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De la surface des faits à la profondeur des idées

De la surface des faits à la profondeur des idées

Votre cure thermale bientôt remboursée 15 % au lieu de 65 %, et sans vote du Parlement

Devant un établissement thermal à colonnade, une file de curistes avec serviettes et ordonnances, un maire en écharpe tricolore, un bassin extérieur fumant, et à droite un guichet avec formulaires, tampon et balance de laiton. Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Vendredi 23 octobre, devant les thermes de Balaruc-les-Bains, plusieurs centaines de curistes et d’élus ont écouté leurs maires annoncer une cure plus chère. Le même jour à Paris, l’Assemblée rejetait le budget de la Sécurité sociale par 115 voix contre 1. La seconde nouvelle n’empêchera pas la première : la baisse du remboursement des cures thermales ne passera pas par un vote.

Le mécanisme tient dans une ligne. L’annexe 5 du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 inscrit « 0,2 Md€ d’économies relatives aux cures thermales (baisse du taux de prise en charge) ». Deux cents millions sortent de l’Assurance maladie vers les complémentaires santé, dans une bascule de 700 millions dont 500 pour l’hôpital, annoncée le 8 octobre par la ministre Stéphanie Rist devant le conseil de la Cnam, selon Public Sénat.

  1. 65 % aujourd’hui, 15 % selon le projet
  2. L’économie est un déplacement
  3. Deux fois refusé, et revenu
  4. Ce que cela fait à une commune

65 % aujourd’hui, 15 % selon le projet

Le forfait thermal est remboursé à 65 % du tarif conventionnel et la surveillance médicale à 70 % ; les cures liées à une affection de longue durée le sont à 100 %. Le projet de décret ramène le forfait de 65 % à 15 %, rapporte France 3 Occitanie. Il n’est pas publié, et l’évaluation du service médical rendu demandée à la Haute Autorité de santé n’est pas rendue : ses conclusions sont attendues au mieux début 2027, selon Maire-info.

Les montants paraissent modestes : 270 millions en 2023, environ 0,1 % des dépenses de santé. Ils sont considérables pour qui paie. Les 471 000 cures conventionnées de l’année citées par Régions de France, si les 200 millions étaient répartis à l’identique, portent 425 euros chacune. C’est un calcul, pas un chiffrage officiel, et il donne l’échelle du transfert.

270 millions aujourd’hui, 200 transférés demain

Dépenses de l’Assurance maladie pour les cures en 2023 et bascule prévue en 2027. En millions d’euros.

200 400 600 Cures, dépense 2023 270 M€ au total 200 70 Bascule 2027 700 M€ aux complémentaires 200 500

Survolez une barre pour le détail. 200 des 270 millions changeraient de caisse.
Sources : annexe 5 du PLFSS 2027 ; dépense 2023 citée par le Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie et la Cour des comptes ; bascule annoncée le 8 octobre 2026. Le partage 200/70 est un calcul.

L’économie est un déplacement

La Sécurité sociale ne dépensera pas moins pour la santé des Français : elle dépensera moins pour les cures, et les mutuelles davantage. L’argent revient aux mêmes ménages et aux mêmes employeurs, par la cotisation complémentaire au lieu de la cotisation maladie, avec un intermédiaire de plus. Or les contrats responsables n’ont aucune obligation de prendre en charge les soins thermaux, rappelle le Conseil national des établissements thermaux dans un communiqué du 9 octobre. Une complémentaire peut ne rien rembourser, ou répercuter la dépense sur ses cotisations, dans un marché où elles montent déjà, et où le gel qui devait les contenir a été censuré, comme je l’ai raconté le 23 octobre.

Le transfert arrive dans un système où la complémentaire est déjà un champ de bataille : l’État a suspendu la commission qui refusait de choisir la mutuelle de 300 000 agents de la Sécurité sociale, j’en ai décrit le ressort. Ce n’est plus un débat sur le remboursement des soins, c’est un débat sur qui porte le risque.

Deux fois refusé, et revenu

La mesure n’est pas nouvelle. En novembre 2025, le même passage de 65 % à 15 %, avec la fin du remboursement à 100 % pour les affections de longue durée, avait provoqué deux débats houleux au Sénat. Le Parlement l’avait écartée, le gouvernement avait reculé en décembre, et une évaluation de la Haute Autorité de santé avait été commandée. Le sénateur du Puy-de-Dôme Jean-Marc Boyer chiffrait alors l’effet : 300 000 curistes en moins sur les 500 000 qui fréquentent les stations.

Le 10 octobre, le député Denis Fégné, ce sénateur et le maire de Dax Julien Dubois ont écrit à la ministre. Demander une expertise et annoncer en même temps un changement de financement, c’est, selon leur courrier, « préempter le débat avant que les conclusions de cette expertise puissent éclairer la décision publique ». L’argument n’est pas de procédure : il dit qui décide, et quand.

Ce que cela fait à une commune

Le thermalisme compte 25 000 emplois directs selon le Conseil national des établissements thermaux, et le secteur évalue ses retombées à 4,8 milliards par an, chiffre repris par Public Sénat. Dans beaucoup de stations, l’établissement est une régie municipale : la commune porte le risque. À Balaruc, la direction des thermes et le maire, cités par France 3 Occitanie, comptent plus de 50 000 curistes conventionnés par an et près de 400 emplois directs, sans compter l’hôtellerie et les commerces.

Cette fragilité n’est pas théorique. J’ai documenté le mois dernier l’état des stations d’Auvergne-Rhône-Alpes : 15 sur 23 sous le seuil de fréquentation, 100 millions investis sans indicateur. La baisse n’arrive pas sur un secteur en pleine forme.

Notre lecture. Ce n’est pas une économie, c’est un déplacement de charge et de pouvoir. L’État réduit sa dépense sans réduire celle du pays, il fixe le taux, et la mutuelle devient celui qu’on accusera de ne pas suivre. Le calendrier achève la démonstration : le Parlement rejette le budget, et le taux change quand même, par décret. Opinion de la maison, pas un fait.
À retenir. 200 millions transférés vers les complémentaires en 2027 ; forfait thermal ramené de 65 % à 15 % selon le projet de décret, non publié ; 471 000 cures par an, soit 425 euros par cure si les 200 millions étaient répartis à l’identique.

La question n’est pas de savoir si la cure vaut ses 200 millions. Elle est de savoir qui décide du taux, sur quelle expertise, et à quel moment. Aujourd’hui, la réponse tient en un mot : un décret.

Et vous : si votre médecin vous prescrit une cure et que votre mutuelle ne reprend pas la part abandonnée, vous la ferez quand même, ou vous renoncerez ?

Ce reportage de France 3 Occitanie, diffusé le 23 octobre 2026, montre le rassemblement devant les thermes de Balaruc, avant le décret. Il donne la colère des curistes et des élus, et ne tranche pas les chiffres.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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