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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

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Après le 17 octobre, le 5 novembre : la grève qui doit prouver que la rue peut encore peser

Rue de Paris au petit matin : devanture à la vitrine brisée et éclats de verre au premier plan, balai, bannière syndicale roulée et tracts sans inscription ; au centre une horloge publique et une foule vue de dos ; à droite un bâtiment institutionnel monumental aux colonnes froides.
Image éditoriale générée par IA, non documentaire.

Le 17 octobre a laissé des vitrines brisées, une mairie brûlée et 2 000 interpellations selon le ministère de l’Intérieur. Il a aussi laissé une question : que faire de cette colère ? La CGT y a répondu le 18 octobre. Elle appelle à « poursuivre » une « mobilisation pacifique », avec une date : le 5 novembre, journée de grève et de manifestation interprofessionnelle appelée par cinq organisations. La suite se jouera sur deux compteurs : le nombre de manifestants et le nombre de vitrines intactes.

Le plan

  • Une date qui ne vient pas du 17 octobre
  • Ce que la journée du 17 octobre laisse derrière elle
  • Le mot « pacifique » est un mot de stratégie
  • Ce que cela change pour vous le 5 novembre
  • Ce que je regarde

Une date qui ne vient pas du 17 octobre

La journée du 5 novembre n’est pas une conséquence des violences. Elle a été appelée le 5 octobre par la CFDT, la CGT, FO, l’Unsa et la FSU, sur les salaires, les services publics, l’emploi et l’industrie. Le mot d’ordre tient en une phrase : « Carburant, produits alimentaires, loyers, gaz, électricité… Tout augmente, sauf les salaires et les pensions » (Le JDD, 5 octobre).

La page de mobilisation de la CGT vise explicitement les budgets de l’État et de la Sécurité sociale pour 2027. Elle annonce des « grandes grèves intersyndicales dans tout le pays ». Ce n’est donc pas un mouvement né des dégâts du 17 octobre : c’est un rendez-vous déjà fixé, que les dégâts obligent à regarder autrement.

La nouveauté du 18 octobre tient au cadre, pas à la date. La CGT ne demande plus seulement une journée forte. Elle demande une mobilisation « pacifique ». Elle ajoute deux exigences au gouvernement : « arrêter de réprimer » et « répondre immédiatement aux revendications sociales » (actu.fr avec l’AFP, 18 octobre). Selon l’AFP, des organisateurs veulent « élargir le cadre de mobilisation » du 5 novembre. Ils veulent en faire « un point d’appui d’un mouvement social unitaire capable de contraindre le gouvernement ».

Ce que la journée du 17 octobre laisse derrière elle

Le ministère de l’Intérieur a compté 550 000 manifestants. La CGT en a compté 800 000. La CGT recense aussi 1 750 rassemblements ou manifestations en France. Ces chiffres ne mesurent pas la même chose : le ministère compte les défilés, la CGT compte les rassemblements, et personne ne mesure les mêmes rues. Le détail de ce comptage est dans cet article.

Manifestants le 17 octobre 2026, selon qui compte
Nombre de participants déclaré pour la journée du 17 octobre, en milliers. Deux méthodes, deux résultats : le ministère de l’Intérieur compte les défilés, la CGT compte les rassemblements. Aucun chiffre n’est mesuré par un comptage indépendant.
Ministère de l’Intérieur 550 000 CGT 800 000 Chiffres déclarés, non mesurés. Écart : 250 000 manifestants, soit 45 % de plus pour la CGT. La CGT recense par ailleurs 1 750 rassemblements ou manifestations sur la journée. Source : ministère de l’Intérieur et CGT, 17 et 18 octobre 2026.


Derrière les chiffres, il y a un bilan matériel. La mairie de Limoges a brûlé. Des commerces ont été pillés, 1 500 commerces touchés selon les fédérations, et l’État n’a toujours pas publié de chiffrage. Le ministère de l’Intérieur annonce 2 000 interpellations. La conférence des présidents de l’Assemblée examine mardi 20 octobre une proposition de commission d’enquête sur le maintien de l’ordre. Le président de la République devait s’exprimer à 20 heures, le 18 octobre.

Le mot « pacifique » est un mot de stratégie

« Pacifique » n’est pas un adjectif de circonstance. C’est une condition de force. Un mouvement qui pille perd l’opinion, et un gouvernement n’a pas besoin de répondre à des revendications quand il peut répondre à des exactions. Les syndicats le savent : leur pouvoir se mesure à leur capacité à représenter et à négocier.

La CGT a donc intérêt à une foule massive, ordonnée et comptable. Elle a moins intérêt au désordre, qui la marginalise au profit de groupes qu’elle ne contrôle pas. Je ne lui prête pas cette intention. Je constate que ses mots d’ordre du 18 octobre vont dans ce sens. Elle demande au gouvernement de cesser de « réprimer » plutôt que de céder sur le fond.

Le gouvernement, de son côté, a choisi le terrain de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur a demandé des « déblocages systématiques » dès le 16 octobre (franceinfo, 16 octobre). Le bilan des interpellations est devenu un argument politique. La commission d’enquête mettra de son côté la doctrine policière sur la table. Le 5 novembre dira qui a gagné ce bras de fer : ceux qui comptent les manifestants, ou ceux qui comptent les voitures brûlées.

Ce que cela change pour vous le 5 novembre

Une journée interprofessionnelle touche d’abord les services. Les syndicats de la SNCF appellent à une « grève unitaire » le 5 novembre (Le Parisien, 15 octobre). La CFTC a déposé un préavis dans le secteur sanitaire et social. La FSU, qui appelle à la journée, est présente dans l’éducation. Transports, écoles, hôpitaux : les perturbations dépendront des préavis et des plans de transport publiés dans les jours qui précèdent.

Rien n’est encore connu avec certitude sur l’ampleur. Les opérateurs publient leurs prévisions la veille ou l’avant-veille. La seule chose certaine est la date : jeudi 5 novembre.

Cette grève arrive sur un arriéré de hausses déjà décidées. Le prix repère du gaz augmente de 6,6 % au 1er novembre. Les pensions au-dessus de 1 260 euros seront revalorisées par décret, pas par la loi. Les carburants dépassent 2 euros le litre depuis septembre. Ce sont ces hausses, plus que les discours, qui rempliront ou videront les cortèges.

Mais une grève ne vote pas un budget. Le budget 2027 est encore en discussion. Le vote solennel de sa première partie est prévu mardi 20 octobre. Le vote sur l’ensemble du texte est fixé au 17 novembre, avant l’examen par le Sénat. La journée du 5 novembre tombe au milieu de ce parcours. La rue peut peser sur les choix qui restent ouverts : la revalorisation des pensions, la fiscalité des plus-values, les crédits des services publics. Elle ne signe ni les décrets ni les lois.

Ce que je regarde

Je regarde le 5 novembre avec deux questions. La première est numérique : les organisateurs peuvent-ils faire mieux que le 17 octobre, sans les débordements qui ont occupé l’espace ? La seconde est politique : le gouvernement peut-il encore répondre autre chose que l’ordre public ?

Mon avis est que la journée sera jugée sur ces deux points, et que le second compte plus que le premier. Une foule nombreuse et calme oblige à parler des salaires. Une foule nombreuse et violente oblige à parler des CRS. Les organisateurs le savent, et c’est pourquoi ils ont placé le mot « pacifique » au centre de leur appel.

L’objection la plus forte à ce que j’écris est simple : le calme n’a pas suffi. En 2023, des millions de manifestants ont défilé sans saccager les villes, et le gouvernement a passé la réforme des retraites en force. Une foule immense et disciplinée peut donc perdre aussi. Je le concède : le nombre et le calme ne garantissent rien. Ils changent seulement la nature du rapport de force, en obligeant le gouvernement à répondre sur le fond plutôt que sur l’ordre.

Il reste une question que le 5 novembre ne tranchera pas : qui décide, de la rue ou du Parlement ? La Constitution a une réponse. La politique en a une autre. Le pays vit avec les deux depuis des années, et il paie cette confusion en légitimité.

Images de la manifestation du 17 octobre à Valenciennes (AFP, 1 min 9). La séquence est antérieure à l’appel du 18 octobre : elle montre la journée dont le 5 novembre doit tirer la suite.

Et vous, que faudrait-il voir le 5 novembre pour que cette journée change quelque chose dans votre vie ?

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La rédaction de L’Esprit Français

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La rédaction de L’Esprit Français, journal indépendant d’actualité et d’analyses. Directeur de la publication : Jacques Bigote.

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