À Grenoble, samedi 24 octobre, la ville s’arrête à 18 heures. La préfète de l’Isère, Catherine Séguin, a instauré un couvre-feu qui vise toute la population, et non les seuls manifestants : le centre-ville et 3 zones commerciales, jusqu’à 6 heures dimanche. Les tramways ne rouleront pas.
- Ce que l’arrêté impose, et ce qu’il ne dit pas
- Le bilan a grossi en 4 jours
- L’interdiction a passé le juge, le couvre-feu non
- Les tramways s’arrêtent, et ce n’est pas la préfète qui les arrête
- Ailleurs, on confine surtout les mineurs
Ce que l’arrêté impose, et ce qu’il ne dit pas
Le couvre-feu court du samedi 18 heures au dimanche 6 heures, soit 12 heures, sur plusieurs secteurs du centre-ville déjà interdits aux manifestations depuis jeudi, plus 3 zones commerciales hors de Grenoble : Grand’Place, Comboire à Échirolles et Neyrpic à Saint-Martin-d’Hères, selon le communiqué de la préfecture, qui publie le périmètre en PDF.
Les dérogations sont étroites. Le Dauphiné Libéré, qui a lu l’arrêté, énumère : rejoindre son domicile, se soigner, un motif familial impérieux, assister une personne vulnérable, le transit sans arrêt, les agents publics en mission, les journalistes, les élus. Aucun motif professionnel général : le cuisinier de 23 heures, l’aide à domicile, le livreur de nuit ne sont pas nommés et devront se justifier.
La violation est une contravention de 4e classe, 750 euros au maximum. Un couvre-feu se conteste en référé-liberté, et le juge peut le suspendre en 48 heures, comme je l’ai décrit ici.
Le bilan a grossi en 4 jours
Le soir du 17 octobre, la préfecture comptait 13 000 manifestants (la CGT 22 000), 51 interpellations, 3 blessés, 55 interventions des pompiers et une trentaine de commerces pillés, selon ICI Isère. Quatre jours plus tard, l’arrêté retient 11 000 manifestants, plus de 80 commerces pillés, plus de 60 interpellations, plus de 30 blessés et plus de 50 interventions. Les manifestants baissent de 2 000, tous les autres chiffres montent.
Un bilan provisoire évolue, c’est normal. Ce qui me gêne n’est pas l’écart, c’est son usage : le document qui prive de sortie un centre-ville entier cite des chiffres que les services de l’État avaient comptés autrement, sans dire d’où viennent les nouveaux. Sur ces dégâts, aucun chiffrage public n’existait. Il en existe un désormais, dans un considérant d’arrêté. La facture des violences, dont je disais qu’elle restait sans payeur, trouve là sa première estimation dans un acte qui restreint des libertés.
L’interdiction a passé le juge, le couvre-feu non
Vendredi 23 octobre, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté la requête déposée en référé contre l’arrêté interdisant tout rassemblement dans plusieurs secteurs du centre-ville, du jeudi 22 octobre 6 heures au dimanche 25 octobre 6 heures. L’interdiction reste en vigueur, indique la préfecture.
Les organisations qui avaient déclaré une manifestation ont donc changé de chemin : un rassemblement statique pour l’UNEF et Solidaires Étudiants, un cortège pour les Gilets jaunes et la CGT, tous deux détournés du centre-ville à la demande de la préfète. On défile, mais là où l’État veut bien, et à l’heure qu’il fixe.
Une distinction compte : l’interdiction de manifester a passé l’épreuve du juge, le couvre-feu non. Personne ne l’a encore attaqué devant le tribunal administratif, et rien ne dit qu’il résisterait à la même épreuve. La restriction la plus lourde, celle qui enferme des habitants chez eux un samedi soir, est aussi la moins contrôlée à cette heure.
Les tramways s’arrêtent, et ce n’est pas la préfète qui les arrête
Aucun tramway ne circulera samedi sur le réseau de l’agglomération, de 4 h 30 à 2 heures, selon M réso, cité par France 3. Les bus C2, C3, C4, C5 et C8 sont interrompus, les C1, C6, C7 et C9 partiels.
Cette décision n’est pas un arrêté préfectoral : elle vient du Syndicat mixte des mobilités de l’agglomération grenobloise, selon le Dauphiné Libéré. Motif double : les troubles possibles et la sécurité des agents, dont l’intersyndicale (FO, Solidaires, UNSA, CGC) réclame l’arrêt total. La préfète confine ; elle ne fait pas rouler un tramway.
Combien de temps dure chaque restriction
Durée en heures, samedi 24 et dimanche 25 octobre 2026
Ailleurs, on confine surtout les mineurs
À Albertville, le couvre-feu vise les mineurs non accompagnés, de 21 heures à 7 heures. À Annecy, de 19 heures à 6 heures. À Annemasse, de 19 heures à 5 heures. À Chambéry, les rassemblements sont interdits de 8 heures à 22 heures (France 3).
Grenoble est la seule ville de la région à confiner les adultes, et dès 18 heures. À Marseille, ce couvre-feu va de 23 heures à 5 heures, dans le cadre des interdictions que j’ai racontées cette semaine. Confiner des mineurs, c’est viser des parents ; confiner tout le monde à l’heure où les commerces ferment, c’est autre chose. Lyon, lundi, avait montré ce que produit une ville vide : elle appartient à ceux qui restent, et la nuit y a pris un autre cours.
France 24, 21 octobre 2026. À regarder pour la mécanique : comment un couvre-feu s’annonce, se justifie et se reconduit d’un soir à l’autre. Vidéo antérieure au couvre-feu de Grenoble.
Un couvre-feu pour tous, un samedi à 18 heures, dans un pays qui n’est ni en guerre ni sous état d’urgence, ce n’est pas de la sécurité : c’est l’habitude de confisquer le temps des gens pour éviter d’avoir à répondre de ses échecs. L’État qui n’a pas su protéger un centre-ville s’octroie le droit d’enfermer ceux qui y vivent, en leur nom.
- Couvre-feu samedi de 18 h à 6 h dimanche pour toute la population : centre-ville et 3 zones commerciales.
- Le tribunal administratif a rejeté vendredi le référé contre l’interdiction de manifester ; le couvre-feu reste incontrôlé.
- Aucun tramway samedi de 4 h 30 à 2 h : décision du Smmag, pas de la préfète.
- L’arrêté cite 11 000 manifestants le 17 octobre, contre 13 000 comptés ce soir-là.
Et vous : si un couvre-feu vous empêche de sortir un samedi soir, à qui en demandez-vous la justification ?



