Si votre téléphone fixe est branché sur une prise en T, ou si votre box passe encore par l’ADSL (l’internet sur la ligne téléphonique classique), votre ligne a une date de fin. Orange, propriétaire du réseau cuivre, éteint ce réseau commune par commune, jusqu’à fin 2030. Le calendrier est public, et l’Arcep, le régulateur des télécommunications, le contrôle. Au 18 octobre, 931 communes sont déjà coupées. La prochaine vague tombe le 31 janvier 2027, avec 2 148 communes et arrondissements. Et dans 939 communes qui ont déjà une date, moins de 90 % des locaux sont raccordables à la fibre. On peut donc couper le cuivre avant que la fibre soit disponible partout.
Dans cet article
- Ce qui s’arrête le jour de la coupure
- Où en est vraiment le calendrier
- Là où la fibre manque encore
- Les démarches à faire avant la date
- Une décision prise au centre
Ce qui s’arrête le jour de la coupure
La fermeture se fait en deux temps. D’abord la fermeture commerciale : plus aucun opérateur ne peut vendre un nouvel abonnement sur le cuivre, mais les lignes existantes continuent. Ensuite la fermeture technique : le réseau est éteint, et tout ce qui passe par le fil s’arrête (Arcep, la fermeture du réseau cuivre). L’Arcep impose en principe un préavis de 36 mois, et un délai incompressible de 12 mois entre les deux étapes. Ces durées peuvent être raccourcies quand la fibre est déjà très déployée (Arcep, obligations d’Orange).
Combien de personnes sont encore concernées ? Fin juin 2026, la France comptait 3,1 millions d’abonnements internet sur le cuivre, soit 9 % du marché. La fibre en compte 28,1 millions, 85 % du total (Arcep, observatoire du marché au 2e trimestre 2026).
Le fil de cuivre ne transporte pas seulement internet. Il porte aussi la téléphonie fixe classique. Et souvent, ce qui est branché dessus : l’appel d’un ascenseur, une alarme, un terminal de paiement. La Direction générale des entreprises a publié un guide pour les sites sensibles. Ces sites peuvent dépendre du cuivre pour la téléphonie ou des « usages spécifiques ». Le guide prévient : sans migration, les services sont coupés à la date de fermeture (guide de la DGE). Une copropriété qui n’a rien anticipé peut perdre l’appel de son ascenseur. Une personne âgée peut perdre sa téléassistance.
Autre point à connaître : une box ADSL ne fonctionne pas sans électricité. L’Arcep le rappelle, et invite ceux qui ont besoin d’une alerte médicale à prévoir une batterie ou un onduleur (Arcep, questions pratiques).
Où en est vraiment le calendrier
Le 31 janvier 2025, 157 communes ont perdu le cuivre. Le 27 janvier 2026, 763 autres ont suivi, soit environ 900 000 logements, locaux professionnels et bâtiments publics selon la DGE. Au 18 octobre 2026, 931 communes et arrondissements sont techniquement coupés (calendrier consolidé).
La prochaine vague est fixée au 31 janvier 2027 : 2 148 communes dans 89 départements. Ensuite, 19 509 communes ont une date entre 2027 et octobre 2029. 14 475 sont en présélection, sans date. Le calendrier recense au total 34 877 communes, plus 45 arrondissements.
Ces chiffres viennent du calendrier d’Orange. Un jeu de données publié sur data.gouv.fr le consolide et le croise avec la part de locaux raccordables (calendrier consolidé au 18 octobre 2026 ; fichier d’origine). La raccordabilité vient de l’indicateur de l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), arrêté au 2e trimestre 2026 (indicateur de l’ANCT).
Nombre cumulé de communes et arrondissements dont le réseau cuivre est techniquement coupé, par vague. Données : calendrier d’Orange, consolidé commune par commune et croisé avec la part de locaux raccordables à la fibre (jeu de données publié sur data.gouv.fr, situation au 18 octobre 2026). 14 475 communes n’ont pas encore de date et doivent être coupées d’ici 2030. Les points sont lisibles au survol, au focus et au toucher.
Là où la fibre manque encore
J’ai croisé ce calendrier avec la raccordabilité, commune par commune. Résultat : 939 des 20 440 communes qui ont une date de fermeture technique affichent moins de 90 % de locaux raccordables. Elles rassemblent 554 855 habitants. Dans 117 d’entre elles, moins de 60 % des locaux sont raccordables, et 37 communes affichent 0 %.
Un exemple, vérifiable dans les deux fichiers. Sainte-Colombe-sur-l’Hers, 441 habitants dans l’Aude : 405 locaux, aucun raccordable à la fibre au 2e trimestre 2026. La fermeture commerciale y est fixée au 31 janvier 2027, la fermeture technique au 31 janvier 2029.
L’objection la plus forte est réelle. La France reste très couverte : 43,1 millions de locaux raccordables sur 45,1 millions, plus de 95 % (Arcep). La médiane des communes datées est de 99,9 % de locaux raccordables. Le problème n’est donc pas la moyenne nationale. Il est dans les 2 millions de locaux qui restent, et dans les communes où la date tombe avant le raccordement.
L’Arcep n’autorise pas une fermeture sans solution. Elle impose à Orange de coordonner les deux calendriers, et d’achever la fibre avant l’extinction du cuivre (Arcep, obligations d’Orange). Quand les critères ne sont pas réunis, la coupure glisse. Sur le lot 2, 66 communes ont été reportées à janvier 2027 ou à janvier 2028 (Avicca, 7 janvier 2026).
Le sujet est devenu politique. Réunis à Pau les 7 et 8 octobre, les acteurs de l’aménagement numérique ont annoncé une proposition de loi. L’Avicca représente les collectivités engagées dans le numérique. Elle veut imposer la complétude de la couverture fibre dans les zones très denses, aujourd’hui mal encadrées, et réclame l’égalité de traitement avec les réseaux d’initiative publique. Elle veut pousser ce texte en octobre, avec plusieurs métropoles (Localtis, 8 octobre 2026).
Les démarches à faire avant la date
Première chose : trouvez la date de votre commune. Le ministère de l’Économie propose un module de recherche par commune. L’Arcep publie une carte à l’adresse, Ma connexion internet. Orange publie sa propre carte de fermeture.
Deuxième chose : n’attendez pas le courrier. Le préavis est long, mais les derniers raccordements sont les plus lents. Raccordement d’immeuble, autorisation de copropriété, travaux de génie civil : chacun peut prendre des mois.
Troisième chose : une aide d’État existe, versée par l’Agence de services et de paiement (ASP), et plafonnée à 1 200 euros selon l’ampleur des travaux. Elle suppose une attestation d’échec de raccordement : le raccordement a échoué parce qu’il fallait des travaux dans la partie privative. Elle est réservée au propriétaire ou au locataire qui occupe le logement comme résidence principale, et le quotient familial ne doit pas dépasser 29 316 euros. Le montant est un forfait, plafonné à 400, 800 ou 1 200 euros selon les travaux décrits dans cette attestation (service-public.fr, l’aide au raccordement à la fibre ; Agence de services et de paiement).
Quatrième chose : la fibre n’est pas la seule sortie. Une box 4G ou 5G fixe, ou le satellite, suffit à certains usages. Le téléphone fixe passe alors par la box, et non plus par la prise murale.
Cinquième chose : si vous gérez un immeuble ou un local professionnel, vérifiez l’ascenseur, l’alarme et le portail. Ces lignes sont souvent sur le cuivre, et personne ne vous appellera pour vous le dire. Enfin, l’Arcep rappelle que vous restez libre de choisir votre opérateur. Le démarchage abusif se signale à la répression des fraudes.
Une décision prise au centre
Le calendrier ne dit rien des intentions d’Orange, et toute interprétation à ce sujet serait hasardeuse. Je retiens trois choses. Le réseau cuivre a été construit avec de l’argent public, du temps du monopole. Il a été vendu avec France Télécom. Aujourd’hui, une entreprise privée décide de l’ordre et de la date, sous le contrôle d’un régulateur, avec une aide de l’État. Le maire, lui, ne vote rien. La même logique se retrouve sur les noms de domaine des mairies (notre article du 17 octobre).
Ce n’est pas un scandale en soi. Entretenir deux réseaux coûte cher, et la fibre est meilleure. Mais l’ordre des choses mérite d’être dit : la décision se prend à l’Arcep, à Bercy et dans les comités d’Orange, pas dans la commune concernée. C’est une vieille histoire française : l’infrastructure se décide au centre, et le territoire s’adapte (colonie numérique, notre article du 13 octobre).
Deuxième chose : une date « au plus tard » n’est pas une promesse de fibre. C’est une échéance pour le cuivre. La différence compte pour celui qui n’est pas raccordable.
Troisième chose : le vrai risque n’est pas la fin de l’ADSL. C’est l’adresse oubliée. Les 2 millions de locaux non raccordables sont la fracture réelle, et elle ne se voit pas dans les moyennes nationales.
Et chez vous ? Votre commune a-t-elle une date de coupure, et votre adresse est-elle raccordable à la fibre ? Dites-nous ce que vous avez trouvé.



