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Algérie : les produits français écartés des plans d’importation, un commerce bilatéral sous les 9 milliards d’euros

Algérie : les produits français écartés des plans d'importation, un commerce bilatéral sous les 9 milliards d'euros
Algérie : les produits français écartés des plans d'importation, un commerce bilatéral sous les 9 milliards d'euros

Deux enquêtes publiées cette semaine rapportent qu’Alger écarte les produits français des programmes prévisionnels d’importation (PPI) que doivent déposer les importateurs algériens, depuis fin juillet 2026. Dans le même temps, le commerce bilatéral est retombé sous les 9 milliards d’euros sur les douze mois allant de juillet 2025 à juin 2026, contre 11 milliards en 2024, et le nombre d’exportateurs français vers l’Algérie recule depuis 2025 selon la douane française. Ni Paris ni Alger n’ont confirmé publiquement l’existence d’un embargo.

Ce que rapportent deux enquêtes indépendantes

Le magazine Marianne a publié le 28 septembre une enquête de son journaliste Amar Ouyahia. Le journal y écrit que, « depuis fin juillet, une consigne circule parmi les importateurs algériens : ne plus faire figurer les produits français dans leurs plans prévisionnels d’importation (PPI) ». L’article cite des sources concordantes qui décrivent « une note verbale adressée à tous les importateurs algériens leur demandant clairement de ne plus inscrire les produits français » dans ces programmes. Il qualifie cette instruction administrative non publiée d’instruction « qui ne dit pas son nom ».

La Croix a publié le lendemain, 29 septembre, une enquête de son correspondant à Alger, Akli Ouali. Le quotidien écrit que les autorités algériennes ont décidé, fin juillet 2026 et sans annonce publique, d’arrêter les importations de tous les produits français à l’exception des médicaments. Il décrit des importateurs rappelés en urgence par le ministère du Commerce extérieur pour modifier les programmes qu’ils avaient déposés.

Ces deux enquêtes sont indépendantes : deux rédactions, deux auteurs, deux dates et aucune dépêche commune citée. Aucune des deux n’obtient ni ne cite de confirmation officielle algérienne, ni de démenti. Les informations reposent sur des sources professionnelles algériennes, non nommées.

Le mécanisme : des autorisations d’importation depuis 2025

Le cadre dans lequel s’inscrit cette consigne est administratif. Le programme prévisionnel d’importation, instauré par décret exécutif en juillet 2025, oblige les importateurs algériens à déclarer à l’avance, pour six mois, les marchandises qu’ils comptent acheter à l’étranger. Ces programmes sont déposés sur une plateforme du ministère du Commerce extérieur, puis validés dossier par dossier. Figurer dans un programme validé conditionne l’obtention de l’autorisation d’importation.

Le même ministère a d’ailleurs suspendu, du 25 juillet au 10 août 2026, l’accueil des opérateurs venus déposer leurs requêtes et réclamations, selon la presse économique algérienne. Ce dispositif a été durci progressivement depuis un an : la filière céréalière algérienne a publiquement alerté sur le manque d’intrants, de pièces de rechange et de produits phytosanitaires qui en résulte.

Écarter une catégorie de produits de ces programmes revient donc, en pratique, à fermer un marché sans publier de texte : l’entreprise française ne peut plus être référencée par un importateur autorisé. Selon La Croix, les médicaments sont la seule exception mentionnée.

Ce que disent les chiffres du commerce extérieur

La consigne, si elle est confirmée, s’ajoute à une érosion déjà documentée par les données publiques françaises. L’étude n° 104 de la direction générale des douanes et droits indirects, publiée le 27 janvier 2026, établit l’état de la relation avant la crise : 4,8 milliards d’euros d’exportations françaises vers l’Algérie en 2024, 6,2 milliards d’importations, constituées à près de 90 % d’hydrocarbures naturels et de produits pétroliers raffinés. Le déficit commercial français avec Alger s’élevait à 1,4 milliard d’euros en 2024, après un pic à 2,6 milliards en 2023.

La douane relevait surtout un décrochage du tissu exportateur. Quelque 5 200 entreprises françaises exportaient vers l’Algérie en 2023, dont environ 1 300 n’exportaient que vers ce marché et réalisaient 11 % des exportations françaises vers l’Algérie. En 2025, les montants se maintiennent, mais le nombre d’exportateurs recule : environ 150 entreprises de moins par mois de janvier à octobre 2025, et environ 290 exportateurs de moins en octobre 2025 par rapport à octobre 2024, avec une baisse maximale de 385 en août 2025. Sur les neuf premiers mois de 2025, les exportations françaises vers l’Algérie s’établissaient à 3 milliards d’euros, contre 3,5 milliards un an plus tôt.

Les chiffres les plus récents, relayés par la presse algérienne et repris en France, situent le commerce bilatéral de biens à 8,9 milliards d’euros sur la période de juillet 2025 à juin 2026, contre 11 milliards en 2024 et 9,3 milliards en 2025. Dans le détail, l’agroalimentaire français passe de 119 à 47 millions d’euros en un an (−60 %), les équipements automobiles de 102 à 64 millions (−37 %), les pièces de construction automobile d’environ 1,2 à 1 milliard (−15 %), la sidérurgie recule de 36,4 % et les appareils de mesure et d’horlogerie de 36,6 %. Les exportations algériennes d’hydrocarbures vers la France reculent de 22 %, à 3,5 milliards d’euros.

Le blé illustre le mouvement de plus longue durée : la part de marché de la France dans les importations algériennes de céréale est passée de 41 % en 2016 à 9 % en 2023, la France ayant été détrônée de sa place de premier fournisseur par la Chine.

Côté français, un réengagement assumé et réversible

Interrogé à l’Assemblée nationale le 21 juillet 2026 sur les relations avec l’Algérie, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a décrit la position officielle : « Le réengagement avec l’Algérie est progressif, il est réversible et il est conditionné aux résultats que nous obtiendrons. » Il a rappelé que la délivrance de visas aux ressortissants algériens avait baissé de 20 % en 2025, principalement en raison de la restriction du réseau diplomatique français décidée par Alger, et affirmé que la politique française ne répond à aucune logique de volume ni de quotas.

Ce réengagement a un volet économique documenté par un think tank proche du patronat. Dans une note publiée le 10 septembre 2026 et consacrée aux scénarios de politique française à l’égard de l’Algérie, l’Institut Montaigne relève que les échanges bilatéraux, 11 milliards d’euros en 2024, restent inférieurs à ceux de la France avec le Maroc ou la Tunisie, que les énergies fossiles représentent plus de la moitié des échanges et près de 90 % des importations françaises depuis l’Algérie, et que la France subit une concurrence accrue de l’Italie, de la Chine et de la Turquie. La note recommande une approche pragmatique, en rappelant que la relation migratoire reste régie par l’accord franco-algérien de 1968, que 650 000 titres de séjour algériens étaient en cours de validité en 2024 et que le français recule en Algérie sous l’effet de l’arabisation et de la montée de l’anglais.

Le paradoxe mérite d’être posé tel quel : les canaux diplomatiques ont été rétablis et une ministre française s’est rendue à Alger, tandis que, selon deux enquêtes de presse, l’accès des produits français au marché algérien passe désormais par une instruction non écrite. Rien n’établit que cette dernière procède d’une décision unique et centralisée, ni qu’elle soit liée aux négociations en cours.

Ce qui reste incertain

  • Aucune autorité algérienne n’a annoncé ni confirmé un embargo sur les produits français. La « note verbale » décrite par Marianne n’est publiée ni au Journal officiel algérien ni sur un site ministériel, et n’a pas été produite.
  • Les deux enquêtes s’appuient sur des sources d’importateurs non nommées. Le fait établi est la chute des échanges, documentée par la douane française ; le blocage administratif est une information de presse, solide mais sans pièce publique.
  • Le recul commercial a plusieurs causes possibles et concomitantes : le durcissement général du régime d’importation algérien depuis 2025, la concurrence chinoise, italienne et turque, la baisse des cours des hydrocarbures, la perte du marché céréalier engagée depuis 2018 et la dépréciation du dinar. Attribuer la totalité du recul à une intention politique n’est pas démontré.
  • La plupart des chiffres sectoriels récents relayés en France proviennent d’une même lecture des données douanières par la presse algérienne, ce qui réduit la diversité des sources pour ces séries.
  • Le nombre d’entreprises françaises « en difficulté » est avancé par la presse algérienne sans liste ni méthode publique ; il ne doit pas être confondu avec un chiffre de défaillances.
  • Rien n’indique publiquement si les médicaments exceptés le sont par choix sanitaire ou par impossibilité de substitution, ni si des dérogations existent pour d’autres produits.

À retenir

  • Marianne (28 septembre) et La Croix (29 septembre) rapportent, dans deux enquêtes distinctes, qu’Alger demande aux importateurs de retirer les produits français de leurs programmes prévisionnels d’importation depuis fin juillet 2026, avec les médicaments pour seule exception citée.
  • Le programme prévisionnel d’importation, instauré par décret exécutif algérien en juillet 2025, conditionne l’autorisation d’importer à l’inscription des marchandises dans un plan validé par le ministère du Commerce extérieur : en écarter un produit suffit à fermer l’accès au marché sans texte publié.
  • Le commerce bilatéral de biens est retombé à 8,9 milliards d’euros sur juillet 2025 à juin 2026, contre 11 milliards en 2024 ; l’agroalimentaire français recule de 60 % et les équipements automobiles de 37 % sur un an.
  • La douane française documente une érosion antérieure : environ 290 exportateurs de moins en octobre 2025 qu’en octobre 2024, et une part de marché du blé français en Algérie passée de 41 % en 2016 à 9 % en 2023.
  • Le gouvernement français assume un « réengagement » qualifié de progressif et réversible par Jean-Noël Barrot le 21 juillet 2026, tandis que l’Institut Montaigne recommande, le 10 septembre, une approche pragmatique de la relation.

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