La taxe sur les petits colis devait faire payer Shein, Temu et AliExpress. Elle a fait déménager leurs colis. Entrée en vigueur le 1er mars 2026 à 2 euros par catégorie d’article, elle a été abrogée le 1er juillet et remplacée par un droit européen de 3 euros. Entre-temps, les entrepôts français qu’elle devait protéger se sont vidés et le rendement a atteint 2,3 millions d’euros par mois, contre 400 millions attendus sur l’année. Une taxe qui déplace un flux au lieu de le taxer ne taxe rien.
- Ce que la loi a voté
- Le rendement réel, 2,3 millions par mois
- Roissy en trois jours
- Ce que la taxe n’a pas arrêté
- Wroclaw, la seconde réponse
- Un quart pour l’État qui dédouane
Ce que la loi a voté
L’article 82 de la loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026) a créé une taxe de 2 euros par article de marchandise, au sens de la nomenclature douanière à 6 chiffres, sur les envois de moins de 150 euros venant de pays tiers, du 1er mars au 30 juin 2026 (douane.gouv.fr). Elle était due par le redevable de la TVA à l’importation, donc en pratique le vendeur ou la plateforme.
Le 1er juillet, la France a abrogé sa taxe et l’Union européenne a appliqué un droit forfaitaire de 3 euros par catégorie d’article, fixé par le règlement (UE) 2026/382 du 11 février 2026 (info.gouv.fr, EUR-Lex).
Le rendement réel, 2,3 millions par mois
Ce que la taxe devait rapporter, ce qu’elle a rapporté
Millions d’euros, rendement annuel
Le 13 mai, le directeur général des Douanes a chiffré le rendement à 2,3 millions d’euros par mois et le déport de volume à environ 90 % depuis le 1er mars, loin des 400 millions prévus sur l’année (Les Échos). 2,3 millions par mois font 27,6 millions en rythme annuel, moins de 7 % de la prévision. Sur les 4 mois d’application, cela représente environ 9 millions d’euros.
La mesure n’a pas atteint sa base : moins de 10 millions pour 5,3 milliards d’euros d’importations.
Roissy en trois jours
À Roissy-CDG, les déclarations douanières de commerce en ligne ont chuté de 92 % dès le 3 mars, par rapport à la moyenne quotidienne de 2025 (franceinfo). Chez Clevy Links, 11 000 m² à Roissy-en-France, on traitait 200 000 colis par jour avec jusqu’à 150 personnes : l’entrepôt est passé à zéro. Les plateformes, elles, ont continué de livrer, en passant par la Belgique puis par la route. À Liège, les arrivées de petits colis ont été multipliées.
Le trafic n’a pas disparu : il a changé de porte d’entrée, et les salariés sont restés, sans le travail.
Ce que la taxe n’a pas arrêté
Les douanes comptaient 170 millions d’articles importés pour 1,9 milliard d’euros en 2022, et 773 millions pour 5,3 milliards en 2024, la Chine représentant 97 % des volumes et 89 % de la valeur (The Conversation, d’après les douanes). Le prix moyen d’un article est passé de 11,30 euros en 2022 à 6,40 euros en 2025.
Sur un colis d’une seule catégorie à 6,40 euros, 3 euros de droit représentent 47 % de la valeur. La taxe ne frappe pas une marge : elle frappe un prix d’achat déjà minuscule, dans un pays qui creuse son déficit commercial.
Wroclaw, la seconde réponse
Shein avait déjà sa réponse. Fin décembre 2025, le groupe a ouvert près de Wroclaw, en Pologne, un hub de 740 000 m². Les marchandises y entrent en gros dans l’Union, acquittent les droits à l’entrée, puis circulent librement (enquête de franceinfo). Dans le marché unique, il n’y a plus de frontière à taxer, donc plus de petit colis au sens douanier. Shein conteste toute intention de contournement. Le résultat, lui, est mécanique : on peut taxer une frontière, pas un marché.
Un quart pour l’État qui dédouane
Le droit européen de 3 euros est perçu par l’Union, qui reverse 25 % des recettes à l’État qui réceptionne et dédouane le colis (info.gouv.fr). Un colis acheté en France et dédouané à Liège rapporte donc un quart à la Belgique. C’est la mécanique que l’on retrouve dans la défense commerciale européenne : celui qui perçoit tient celui qui reçoit.
Une redevance de 2 euros par article est annoncée pour le 1er novembre : l’acte délégué, adopté le 21 septembre, n’était pas publié au Journal officiel au 15 octobre (Actu.shop). Je la compte comme une annonce, pas comme un fait.
Ce que j’en retiens
Depuis 1968, la politique douanière et commerciale extérieure est une compétence de l’Union. La France a voulu reprendre la main par une taxe nationale et l’a perdue en 4 mois, faute d’avoir mesuré qu’une plateforme déplace un flux plus vite qu’un parlement ne vote un impôt. Le prélèvement existe toujours, mais l’intercesseur s’est déplacé, de Paris vers Bruxelles puis vers l’État qui dédouane. Ce qui reste en France, c’est la facture, avec deux candidats pour la porter : l’acheteur et les salariés de la logistique.
Je ne conclus pas que toute taxe frontalière est vaine : à flux mobile, taxe fixe, et la préférence européenne ne vaut que si le contrôle suit la marchandise jusqu’à son dernier entrepôt.
La taxe n’a pas échoué par erreur de calcul : elle visait un flux qui a changé de route en trois jours. Un État peut voter un prélèvement, il ne décide pas où la marchandise se dédouane. Tant que Bruxelles percevra et qu’un autre port encaissera, la France paiera la taxe sans en tenir le levier.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Taxe française de 2 euros par catégorie d’article du 1er mars au 30 juin 2026, remplacée le 1er juillet par un droit européen de 3 euros.
- Rendement de 2,3 millions d’euros par mois, pour 400 millions prévus sur l’année : moins de 7 % de la prévision.
- Déclarations douanières en baisse de 92 % à Roissy dès le 3 mars, un entrepôt de 200 000 colis par jour tombé à zéro.
- 25 % du droit européen revient à l’État qui dédouane, souvent la Belgique ou la Pologne.
Ce qu’il faut y regarder : le moment où les volumes changent de port d’entrée, et non de destination. C’est la différence entre taxer un flux et taxer un commerce.



