Jeudi 22 octobre, les représentants du personnel d’Alpine Racing SAS ont été convoqués pour apprendre ce que Renault faisait de son usine de Viry-Châtillon : il s’apprête à la vendre. Le repreneur est le groupe belge Dumarey, spécialiste des groupes motopropulseurs. Environ 150 salariés passent avec le site. Le montant n’est pas public.
Renault y a fabriqué ses moteurs de Formule 1 pendant plus de 40 ans, avec 23 titres mondiaux et 169 victoires. La France conserve son écurie et cède l’atelier qui savait concevoir le moteur.
- Ce que Renault a signé
- Ce que le site a produit
- Hypertech Alpine, la promesse de 2024
- Les emplois repris, et les 24 mois
- Un repreneur qui rachète des usines, pas des marques
- Ce que cela dit de notre industrie
Ce que Renault a signé
L’accord porte sur Alpine Racing SAS, l’entité qui exploite le site. Il comprend « les équipes et les actifs corporels et incorporels nécessaires à l’exploitation du site ». Le communiqué annonce le transfert de tous les salariés, sans effectif ; selon Ouest-France, 150 personnes seraient reprises (communiqué Dumarey et Renault Group). Après la cession, l’entité doit fonctionner sous la marque, la propriété et la direction de Dumarey.
La vente n’est pas définitive : il reste l’information-consultation du personnel et les autorisations réglementaires. L’accord prévoit « la reprise des équipes et des actifs nécessaires à l’exploitation du site », confirme Le Figaro.
Ce qui n’est pas vendu compte autant. L’écurie Alpine de Formule 1, à Enstone, reste chez Renault, mais achète ses moteurs à Mercedes depuis 2026. Renault garde le nom et le paddock. Il cède le bureau d’études.
Ce que le site a produit
Amédée Gordini y installe son activité moteurs en 1969, après le rachat de sa société par Renault en 1968. Renault Sport naît en septembre 1976, et le premier Grand Prix de Renault se court le 16 juillet 1977, avec Jean-Pierre Jabouille (grandprix.com ; dossier Renault, 40 ans en Formule 1).
Le bilan tient en trois chiffres : 12 titres de constructeurs, 11 titres de pilotes, 169 victoires, la dernière à Budapest en 2021 avec Esteban Ocon (PlanetF1, 22 octobre 2026). Ces titres mesurent une capacité industrielle : concevoir un moteur de course au plus haut niveau, en France. Le site abritait aussi l’hybridation, la propulsion électrique, la simulation et les essais.
1969-2028 : la ligne du temps de Viry-Châtillon
Jalons datés, sources au survol, échelle non proportionnelle. La dernière date est la plus proche possible, pas un engagement public du repreneur.
À observer : vidéo de la chaîne officielle de la Formule 1, antérieure à la vente du 22 octobre 2026. Elle montre ce que l’héritage français d’Alpine signifie en piste. Elle ne documente pas la cession et ne dit rien de l’avenir de Viry-Châtillon.
Hypertech Alpine, la promesse de 2024
En septembre 2024, Renault annonce l’arrêt du moteur prévu pour la réglementation 2026. Pour compenser, il promet de transformer Viry en centre d’ingénierie, Hypertech Alpine : supercar, batteries solides, technologies électriques, programmes en endurance et en Formule E, plus une cellule de veille sur la Formule 1 (PlanetF1).
Les salariés s’y étaient opposés, selon PlanetF1. Deux ans plus tard, Viry ne devient pas un centre d’ingénierie Renault, il sort du périmètre du groupe. Le centre de décision s’installe auprès du repreneur, à Nazareth-De Pinte, en Belgique.
Les emplois repris, et les 24 mois
Sur l’emploi, le résultat immédiat est meilleur qu’une fermeture. Tous les salariés seraient repris, et le maintien des avantages sociaux et des salaires serait garanti 24 mois, selon une source proche du dossier citée par Ouest-France, donc jusqu’en octobre 2028 environ.
Après, rien n’est écrit publiquement. Le repreneur parle de préserver l’expertise, sans engagement chiffré sur l’effectif. Un site de 150 personnes qui doit trouver des clients extérieurs tient-il sans carnet de commandes public ? Personne ne le dit.
Un repreneur qui rachète des usines, pas des marques
Dumarey n’est pas un inconnu en France. Ce groupe familial belge, né il y a plus de 40 ans dans le métal embouti, possède des sites à Deurle, Strasbourg, Turin et Silverstone (Dumarey Group). Il a déjà repris deux usines françaises que d’autres quittaient : l’ancienne usine General Motors de Strasbourg et l’usine ZF de Bouthéon, à l’ouest de Lyon, qui emploie plus de 300 personnes (Dumarey Group, ZF Bouthéon).
Le point rassurant : ce repreneur a un métier, faire durer des sites industriels, au lieu d’acheter un nom. C’est aussi le point inquiétant : le savoir-faire reste à Viry, mais la propriété et la stratégie sont ailleurs.
Ce que cela dit de notre industrie
La France garde l’écurie, son drapeau et ses pilotes, et cède l’entité qui fabriquait le moteur. Le pays qui a engagé le moteur turbo en Formule 1 en 1977 n’a plus de site Renault capable d’en concevoir un. Ce n’est pas une faillite : c’est un transfert organisé, avec des emplois sauvés et une technologie qui change de main.
La souveraineté se mesure à ce qui reste quand le choc arrive. Le choc, ici, a été la réglementation 2026 et le renoncement de Renault à développer le moteur. La réponse a été de vendre, pas de reconstruire. Même logique à la fonderie de Bretagne, dont l’avenir dépend d’un repreneur et d’un État actionnaire (notre article du 15 octobre), dans le débat sur le capital public engagé dans le lithium (mine de Beauvoir), et dans une aide automobile qui finance la demande plus que l’outil industriel (leasing social 2026).
Sauver 150 emplois en cédant l’usine vaut mieux que licencier 150 personnes. Mais ce qui est cédé n’est pas un bâtiment, c’est une capacité de conception. Un pays qui garde les courses et vend les moteurs finit par ne plus savoir les faire, et le jour où il voudra les refaire, il devra racheter ce qu’il a laissé partir.
- Renault Group cède Alpine Racing SAS, à Viry-Châtillon, au belge Dumarey Group. Environ 150 salariés sont repris, le montant n’est pas public.
- Le site a produit des moteurs de Formule 1 pendant plus de 40 ans : 12 titres constructeurs, 11 titres pilotes, 169 victoires.
- Salaires et avantages seraient garantis 24 mois, jusqu’en 2028 environ. Au-delà, aucun engagement public sur l’effectif.
- L’écurie Alpine reste chez Renault, mais roule avec des moteurs Mercedes depuis 2026.
Et vous : faut-il se réjouir des 150 emplois sauvés, ou commencer par compter ce qui a été cédé avec eux ?



