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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Un lycéen blessé à l’œil à Dijon, 4 jours pour l’apprendre : 997 agents comptés, aucun bilan des manifestants

Place pavée au crépuscule : à droite un cordon de policiers casqués et boucliers vus de dos, à gauche un groupe de jeunes dont un filme avec son téléphone, au premier plan une paire de baskets vides et un téléphone au sol ; au-dessus de la place, un œil monumental de pierre à l’iris doré fissuré et une balance géante penchée.

Un lycéen a été blessé à l’œil samedi 17 octobre, place Darcy, à Dijon, entre 17 h et 18 h, en marge de la manifestation contre la vie chère. Une plainte a été déposée, le parquet confirme que l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) est saisie. Il a fallu 4 jours et une vidéo pour que ce cas devienne public. Le soir même, la préfecture de Côte-d’Or annonçait 3 blessés parmi les manifestants.

Le pouvoir publie en 24 heures le chiffre de ses blessés : 997 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers, dont 7 grièvement, au bilan de Laurent Nuñez dimanche soir. Pour les manifestants, aucun total national n’existe. J’ai rassemblé ces cas : on ne compte pas les yeux de la même façon selon le camp où ils se trouvent.

  1. Ce que le parquet de Dijon confirme, et ce qu’il tait
  2. Cinq yeux en 3 semaines, recensés un par un
  3. 997 agents comptés, aucun total pour les autres
  4. Pourquoi l’IGGN et pas l’IGPN
  5. Ce que samedi 24 octobre déplace

Ce que le parquet de Dijon confirme, et ce qu’il tait

Le procureur décrit une « blessure à l’œil survenue place Darcy entre 17 h et 18 h », et « une blessure aux jambes » ajoutée dans la plainte. Solidaires étudiants 21 indique que le blessé est un lycéen, hospitalisé mercredi « dans l’attente de son opération ». ICI Bourgogne a identifié le lieu de la vidéo qui circule : place Darcy, un adolescent au sol, qui saigne.

Un témoin de 17 ans raconte : les CRS bloquent le passage, repoussent le groupe aux gaz lacrymogènes, puis « un garçon de mon âge se prend du gaz lacrymogène en plein visage, ça lui a explosé au visage ». Ce que le parquet ne dit pas pèse plus lourd : aucune arme, aucune unité, aucun auteur. La préfecture, sollicitée, n’a pas répondu. La cause de la blessure n’est pas établie publiquement.

Cinq yeux en 3 semaines, recensés un par un

À Tours, le 30 septembre, un lycéen de 16 ans est grièvement blessé à l’œil devant le lycée Balzac ; la procureure parle de lésions « compatibles » avec un tir de LBD, ce qui n’établit pas l’origine du choc.

Le 17 octobre, à Strasbourg, un homme de 27 ans est blessé à un œil place de la Grande-Boucherie ; des témoins décrivent un tir de projectile des forces de l’ordre, et le parquet ouvre une enquête pour « violence aggravée par personne dépositaire de l’autorité publique » ( DNA, 19 octobre ). Le même jour, une personne qui protégeait un abribus est blessée à la tête et à l’œil. À Mulhouse, une fille de 17 ans perd son œil gauche malgré une opération ; le projectile reste inconnu. À Dijon, un lycéen attend la sienne. Quatre cas graves, quatre fois le silence sur l’arme.

Cinq blessés aux yeux en 3 semaines, dont 4 le 17 octobre

Chaque cas recensé séparément, parquets et presse locale, au 21 octobre 2026

30 septembre, Tours : 1 blessé (16 ans)

1
17 octobre, Strasbourg : 2 blessés

2
17 octobre, Mulhouse : 1 blessée (17 ans), œil perdu

1
17 octobre, Dijon : 1 blessé, opération en attente

1
Décompte du journal, à partir des communiqués de parquet et de la presse locale. Aucun de ces cas ne figure dans un bilan national, il n’en existe pas. Un cas peut avoir été manqué : le chiffre est un plancher, pas un total.

997 agents comptés, aucun total pour les autres

Dimanche soir, le ministre de l’Intérieur annonçait 2 397 interpellations et 997 blessés chez les policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers, dont 7 grièvement : un chiffre national, publié en moins de 24 heures, repris partout.

En face, rien de comparable : pas de total des manifestants blessés, pas de répartition par arme, pas de tableau par département. Seulement des chiffres locaux : 17 blessés parmi les manifestants à Strasbourg, pour 27 policiers blessés dans la même ville, et 3 à Dijon. Ces nombres ne s’additionnent pas.

Le ministère sait pourtant compter ce qui l’intéresse. Depuis le début du mouvement lycéen, 36 enquêtes de l’IGPN ont été ouvertes, selon une source proche du dossier, et le ministre a confirmé que 4 portaient sur des « blessures mutilantes ». Un compteur pour les procédures, un pour ses agents, aucun pour les yeux perdus par les autres. Sans nombre, aucune comparaison n’est possible : ni entre les années, ni entre les unités, ni entre les armes. Un bilan est une décision.

Pourquoi l’IGGN et pas l’IGPN

Partout ailleurs (Tours, Strasbourg, Mulhouse, Saint-Etienne), ce sont l’IGPN ou les 2 inspections ensemble qui sont saisies. À Dijon, le procureur annonce l’IGGN, l’inspection de la gendarmerie, alors que le témoin décrit des CRS, qui relèvent de la police nationale ( franceinfo, 21 octobre ). Le parquet ne dit pas quelle unité était sur place : cela n’établit aucune faute, seulement qu’un gendarme est visé. Ces inspections dépendent du ministère de l’Intérieur ; leurs conclusions remontent à la hiérarchie et au parquet, et ne sont pas publiées. Une enquête ouverte clôt la question publique.

Ce que samedi 24 octobre déplace

Un nouveau rassemblement est annoncé le 24 octobre. Le gouvernement promet un dispositif « massif », avec des unités plus mobiles et des militaires de Sentinelle en renfort ( France 24, 21 octobre ), et Laurent Nuñez a demandé aux préfets d’interdire quand le dialogue a échoué. Sans décompte, ce dispositif ne pourra pas être évalué : on saura combien d’agents ont été touchés, pas combien de manifestants, ni par quoi.

La séquence ci-dessus, publiée le 21 octobre par France 24, décrit le dispositif annoncé pour samedi, pas ce que l’État compte.

Notre lecture
Opinion de la maison, pas un fait. Le pouvoir n’a pas besoin d’interdire le décompte : il lui suffit de ne pas le produire. 997 agents blessés en 24 heures, c’est une administration qui compte quand le chiffre la défend ; 5 yeux en 3 semaines recensés par la presse locale, c’est un État qui laisse mesurer les dégâts à ceux qui les subissent. Sans bilan, personne ne saura si ces blessures ont la même cause, et cette ignorance arrangera toujours celui qui commande.

À retenir

  • Un lycéen a été blessé à l’œil le 17 octobre à Dijon, place Darcy ; l’IGGN est saisie. La préfecture avait annoncé 3 blessés parmi les manifestants.
  • Le journal recense 5 blessés aux yeux en 3 semaines, dont 4 le 17 octobre.
  • 997 agents blessés, dont 7 grièvement, ont été comptés au niveau national ; aucun bilan des manifestants blessés n’existe.

Et vous ? Si vous étiez place Darcy ou ailleurs le 17 octobre : avez-vous vu quelqu’un être blessé, et avez-vous une photo à ce sujet ? Si vous avez été blessé, qu’avez-vous obtenu comme réponse à votre plainte ?

Pour aller plus loin : les grenades assourdissantes suspendues puis réintroduites, et la marche étudiante interdite jeudi.

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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