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Pompe à chaleur : l’État lance son leasing, et réserve les primes maximales à l’Europe

Pompe à chaleur : l'État lance son leasing, et réserve les primes maximales à l'Europe
Pompe à chaleur : l'État lance son leasing, et réserve les primes maximales à l'Europe

Le gouvernement a dévoilé mercredi 30 septembre les six groupements retenus pour sa première offre de « leasing » de pompes à chaleur, qui démarre le 1er octobre. Objectif affiché : 55 000 installations en deux ans, une aide moyenne de 9 800 euros par ménage et 540 millions d’euros financés par les certificats d’économie d’énergie. Depuis le 1er septembre, la bonification de cette prime, qui peut la multiplier par cinq, est réservée aux modèles agréés sur un critère de fabrication européenne. L’argent public finance le chauffage, et il choisit aussi ses usines.

Ce que l’État a annoncé ce mercredi

La ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a présenté dans les journaux du groupe Ebra, puis le ministère l’a confirmé, la première édition du « leasing » de pompes à chaleur, que les acteurs concernés préfèrent appeler « offre intégrée ». Elle doit permettre l’installation de 55 000 pompes à chaleur en deux ans, avec « une aide moyenne de 9 800 euros par ménage », pour un montant global de 540 millions d’euros financés par les certificats d’économie d’énergie (CEE). Les précommandes ouvrent le 1er octobre, les premières poses sont annoncées pour novembre.

Le principe : une offre clé en main destinée aux propriétaires occupants d’une maison, aux revenus modestes, encore chauffés au gaz ou au fioul. Pendant trois ans, la mensualité (crédit, électricité, entretien) doit rester inférieure ou égale à l’ancienne facture de chauffage. « À l’issue de ces trois ans, une fois la pompe à chaleur remboursée, la facture de chauffage pourra être divisée par deux », affirme la ministre. C’est un engagement du gouvernement, non un résultat déjà constaté.

Six groupements retenus

Six offres ont été sélectionnées : CapConfort, avec le fournisseur d’électricité Alpiq ; IZI by EDF, avec le financement Domofinance ; Le PAC’TE français, avec la pompe à chaleur Saunier Duval assemblée à Nantes ; Octopus x Effy ; RÉFLEX, adossé à Engie et à Hello Watt ; et Sonepar, avec TotalEnergies et son réseau d’installateurs. Selon La Tribune, ces groupements s’engagent sur 20 000 à 35 000 installations d’ici la fin 2028, quand le gouvernement vise 55 000 sur deux ans. Une nouvelle vague de lauréats est prévue le 1er janvier 2027.

Un détail de calendrier mérite l’attention : selon le comparateur spécialisé jéchange, le texte qui crée l’aide propre à ce dispositif est encore en consultation publique jusqu’au 20 octobre. Le lancement commercial précède donc la publication du cadre définitif.

Une aide qui passe par les factures d’énergie

Le dispositif ne repose pas sur un crédit budgétaire classique, mais sur les certificats d’économie d’énergie. Ce mécanisme oblige les fournisseurs d’énergie à financer des travaux d’économie d’énergie chez leurs clients, sous peine de pénalités, et son coût est répercuté dans les factures. Maud Bregeon revendique cette source de financement en la présentant comme un outil de protection des classes populaires, et critique ceux qui, « à l’extrême gauche comme à l’extrême droite », veulent supprimer les CEE.

La ministre a également annoncé que le gouvernement propose, dans le projet de loi de finances pour 2027, de reconduire le chèque énergie et d’avancer son versement au mois de janvier au lieu d’avril. Le montant, compris entre 48 et 277 euros, concerne près de 4,5 millions de foyers.

Le critère « made in Europe », déjà en vigueur

C’est la partie la moins reprise de l’annonce. Depuis le 1er septembre 2026, la bonification « Coup de pouce chauffage » des CEE, qui applique un coefficient multiplicateur de 5 au montant de base pour une pompe à chaleur air/eau (fiche BAR-TH-171) ou eau/eau (BAR-TH-172), n’est plus accordée qu’aux modèles titulaires d’un agrément « qualité et résilience industrielle ». Ce dispositif a été créé par le décret n° 2026-413 du 29 mai 2026 et par un arrêté du même jour.

Deux conditions cumulatives. Le modèle doit d’abord disposer d’une certification reconnue (Heat Pump KEYMARK, NF PAC, Eurovent ECP) délivrée par un organisme établi dans l’Espace économique européen et accrédité. Il doit ensuite être assemblé en Europe : la totalité du circuit frigorifique pour un équipement monobloc, au moins un sous-ensemble pour un équipement de type split. L’agrément est instruit par l’Agence de la transition écologique (ADEME), puis délivré par arrêté conjoint des ministres chargés de l’Industrie et de l’Énergie.

La première liste a été fixée par l’arrêté du 2 juillet 2026, publié au Journal officiel du 5 juillet, qui réunit plus d’un millier de références, dont les marques Daikin, Atlantic, Saunier Duval, Vaillant, Viessmann, Panasonic, Bosch, De Dietrich, Chappée, Nibe, Stiebel Eltron, Thermor, ou encore le français Géo-Fluth, spécialiste de la géothermie installé dans la Drôme. Un arrêté du 8 septembre 2026, en vigueur le 15 septembre, a ajouté 335 références, selon News Tank Énergies.

Un point est souvent mal compris : le critère porte sur le lieu d’assemblage final du circuit frigorifique, pas sur la nationalité du capital. Des groupes non européens dont certains modèles sont assemblés dans l’Espace économique européen figurent ainsi sur la liste, aux côtés des industriels français.

Ce que cela change pour un ménage

MaPrimeRénov’ n’est pas concernée par cet agrément : elle reste versée selon les revenus et la nature des travaux. Ce qui change, c’est la bonification CEE. Un ménage qui choisit un modèle non agréé conserve MaPrimeRénov’, la prime CEE de base, la TVA à 5,5 % et l’éco-prêt à taux zéro, mais perd la multiplication par cinq de la prime. Selon le site spécialisé Hello Watt, l’écart peut représenter plusieurs milliers d’euros, et un ménage aux revenus très modestes peut approcher 10 800 euros d’aides cumulées avec un modèle agréé, dont 5 000 euros de MaPrimeRénov’ et 5 800 euros de CEE bonifiées. Ces montants sont des plafonds calculés par un acteur privé, à vérifier dossier par dossier.

Un objectif industriel, et ses zones d’ombre

Le dispositif s’inscrit dans le plan d’électrification présenté le 10 avril 2026 par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Celui-ci vise un million de pompes à chaleur installées par an en 2030, contre environ 182 000 unités en 2025, après un pic à 358 000 en 2022. Le gouvernement met en avant une capacité industrielle française sous-utilisée : Atlantic revendique 300 000 unités de capacité en France, Saunier Duval 120 000 pompes air/eau à Nantes.

Le parallèle avec le bonus écologique automobile est assumé. Le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, revendique une préférence européenne appliquée au niveau national, dans un bras de fer avec la Commission européenne sur le contenu local, alors que l’Industrial Accelerator Act n’est pas encore adopté.

La filière elle-même signale des limites. Diego Lepoutre, dirigeant de Saunier Duval, juge le critère trop étroit puisqu’il ne porte que sur le circuit frigorifique et non sur l’ensemble de l’équipement, et réclame une « super bonification » pour le fabriqué en France. L’objectif du million d’unités par an est qualifié d’« ambitieux », mais aussi de flou : la filière ne sait pas clairement s’il inclut les pompes air/air et les chauffe-eaux thermodynamiques. Enfin, comme le relève La Tribune, le gouvernement parie sur un dispositif dont les volumes de vente réels restent à établir.

Les limites de ce dossier

Plusieurs éléments doivent être tenus pour incertains. Les 9 800 euros annoncés sont une moyenne, et non un montant garanti : le calcul dépend des revenus, du logement, de la zone climatique et des aides locales. Les 540 millions d’euros sont une projection sur deux ans. La promesse d’une facture divisée par deux après trois ans est une estimation du gouvernement, qui suppose des prix de l’électricité et des performances de chauffage stables. Le coût pour les finances publiques est indirect et diffus, puisqu’il passe par une obligation imposée aux fournisseurs d’énergie et répercutée dans les factures. Enfin, le texte créant l’aide propre à ce dispositif n’était pas publié au moment de l’annonce.

À retenir

  • Le gouvernement a annoncé mercredi 30 septembre les six groupements retenus pour la première édition du « leasing » de pompes à chaleur, lancée le 1er octobre.
  • Objectif : 55 000 installations en deux ans, une aide moyenne de 9 800 euros par ménage, 540 millions d’euros financés par les certificats d’économie d’énergie.
  • Depuis le 1er septembre 2026, la bonification CEE qui multiplie la prime par cinq est réservée aux modèles agréés « qualité et résilience industrielle », donc assemblés dans l’Espace économique européen.
  • Le critère porte sur le lieu d’assemblage du circuit frigorifique, et non sur la nationalité du capital : des groupes non européens dont des modèles sont assemblés dans l’EEE figurent sur la liste.
  • Un modèle non agréé conserve MaPrimeRénov’ et la prime de base, mais perd la bonification, soit plusieurs milliers d’euros selon les cas.
  • Le texte créant l’aide propre au dispositif est encore en consultation publique jusqu’au 20 octobre.

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