Remplir une cuve de 2 000 litres de fioul coûtait 2 217 euros à l’automne 2025. Au prix relevé par la DGEC le 9 octobre 2026, la même livraison coûte 3 785 euros. 1 569 euros de plus pour le même combustible, dans la même cuve, pour le même hiver.
Le plan
- Ce que coûte le plein d’automne
- Les 2,6 millions de logements chauffés au fioul
- 78 centimes pris, 20 centimes rendus
- Les aides pour en sortir ont reculé
- Ce que les gens font déjà
Ce que coûte le plein d’automne
La DGEC, le service de l’énergie du ministère de la Transition écologique, relevait 1,1083 euro le litre le 10 octobre 2025 pour une livraison de 2 000 à 4 999 litres. Le 9 octobre 2026, la cotation est à 1,8926 euro : 78 centimes de plus, et 71 % de hausse en un an.
La série mensuelle de l’Insee dit la même chose autrement : 1 135,85 euros les 1 000 litres en octobre 2025, 1 675,26 euros en août 2026, dernier point publié. Une marche brutale en mars et avril, puis un plateau instable. Deux séries, deux paniers, une même hausse.
Le fioul livré, mois par mois
Prix de 1 000 litres de fioul domestique, en euros
Les 2,6 millions de logements chauffés au fioul
L’Insee a publié en janvier 2026 un portrait des logements encore chauffés au fioul : 2,6 millions de résidences principales en 2022, 8,5 % du parc, contre 4,6 millions et 18 % en 2006.
Dans les zones rurales, 16,7 % des résidences principales se chauffent au fioul, contre 3,5 % dans les espaces urbains denses ; la part dépasse 30 % dans les communes rurales du Massif central, du nord et des Alpes. Ce sont des maisons individuelles, souvent grandes et construites avant 1970. Près d’un ménage chauffé au fioul sur deux est en situation de vulnérabilité énergétique, avec des dépenses conventionnelles 8 % plus élevées qu’avec l’électricité.
La hausse ne frappe donc pas des résidences secondaires, mais des maisons anciennes et mal isolées, occupées par des ménages plus âgés et plus modestes que la moyenne.
78 centimes pris, 20 centimes rendus
Le fioul est un produit pétrolier : son prix suit le brut et le raffinage. La fiscalité n’explique pas le mouvement : les taxes comptaient environ 30 % du prix payé en 2025 et l’accise est stable à 0,16 euro le litre depuis 2018.
Le gouvernement a répondu par la libération de stocks stratégiques de diesel, décidée à Matignon le 12 octobre, dont l’avantage doit être répercuté sur les prix. TotalEnergies s’est engagé, dans un communiqué du même jour, à une remise de 200 euros par mètre cube de fioul à ses clients qui se chauffent au fioul, du 1er novembre 2026 au 31 janvier 2027. Un mètre cube vaut 1 000 litres : 20 centimes par litre, 400 euros sur une cuve de 2 000 litres.
Le rapport entre les deux chiffres est le cœur du sujet : 78 centimes pris, 20 rendus. Les 400 euros couvrent environ un quart des 1 569 euros de hausse, et la remise s’arrête le 31 janvier, alors que l’hiver n’est pas fini. Matignon annonce une baisse pour tous les Français, mais un seul distributeur l’a chiffrée à ce jour, et pour ses propres clients. Le communiqué ne dit pas si la date de commande ou de livraison fait foi, ni si les 200 euros sont hors taxes.
Les aides pour en sortir ont reculé
Le même mois, l’Agence nationale de l’habitat a adopté une baisse de 351 millions d’euros du budget de MaPrimeRénov’ pour 2026 : l’enveloppe passe de 4,38 à 4,01 milliards. La délibération du 14 octobre chiffre à 14 241 les rénovations complètes qui ne seront pas financées. Depuis le 1er septembre, l’isolation seule ne touche plus rien, comme le détaille notre article du 20 octobre.
Au moment où le combustible atteint son plus haut, la porte de sortie se rétrécit. Une pompe à chaleur ou une isolation complète restent des travaux de plusieurs milliers d’euros : la hausse en accélère l’amortissement sur le papier, mais elle réduit d’abord la trésorerie de ceux qui devraient les financer.
Ce que les gens font déjà
Les livreurs le voient avant les statistiques. Dans le reportage ci-dessous, une cliente met la même somme que l’année dernière et n’obtient plus que 400 litres au lieu de 700. D’autres retardent l’allumage, chauffent moins de pièces, complètent la cuve au minimum ; ceux qui ont un poêle à bois s’y replient, avec les limites que nous avons documentées sur le stère.
France 3 Normandie a suivi une tournée de livraison à l’entrée de l’hiver 2026. À observer : les quantités commandées, 400 litres là où la même somme en achetait 700 un an plus tôt. Le reportage précède la remise du 1er novembre.
Cette adaptation a un coût invisible : pièces fermées, maison mal chauffée, réparations différées. Le fioul n’est pas une ligne de facture, c’est le chauffage de maisons qu’on ne change pas en un hiver.
Notre lecture
Opinion de la maison, pas un fait
Le marché a pris 78 centimes, la puissance publique en rend 20, pour trois mois, chez un seul distributeur, et elle a retiré 351 millions aux travaux qui permettraient de ne plus acheter de fioul. Ce n’est pas une politique du chauffage, c’est une gestion de l’humeur. La remise est bonne pour ceux qui la reçoivent. La question est ailleurs : qui décide du prix, qui décide de l’aide, et pourquoi les deux montants ne se parlent pas.
À retenir
- 1,8926 euro le litre le 9 octobre 2026, contre 1,1083 euro un an plus tôt : plus 71 % (DGEC).
- 2,6 millions de résidences principales chauffées au fioul, 8,5 % du parc, surtout rurales et anciennes (Insee, 2022).
- Remise de 200 euros par mètre cube du 1er novembre au 31 janvier, pour les clients de TotalEnergies seulement.
- MaPrimeRénov’ : 351 millions retirés, 14 241 rénovations complètes non financées.
Pour prolonger : le leasing de pompes à chaleur lancé par l’État, et les primes réservées à l’Europe.



