Vendredi 23 octobre, le baril de Brent a clôturé à 116,88 dollars, son plus haut depuis début mai : 3,3 % de hausse sur la séance, 9,6 % sur un mois. Le même jour, le gazole valait 2,341 euro le litre en France, en baisse de 0,14 %. Les deux prix ne se sont pas encore rencontrés, et c’est là que se joue la promesse du 1er novembre : une baisse de 12 à 18 centimes annoncée sur un baril qui monte.
Le plan
- Ce que vaut un dollar de baril au litre
- La promesse : 12 à 18 centimes, 10 euros par plein
- Dix millions de barils, dix-huit jours de gazole
- Ce que l’État reprend d’une main
- Ce qu’il faut regarder, et ce qui ne dépend pas de Bercy
Ce que vaut un dollar de baril au litre
Un baril fait 159 litres. À 1,1192 dollar pour un euro, le change de vendredi, un dollar de plus sur le baril vaut 0,89 euro, soit 0,56 centime par litre hors taxes et 0,67 centime TVA comprise.
Depuis le 16 octobre, le Brent est passé de 109,86 à 116,88 dollars. Sept dollars, soit 4,7 centimes le litre. Sur un mois, la hausse atteint 10,3 dollars, soit 6,9 centimes (Trading Economics, cours de clôture du 16 octobre).
À la pompe, rien de tel encore : 2,341 euro le litre, sous la moyenne des 30 derniers jours, à 2,344 euro (relevé du 23 octobre). Le carburant vendu aujourd’hui a été acheté il y a des semaines : la hausse arrivera par les prix de gros, avec du retard.
La promesse : 12 à 18 centimes, 10 euros par plein
Le 12 octobre, Sébastien Lecornu a promis une baisse « dès le 1er novembre » et chiffré le gain : « 10 euros d’économies à chaque plein » (RTL). Le mécanisme : 10 millions de barils sortis des réserves stratégiques, vendus à prix réduit aux metteurs à la consommation, premier déstockage le 28 octobre. Le communiqué n° 1143 du 22 octobre rembourse les intérêts des prêts des petites stations rurales (Bercy).
Faisons le compte. 10 euros par plein, à 18 centimes le litre, suppose 55 litres. Sur 50 litres, la promesse vaut 6 à 9 euros. Retirons les 6,9 centimes pris par le baril en un mois : il reste 5,1 à 11,1 centimes, soit 2,60 à 5,60 euros. La baisse n’est pas fausse ; elle est plus petite que son annonce, et elle rétrécit chaque fois que le brut monte.
Centimes par litre : la remise annoncée, ce que le baril reprend, ce qu’il reste
Dix millions de barils, dix-huit jours de gazole
10 millions de barils font 1,59 milliard de litres. La France a livré 47,5 millions de mètres cubes de carburants routiers en 2025, dont 67 % de gazole, selon l’Ufip, soit 31,8 milliards de litres. Le stock annoncé représente 5 % de la consommation annuelle de gazole, environ 18 jours, pour une remise annoncée sur 92 jours. Appliquer 12 à 18 centimes à tous les litres vendus pendant trois mois demanderait cinq fois ce volume. Le calcul n’a pas été publié : le stock suffit-il à la durée ?
Cette réserve sert aux ruptures, pas aux soldes : Bruxelles avait déjà promis 100 millions de barils en mars, avant de les annoncer de nouveau (notre article du 20 octobre). Le diesel français dépend du Golfe pour 13 % de ses volumes (notre enquête du 21 octobre), et 21,5 % des stations manquaient de carburant le 19 octobre (notre relevé).
Ce que l’État reprend d’une main
Sur les 4,7 centimes pris depuis le 16 octobre, environ 0,8 centime revient à l’État au titre de la TVA, qui s’applique à 20 % sur le prix hors taxes. La hausse du brut est aussi une recette pour le budget.
La remise, elle, n’est pas une baisse du prix du marché : c’est du stock public vendu moins cher. L’État prend dans une réserve qui lui appartient, la cède à perte, et devra la reconstituer un jour, au prix du jour. Les 18 centimes ne créent aucune richesse : ils déplacent une ressource publique vers la pompe, et la facture viendra plus tard, sans cérémonie.
Ce qu’il faut regarder, et ce qui ne dépend pas de Bercy
Trois dates : le 28 octobre, premier déstockage ; le 31 octobre et le 1er novembre, le prix moyen du gazole à relever. L’écart entre les deux dira ce que la promesse valait, une fois la hausse passée dans les cuves.
Le reste ne se décide pas à Paris. Les attaques houthies contre des sites saoudiens et le risque d’escalade avec Téhéran ont porté le Brent à 115 dollars dès vendredi midi, un plus haut depuis mai (AFP). Trading Economics anticipe 130 dollars à douze mois : une prévision, pas un fait.
Une baisse de 18 centimes décidée en octobre, contre un baril qui a pris 10 dollars en un mois : la promesse tient tant que le monde ne bouge pas. Il bouge.
Mise en ligne le 22 octobre, la veille de la clôture à 116,88 dollars. À observer : ce qu’elle retient de la promesse, et ce qu’elle ne discute pas, le volume du stock et sa reconstitution. Une explication de créateur, pas un document officiel.
Opinion de la maison, pas un fait. Je ne crois pas aux baisses de prix annoncées en centimes par un gouvernement qui ne maîtrise ni le baril, ni le change, ni la guerre. Ce qui est vendu comme une aide est un stock public écoulé à perte, que quelqu’un rachètera plus cher. Un pouvoir qui donne des centimes se rend indispensable, et celui qui reçoit oublie qu’il a payé la réserve.
À retenir
- Brent à 116,88 dollars le 23 octobre, plus haut depuis début mai, +9,6 % sur un mois.
- Un dollar de baril vaut 0,67 centime le litre de gazole, TVA comprise.
- La hausse d’un mois vaut 6,9 centimes, plus de la moitié du bas de la fourchette promise.
- 10 millions de barils, 18 jours de consommation nationale, pour une remise annoncée sur 3 mois.



