euros pour 3 mois, comme 100 euros pour 6 mois : le doublement en centimes vient de la durée.
- Plafond de revenu par part relevé de 16 880 à 22 770 euros, public visé de 3 à 5,5 millions.
- Véhicules électriques, de fonction et redevables de l’IFI exclus ; distances contrôlées après versement.



