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De la surface des faits à la profondeur des idées

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Un policier détaché auprès des Bleus mis en examen : l’argent privé dans une fédération publique

Un policier détaché auprès des Bleus mis en examen : l’argent privé dans une fédération publique
Un policier détaché auprès des Bleus mis en examen : l’argent privé dans une fédération publique

Un commandant de police chargé de la sécurité de l’équipe de France de football pendant vingt ans a été mis en examen le 16 septembre 2026 pour corruption, trafic d’influence, recel de détournement de fonds publics, escroquerie et blanchiment de fraude fiscale. Le dossier est né d’un don de 60 300 euros reçu de Kylian Mbappé après le Mondial 2022, signalé à Tracfin par une banque. Depuis, le périmètre s’est élargi : des perquisitions ont visé la Fédération française de football, et L’Équipe a publié ce jeudi 1er octobre de nouveaux éléments. Le fait est judiciaire ; le mécanisme qu’il expose est institutionnel.

Ce que dit la procédure, et ce qu’elle ne dit pas

Mohamed Sanhadji, 57 ans, commandant de police, a assuré de 2004 à décembre 2025 la sécurité et la liaison de l’équipe de France de football, comme fonctionnaire détaché auprès de la Fédération française de football (FFF). Selon le parquet de Paris, il a été mis en examen le 16 septembre après une garde à vue, pour « recel de détournement de fonds public, corruption active de personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence actif sur personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence passif par personne dépositaire de l’autorité publique, trafic d’influence international passif, corruption passive par personne dépositaire de l’autorité publique, escroquerie et blanchiment de fraude fiscale ».

Son contrôle judiciaire lui interdit d’entrer en relation avec les joueurs des sélections nationales actuelles et passées, le staff et les sélectionneurs de l’équipe de France, les présidents et personnels de la FFF, ainsi qu’avec les directeurs et sous-directeurs de la Direction centrale des compagnies républicaines de sécurité depuis 2011. Il ne peut pas, sans autorisation d’un magistrat, se rendre au siège de la fédération, à Clairefontaine, au Stade de France ou au Parc des Princes. Il lui est également interdit d’exercer une activité dans la police nationale et dans le sport professionnel, et un cautionnement de 80 000 euros lui a été imposé.

Une mise en examen n’est pas une condamnation. La présomption d’innocence s’applique intégralement : l’instruction est en cours, les qualifications retenues par les juges sont des hypothèses pénales examinées à charge et à décharge, et l’issue du dossier est inconnue. Selon les éléments rapportés par la presse spécialisée, l’intéressé conteste toute interprétation publique du dossier et réserve ses déclarations à la justice.

Une alerte bancaire, puis la justice

L’affaire commence par un signalement financier. En juillet 2024, selon Le Monde, Le Figaro et RTL, un établissement bancaire signale à Tracfin, la cellule de renseignement financier de Bercy, des mouvements atypiques. Le Canard enchaîné, qui a révélé l’existence du don en juillet 2025, évoque 180 300 euros versés en chèques par Kylian Mbappé à cinq policiers des CRS chargés de la sécurité de l’équipe de France après le Mondial 2022 : quatre d’entre eux auraient reçu 30 000 euros chacun, leur commandant 60 300 euros, somme perçue par Mohamed Sanhadji en juin 2023.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) ouvre une enquête, puis le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour travail dissimulé et blanchiment de fraude fiscale, confiée à la division nationale d’investigations de l’IGPN. L’entourage de Kylian Mbappé affirme que tout a été fait « dans le respect des règles » et sans contrepartie, le joueur reversant l’intégralité de ses primes ; l’un des avocats des policiers concernés a soutenu que le versement « était licite ». Le joueur n’est pas visé par une poursuite pénale à ce stade.

Sur le plan disciplinaire, Mohamed Sanhadji est sanctionné pour ne pas avoir informé sa hiérarchie de ce don : il quitte la police nationale par une mise à la retraite anticipée, présentée comme une sanction rare et lourde, à la fin de l’année 2025.

De la police à la fédération

Le point qui dépasse le cas individuel est la suite. Après son départ de la police, Mohamed Sanhadji est recruté par la FFF, selon Le Monde et Le Figaro, et poursuit sa mission auprès des Bleus. Il figure encore dans le staff du nouveau sélectionneur Zinédine Zidane, en charge de la logistique et de la sécurité, lorsque la mise en examen est révélée en septembre 2026.

La FFF est une association reconnue d’utilité publique, délégataire d’une mission de service public au titre du sport. Elle réagit par la voix d’une source fédérale citée par l’AFP : « La Fédération ne commente pas une procédure judiciaire en cours, mais en tirera les conséquences vis-à-vis de l’intéressé et va se porter partie civile. » Selon la presse spécialisée, la fédération se retrouve sans officier de liaison remplaçant pour les prochaines échéances de l’équipe de France.

Selon le Canard enchaîné, rapporté par la presse spécialisée, la Direction générale de la police nationale s’interrogeait aussi sur son statut : un détachement auprès de la fédération de l’ordre de quatre-vingts jours par an, alors qu’il continuait de percevoir son traitement de fonctionnaire. Cet élément relève de l’enquête administrative et n’a pas été confirmé publiquement par l’administration.

Ce que l’enquête de L’Équipe ajoute ce jeudi

L’enquête de L’Équipe publiée ce jeudi 1er octobre 2026 élargit le périmètre. Selon le quotidien, Mohamed Sanhadji a obtenu plus de 300 000 euros auprès d’une quinzaine d’internationaux entre 2020 et 2024, sous forme de prêts et d’avantages. Les prêts documentés atteindraient 215 000 euros : 120 000 euros prêtés par Kylian Mbappé par l’intermédiaire de sa mère, Fayza Lamari, 20 000 euros par Raphaël Varane, 20 000 par Sabri Lamouchi, 20 000 par Laurent Blanc, 15 000 par Yann M’Vila et 7 500 par Mattéo Guendouzi. S’y ajouteraient des avantages en nature, dont des frais dentaires pris en charge par Fayza Lamari, un séjour en Sicile offert par Franck Ribéry après une aide administrative à ses proches, et un accueil au Maroc chez Jamel Debbouze après une place obtenue pour son fils dans un stage à Clairefontaine.

Selon le quotidien, ces sommes auraient été sollicitées en invoquant l’achat de sa résidence principale, alors que des écoutes suggéreraient un projet d’investissement locatif. L’enquête rapporte également des perquisitions, notamment au siège de la FFF et au domicile de Fayza Lamari, qui ne fait l’objet d’aucune poursuite à ce stade, ainsi qu’une phrase attribuée à l’intéressé fin 2024 : « Si ça sort, ça sera ma fin ».

Ces éléments proviennent d’une enquête de presse et du dossier d’instruction. Ils ne sont pas établis et n’ont pas été débattus contradictoirement devant une juridiction. Ils ne doivent pas être lus comme des faits jugés.

Don, avantage ou rémunération : ce que dit le droit

Les qualifications retenues par le parquet renvoient au devoir de probité des agents publics. L’article 432-11 du code pénal punit de dix ans d’emprisonnement et de 1 000 000 euros d’amende, montant pouvant être porté au double du produit de l’infraction, le fait pour une personne dépositaire de l’autorité publique de « solliciter ou d’agréer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques » pour elle-même ou pour autrui, y compris pour abuser de son influence.

Le cœur du sujet n’est donc pas la générosité d’un donateur, mais la position de celui qui reçoit. Un agent public ne peut accepter un avantage lié à l’exercice de ses fonctions, et l’absence de déclaration à la hiérarchie constitue en elle-même un manquement disciplinaire, ce qu’a acté la sanction de décembre 2025. Le donateur n’est pas partie à cette règle : c’est le destinataire, dépositaire d’une parcelle d’autorité publique, qui engage sa responsabilité.

Un agent public, une fédération, de l’argent privé

Le dossier éclaire une zone grise du sport français. Une fédération délégataire de service public travaille au quotidien avec des fonctionnaires mis à sa disposition, souvent pour des missions sensibles : sécurité, liaison avec le ministère de l’Intérieur, protection des joueurs. Ces agents demeurent payés par l’État, mais évoluent dans un environnement où circulent des rémunérations privées sans commune mesure avec le traitement public, entre droits télévisuels, primes de joueurs et avantages en nature. Le sport professionnel demandait d’ailleurs, ce même jeudi, au président de la République de renoncer au projet gouvernemental de doublement de la TVA sur la télévision payante, son principal financeur.

Deux questions en découlent, distinctes. La première est la prévention : qui vérifie qu’un fonctionnaire placé auprès d’une fédération ne reçoit rien des acteurs qu’il encadre ? La seconde est le contrôle à l’embauche : après avoir été mis à l’écart par sa hiérarchie policière, l’intéressé a été recruté par la fédération elle-même.

Il faut noter, à l’inverse, que la chaîne d’alerte a fonctionné : c’est une banque qui a signalé les mouvements à Tracfin, puis l’IGPN et le parquet de Paris qui ont été saisis. La question ouverte n’est donc pas l’absence de dispositif, mais sa portée et sa rapidité.

À retenir

  • Mohamed Sanhadji, commandant de police chargé de la sécurité de l’équipe de France de football de 2004 à décembre 2025, a été mis en examen le 16 septembre 2026 pour corruption, trafic d’influence, recel de détournement de fonds publics, escroquerie et blanchiment de fraude fiscale.
  • Le point de départ est un don de 60 300 euros reçu de Kylian Mbappé en juin 2023, dans un ensemble de 180 300 euros versés à cinq policiers selon le Canard enchaîné, signalé à Tracfin par une banque en juillet 2024.
  • Sanctionné d’une mise à la retraite anticipée fin décembre 2025, il a ensuite été recruté par la FFF et figurait dans le staff de Zinédine Zidane au moment de la révélation.
  • Son contrôle judiciaire lui interdit tout contact avec l’équipe de France, la FFF et la police, ainsi que l’accès à Clairefontaine, au Stade de France et au Parc des Princes ; caution de 80 000 euros.
  • La FFF annonce qu’elle se portera partie civile. L’affaire est une instruction en cours : la présomption d’innocence s’applique et les éléments révélés par la presse ne sont pas des faits jugés.
  • Le dossier pose une question institutionnelle : un fonctionnaire mis à disposition d’une fédération délégataire de service public, dans un milieu où circulent des sommes privées.

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Question aux lecteurs

Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.

Pour aller plus loin

Le fait central, la mise en examen de Mohamed Sanhadji le 16 septembre 2026 et le contrôle judiciaire qui l’éloigne du football, s’appuie sur plusieurs origines distinctes : la communication du parquet de Paris, rapportée par l’AFP et reprise par franceinfo, Le Monde, Le Figaro et RMC Sport ; l’enquête propre de L’Équipe, qui a révélé l’affaire en septembre 2026 et publié de nouveaux éléments le 1er octobre ; la révélation initiale du Canard enchaîné en juillet 2025 sur le versement de 180 300 euros à cinq policiers, reprise par Ouest-France, et l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet de Paris pour travail dissimulé et blanchiment de fraude fiscale ; la réponse de la FFF à l’AFP. Réserves : une mise en examen n’est pas une condamnation ; les sommes, prêts et avantages rapportés par L’Équipe proviennent d’un dossier d’instruction et n’ont pas été débattus contradictoirement ; Fayza Lamari ne fait l’objet d’aucune poursuite à ce stade et Kylian Mbappé n’est pas visé par une poursuite pénale ; le détail du statut de détachement de l’intéressé est rapporté par la presse sans confirmation publique de l’administration ; l’issue de l’instruction est inconnue.

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