Les Vingt-Sept se sont accordés, vendredi 25 septembre, sur l’emploi de 6,6 milliards d’euros de la Facilité européenne pour la paix (FEP) : 4,7 milliards pour rembourser les États membres des armes livrées à l’Ukraine, 1 milliard pour des achats conjoints, 900 millions pour la mission de formation de l’Union. Ce fonds créé en 2021 est financé hors du budget de l’UE par des contributions nationales et décidé à l’unanimité — une règle qui a permis à la Hongrie de le paralyser pendant plus de trois ans. La France, qui alimente la facilité et réclamait des achats européens, fait partie des capitales qui attendent leur dû.
Ce qui a été décidé
Les États membres de l’Union européenne ont fixé vendredi 25 septembre les conditions de déblocage de 6,6 milliards d’euros de la Facilité européenne pour la paix liés à l’aide militaire à l’Ukraine. L’annonce a été faite par Kaja Kallas, haute représentante pour les affaires étrangères, et rapportée par l’agence Reuters ; l’accord clôt près de quatre mois de négociations, ouvertes par la levée du veto hongrois au début du mois de juin.
Selon la répartition annoncée, l’enveloppe se compose de trois postes :
- 4,7 milliards d’euros pour rembourser les États membres des armes qu’ils ont livrées à Kyiv — un peu plus de 70 % de la somme ;
- 1 milliard d’euros pour de nouveaux achats conjoints d’équipements ;
- 900 millions d’euros pour la mission d’assistance militaire de l’Union en soutien à l’Ukraine (EUMAM Ukraine), qui forme des soldats ukrainiens.
Les 1,9 milliard d’euros restants financent donc directement la formation et l’équipement des forces ukrainiennes. Le calendrier n’est pas anodin : ce même vendredi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a averti que le déficit du budget de son ministère de la Défense menaçait les livraisons de drones, rapporte Euronews.
Une précision de vocabulaire s’impose : sur ce volet, il ne s’agit pas d’argent nouveau versé à Kyiv, mais du remboursement partiel de livraisons déjà effectuées. Plusieurs capitales ont annoncé qu’elles reverseraient leur part à l’Ukraine ; d’autres ne l’ont pas dit.
Un fonds hors budget, alimenté par les États
La Facilité européenne pour la paix a été créée en mars 2021. Elle est financée en dehors du budget de l’Union, par des contributions des États membres réparties selon une clé fondée sur le revenu national brut, et son plafond a été relevé à plusieurs reprises : plus de 17 milliards d’euros couvrent désormais la période 2021-2027, après les hausses de mars 2023 (+2,29 milliard), de juin 2023 (+4,06 milliards) et de mars 2024 (+5 milliards, consacrés à un Fonds d’assistance à l’Ukraine dédié).
Deux traits de ce montage expliquent la suite. D’abord, l’argent vient des budgets nationaux, non de la procédure budgétaire européenne. Ensuite, toute décision relative à la facilité exige l’unanimité des Vingt-Sept : un seul gouvernement peut donc bloquer les paiements de tous les autres.
Le mécanisme, lui, est simple dans son principe : la facilité rembourse aux États une partie des armes qu’ils livrent à des pays tiers. Pour l’Ukraine, cette part est d’environ 40 % de la valeur des armes envoyées depuis les stocks nationaux, selon Politico. Au total, 11,1 milliards d’euros ont été alloués via la facilité au soutien à l’Ukraine entre 2022 et 2024, auxquels s’ajoutent les 5 milliards du Fonds d’assistance à l’Ukraine ; la facilité a par ailleurs acheminé 3,4 milliards d’euros de revenus issus des avoirs russes immobilisés, selon la fiche de référence du Conseil de l’Union européenne.
Ce modèle est en évolution : la décision de mars 2024 a prévu que le remboursement des dons des États — stocks, achats unilatéraux ou conjoints — soit limité après une période de transition. La facilité n’est pas un stock d’armes, mais un canal de remboursement partiel, dont le Conseil a rappelé qu’il cohabite désormais avec d’autres instruments, notamment un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine pour 2026-2027 financé par un emprunt de l’Union adossé au budget de l’UE.
Ce que la France paie, ce qu’elle attend
La France est à la fois contributrice au fonds et fournisseur d’armes. Sa fiche officielle indique 2,615 milliards d’euros d’équipements militaires livrés à l’Ukraine jusqu’au 31 décembre 2023, et une contribution de 1,2 milliard d’euros à la Facilité européenne pour la paix à cette même date. Le rapport annuel du ministère des Armées présenté en septembre 2025, consulté par Les Échos, évalue l’effort français depuis 2022 à 8,6 milliards d’euros, dont 2,3 milliards de contribution à la facilité.
Pendant la négociation, Paris a soutenu une répartition équilibrée et demandé que les achats conjoints portent exclusivement sur des équipements européens, selon le Kyiv Post ; l’Allemagne, présentée par le même média comme le premier contributeur de la facilité, plaidait pour que l’argent aille à l’Ukraine. L’accord de vendredi retient les trois postes de dépense.
Une limite importante : aucun document du Conseil publié au moment de la rédaction ne détaille la répartition des 4,7 milliards entre États. Le montant que la France récupérera n’est donc pas public, pas plus que son solde net — ce qu’elle verse au fonds comparé à ce qu’elle se fait rembourser, sur des périmètres et des années qui ne se recouvrent pas exactement.
L’effort français est d’ailleurs contesté par une partie des évaluations internationales. En mars 2024, l’institut allemand Kiel plaçait les dons bilatéraux français à 0,64 milliard d’euros, loin derrière l’Allemagne (17,7 milliards) et le Danemark (8,4 milliards) ; Paris contestait la méthode et évaluait ses livraisons à 2,61 milliards. Deux chiffres, deux périmètres, un désaccord non tranché : la comparaison internationale des efforts doit être lue avec cette réserve.
Trois ans de blocage hongrois
Le blocage datait de mai 2023. Le gouvernement de Viktor Orbán avait opposé son veto en réaction à l’inscription par Kyiv de la banque hongroise OTP sur la liste des « sponsors internationaux de la guerre ». Les décisions relatives à la facilité exigeant l’unanimité, le dispositif s’est arrêté : 6,6 milliards d’euros déjà affectés au soutien à l’Ukraine sont restés gelés, et le Service européen pour l’action extérieure a exploré une option de non-participation hongroise pour contourner le veto.
La sortie de crise est politique. Après la victoire de Péter Magyar aux élections hongroises d’avril 2026, le nouveau gouvernement a levé la réserve au début du mois de juin — une décision annoncée par l’ambassadeur de Hongrie au Comité politique et de sécurité de l’UE, selon Politico. « Nous avons un nouveau ministre hongrois, ce qui veut aussi dire que nous allons de l’avant avec le déblocage des 6,6 milliards », déclarait alors Kaja Kallas, avant une réunion des ministres de la Défense à Nicosie. Il aura fallu près de quatre mois supplémentaires pour fixer l’emploi exact de l’enveloppe.
La leçon est institutionnelle : dans un fonds intergouvernemental décidé à l’unanimité, la politique intérieure d’un seul État membre pèse sur le calendrier des remboursements de tous les autres.
Ce que l’accord ne règle pas
- Le détail par État manque. Aucun communiqué du Conseil de l’UE n’accompagnait l’annonce au moment de la rédaction ; les montants annoncés proviennent de déclarations de la haute représentante relayées par plusieurs rédactions.
- Un remboursement n’est pas une dépense pour l’Ukraine. Il assainit les budgets des pays qui ont livré. Si une capitale conserve sa part, l’effet sur Kyiv est nul sur ce volet. Varsovie réclamerait ainsi environ 450 millions d’euros pour ses livraisons, selon la radio polonaise RMF24.
- Le rythme des livraisons reste la variable déterminante. Sous la facilité, les États membres ont livré pour plus de 50 milliards d’euros d’équipements militaires à l’Ukraine, selon les chiffres clés de la défense 2026 du ministère des Armées. Le déblocage règle une ardoise, il ne décide pas de ce qui sera livré demain.
À retenir
- 6,6 milliards d’euros : enveloppe de la Facilité européenne pour la paix dont l’emploi a été fixé le vendredi 25 septembre 2026.
- 4,7 milliards : remboursements aux États membres, soit un peu plus de 70 % de la somme ; 1 milliard d’achats conjoints et 900 millions pour la formation complètent l’enveloppe.
- Environ 40 % : part de la valeur des armes livrées depuis les stocks nationaux que la facilité rembourse, selon Politico.
- 2,3 milliards d’euros : contribution française à la facilité, d’après le rapport annuel du ministère des Armées présenté en septembre 2025.
- Mai 2023 – juin 2026 : période de blocage par le veto hongrois, levé après l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar.
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Question aux lecteurs
Ce sondage recueille l’avis des lecteurs de L’Esprit Français et ne constitue pas une enquête représentative de la population.
Pour aller plus loin
- Conseil de l’Union européenne — Facilité européenne pour la paix (fiche de référence)
- Conseil de l’UE — Fonds d’assistance à l’Ukraine : 5 milliards d’euros sous la facilité (18 mars 2024)
- Politico — La Hongrie lève son veto sur les remboursements de l’aide militaire à l’Ukraine
- Euronews — Les pays de l’UE débloquent 6,6 milliards d’euros d’aide militaire (25 septembre 2026)
- TVP World, d’après Reuters — EU members agree to release €6.6bn (25 septembre 2026)
- Le Figaro avec l’AFP — 4,7 milliards rendus aux États membres après des années de blocage (25 septembre 2026)
- Ministère des Armées — Équipements militaires français livrés à l’Ukraine (données au 31 décembre 2023)
Le fait central — l’accord des États membres, le 25 septembre 2026, sur l’emploi de 6,6 milliards d’euros de la Facilité européenne pour la paix, dont 4,7 milliards de remboursements — repose sur l’annonce publique de la haute représentante et sur des origines distinctes : Politico (sourçage diplomatique sur le Comité politique et de sécurité et sur le taux de remboursement), Euronews, Reuters (relayé par TVP World), l’AFP via Le Figaro, ainsi que sur le cadre institutionnel publié par le Conseil de l’UE et sur les chiffres du ministère des Armées pour la part française. Réserves : aucune décision ni communiqué du Conseil n’était publié à l’heure de la rédaction ; les montants annoncés sont ceux de la haute représentante ; la répartition des 4,7 milliards entre États n’est pas publique ; le taux d’environ 40 % provient de Politico ; les comparaisons internationales d’effort, contestées par Paris, sont attribuées à l’institut Kiel ; les intentions de reversement à l’Ukraine sont des annonces de capitales, pas des versements constatés.




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