L’Assurance maladie a consacré 19,7 milliards d’euros en 2025 à la prise en charge à 100 % des soins liés aux affections de longue durée (ALD), selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 7 octobre 2026. En dix ans, la facture a progressé de 72 % en euros courants, presque deux fois plus vite que l’ensemble de la dépense de santé. Derrière ce chiffre, un partage : le dispositif protège massivement les malades chroniques au cœur de leur protocole, tandis que l’effort d’économie sur les soins courants a été porté ailleurs, et que 171 médicaments sont sortis, depuis le 1er octobre 2026, de la prise en charge à 100 %.
Une facture qui progresse plus vite que la dépense de santé
Le dispositif des affections de longue durée permet à un assuré atteint d’une maladie chronique grave (cancer, diabète, insuffisance cardiaque, affection psychiatrique durable) d’être exonéré du ticket modérateur, c’est-à-dire de la part des frais habituellement laissée à sa charge ou à celle de sa complémentaire, pour les soins liés à cette pathologie. L’étude de la Drees (Études et Résultats n° 1388) chiffre cette exonération à 19,7 milliards d’euros en 2025, contre 11,5 milliards en 2015, soit une hausse de 8,2 milliards d’euros, ou 72 % en euros courants.
Le rythme mérite d’être comparé. L’exonération a augmenté en moyenne de 5,5 % par an, quand la dépense courante de santé progressait de 3,4 % par an, soit 40 % sur la période, selon la même étude. À elle seule, la prise en charge des ALD représente désormais 10,4 % de la dépense remboursable et 5,6 % de la dépense globale de santé. Le coût moyen de cet allègement s’établit à environ 1 300 euros par bénéficiaire pour l’année 2025.
En 2025, 15 millions de personnes étaient en ALD, soit 22 % des assurés du régime obligatoire. Elles concentrent 67 % des 189 milliards d’euros de dépenses de santé remboursables de l’Assurance maladie. La dépense par assuré est ainsi sept fois plus élevée pour elles que pour les autres, en partie du fait de leur âge moyen plus élevé. L’essentiel se joue sur un petit nombre de pathologies : trois groupes (maladies cardiovasculaires, 3,9 milliards d’euros pour 4,2 millions de personnes ; diabète, 3,8 milliards pour 4 millions ; cancers, 3,8 milliards pour 2,8 millions) absorbent près de 60 % de l’enveloppe. Les affections psychiatriques de longue durée pèsent 1,1 milliard d’euros pour 1,8 million d’assurés.
Ce que le dispositif protège réellement
La Drees mesure un dispositif dont le principe reste la protection. Le taux moyen de remboursement des assurés en ALD atteignait 89,7 % en 2025, contre 89,5 % en 2015 : sur dix ans, la couverture des malades chroniques est restée stable. Le reste à charge provient des franchises médicales, des forfaits hospitaliers et des dépassements d’honoraires, qui subsistent même lorsque le soin est pris en charge à 100 % de la base. Le 100 % ALD ne porte d’ailleurs que sur les soins en rapport avec la pathologie reconnue, inscrits dans le protocole de soins, et non sur l’ensemble des soins d’un patient.
La hausse de la facture ne tient donc pas à un élargissement de la liste des pathologies prises en charge, qui est restée stable. Elle est portée, indiquent les auteurs de l’étude, par « le vieillissement de la population, la hausse de la prévalence des maladies chroniques et le coût des traitements ». Leur décomposition distingue les facteurs démographiques et épidémiologiques, notamment le vieillissement et la prévalence des ALD à âge constant, des facteurs médico-économiques, liés au coût moyen des traitements, aux innovations thérapeutiques et à la survie des patients.
L’effort d’économie repose sur les autres assurés
Le chiffre le moins repris de l’étude est un écart de taux. Pour les assurés sans ALD, qui représentent 78 % de la population couverte, le taux moyen de remboursement est passé de 62,2 % en 2015 à 58,9 % en 2025, soit une baisse de 3,4 points. Les deux tiers de cette dégradation sont intervenus en 2024, sous l’effet des baisses de taux de remboursement, puis du doublement des franchises et des participations forfaitaires.
Autrement dit, la modération des dépenses courantes de santé a été obtenue d’abord sur les soins des assurés ordinaires, et non sur le dispositif ALD lui-même, dont la protection a été maintenue. La souscription d’une complémentaire santé devient d’autant plus déterminante pour financer les soins du quotidien, et le partage entre Sécurité sociale, complémentaire et ménage s’en trouve déplacé.
Depuis le 1er octobre, 171 médicaments ne sont plus pris en charge à 100 %
La marge du dispositif, elle, a bougé. Un décret du 16 avril 2026 (n° 2026-285), publié au Journal officiel le 17 avril, supprime l’exonération du ticket modérateur dont bénéficient les patients en ALD pour les médicaments classés à service médical rendu (SMR) faible. Depuis le 1er octobre 2026, ces spécialités sont remboursées au taux de droit commun de 15 %, même lorsqu’elles sont prescrites dans le cadre de la pathologie reconnue.
Le nombre de 171 spécialités concernées circule largement, à partir de décomptes relayés par la presse professionnelle ; le décret, lui, ne comporte pas de liste nominative et s’appuie sur la classification de la Haute Autorité de santé. Figurent parmi ces produits des références courantes comme le Spasfon, le Gaviscon, le Dexeryl ou le Valium. Le reste à charge peut atteindre 85 % du prix, avant intervention de la complémentaire. Or les contrats dits responsables, qui constituent l’essentiel du marché, ne sont pas tenus de couvrir les médicaments remboursés à 15 % et à 30 %, sauf mention explicite dans le tableau de garanties. La charge dépend donc du contrat de chacun. Deux exceptions notables : les titulaires d’une rente d’accident du travail ou de maladie professionnelle conservent la prise en charge à 100 %, et les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire restent couverts.
Le cœur du protocole n’est pas touché. Les traitements de fond, les consultations et les examens liés à l’affection continuent d’être pris en charge à 100 %. La mesure vise la marge du protocole, ce qui la rend supportable pour la plupart des patients mais sensible pour les personnes polymédiquées dont l’ordonnance inclut plusieurs de ces produits.
À retenir
- La prise en charge à 100 % des soins liés aux affections de longue durée a coûté 19,7 milliards d’euros à l’Assurance maladie en 2025, en hausse de 72 % en euros courants depuis 2015, selon l’étude de la Drees publiée le 7 octobre 2026.
- 15 millions de personnes sont en ALD, soit 22 % des assurés, et concentrent 67 % des dépenses remboursables ; trois groupes de pathologies (cardiovasculaires, diabète, cancers) absorbent près de 60 % de l’enveloppe.
- La protection des malades chroniques est restée stable (taux de remboursement de 89,7 % en 2025, contre 89,5 % en 2015), tandis que celle des assurés sans ALD a reculé de 3,4 points, à 58,9 %.
- Depuis le 1er octobre 2026, un décret retire l’exonération ALD sur 171 médicaments à service médical rendu faible, remboursés à 15 % au lieu de 100 % ; la prise en charge du ticket dépend alors du contrat de complémentaire.
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Question aux lecteurs
Pour maîtriser la dépense de santé, où l’effort devrait-il porter en priorité ?
Sondage sans valeur représentative : il reflète l’avis des lecteurs qui choisissent d’y répondre, et non celui de la population française.
Pour aller plus loin
- Drees, « 20 milliards d’euros consacrés à la prise en charge à 100 % des ALD en 2025 », Études et Résultats n° 1388, 7 octobre 2026
- Les affections longue durée ont coûté près de 20 milliards d’euros à l’Assurance-maladie en 2025 (Le Monde, 7 octobre 2026)
- Le coût de la prise en charge des maladies chroniques a bondi de 72 % en dix ans (Les Échos, 7 octobre 2026)
- ALD : ce qui change le 1er octobre pour les médicaments à 15 % (Le Moniteur des pharmacies, 7 octobre 2026)
- Rapport « Charges et Produits pour 2026 » de l’Assurance maladie (Cnam)
Méthode : le fait central, la publication le 7 octobre 2026 de l’étude de la Drees sur le coût du dispositif ALD en 2025 (Études et Résultats n° 1388), est établi par la source primaire (Drees, services statistiques des ministères sociaux) et par des reprises réellement distinctes : Le Monde (avec l’AFP), Les Échos et Le Moniteur des pharmacies. Le second fait, l’entrée en vigueur le 1er octobre 2026 de la suppression de l’exonération ALD sur les médicaments à service médical rendu faible, provient du décret n° 2026-285 du 16 avril 2026 et de sa reprise par la presse professionnelle. Réserves : le nombre de 171 spécialités provient de décomptes professionnels, le décret ne comportant pas de liste nominative ; le reste à charge réel dépend du contrat de complémentaire ; la hausse du coût des ALD tient d’abord à des facteurs démographiques et médico-économiques, non à un élargissement de la liste des pathologies ; la dépense de 19,7 milliards d’euros ne mesure que l’exonération du ticket modérateur, et non l’ensemble des soins des patients en ALD.



