En bref. Des contractuels de l’Éducation nationale ont travaillé tout le mois de septembre 2026 sans être payés. À Paris, plus de 90 assistants d’éducation n’avaient reçu ni salaire ni acompte au 5 octobre ; le rectorat a versé des acomptes à 80 % du salaire. Dans l’enseignement agricole, la paie de septembre est annoncée pour le 28 octobre, 57 jours après le premier jour de service.
Personne ne conteste le service fait : les élèves ont eu leurs cours. Ce qui manque, c’est le virement. Et quand la paie arrive, elle est amputée : un acompte, une aide exceptionnelle, un fonds de secours. L’administration ne nie pas sa dette. Elle paie plus tard, et demande à ceux qu’elle n’a pas payés de remplir un dossier pour manger.
- Ce que les pièces établissent.
- Pas de contrat signé, pas de paie.
- 34 jours, 38 jours, 57 jours.
- Une panne qui dure.
- Ce qui est dû.
- Ce qui reste incertain.
Ce que les pièces établissent
À Paris, le SNES-FSU publie le 7 octobre 2026 un constat chiffré : plus de 90 assistants d’éducation n’avaient reçu « ni salaire ni acompte » jusqu’au lundi précédent, le 5 octobre. Le rectorat répond que la situation est « totalement réglée » par des acomptes à 80 % du salaire, et fait savoir qu’un secours exceptionnel de 300 euros, non remboursable, peut être demandé. (SNES-FSU Paris, 7 octobre 2026)
À Marseille, le SNETAP-FSU décrit le 9 octobre 2026 un cas précis : une contractuelle à 50 % au lycée agricole des Calanques, sans rémunération depuis le 1er septembre 2026. Son contrat lui a été envoyé le 5 octobre à 11 h 26, sur son adresse personnelle, sans qu’aucun canal ne la prévienne. L’aide alimentaire proposée est conditionnée au revenu du couple, qui dépasserait un plafond de 1 200 euros. (SNETAP-FSU PACA, 9 octobre 2026)
Au plan national, la même fédération écrit le 7 octobre 2026 que de très nombreux contractuels « n’ont reçu aucune rémunération pour le mois de septembre, alors qu’ils et elles ont travaillé ». Elle ajoute que « dans le meilleur des cas » un acompte sera versé en octobre, et que certains attendent une rémunération « annoncée… au 28 octobre ». (SNETAP-FSU, 7 octobre 2026)
Pas de contrat signé, pas de paie
La règle est simple, et c’est ce qui la rend brutale. Dans l’administration, la paie ne suit pas le travail : elle suit un circuit. Il faut un contrat établi, signé, transmis au service gestionnaire, puis mandaté. Si un maillon manque, la personne travaille sans être payée. Non pas qu’on lui refuse son dû, mais parce que la machine n’a pas reçu le fichier.
Le SNETAP-FSU nomme le maillon fautif : la signature dématérialisée des contrats, « au fonctionnement erratique », vendue comme la garantie d’une meilleure gestion. La dématérialisation devait supprimer les retards, elle les a déplacés. Un tampon remplacé par un portail : quand le portail ne répond pas, personne ne signe, et personne ne paie.
Le recours croissant aux contractuels aggrave l’effet. Un titulaire dépend d’une chaîne déjà en place ; un contractuel dépend d’un acte neuf, tardif, parfois renvoyé. L’administration embauche au contrat court et dépend du même coup du circuit qui produit la panne. Même bricolage que dans les 800 postes rendus aux lycées ou les 5 milliards de prêts.
34 jours, 38 jours, 57 jours
Jours sans paie depuis le 1er septembre 2026
Jours calendaires, situations documentées par les organisations syndicales. Survolez une barre pour le détail.
Le troisième cas est une échéance annoncée, non un paiement constaté.
Une panne qui dure
Le précédent éclaire tout. En janvier 2026, la CGT Éduc’action signalait à Limoges des contractuels dont l’indemnité de fin de contrat, 10 % du brut, n’avait pas été versée. Le rectorat avait reconnu un « retard de gestion » et annoncé un paiement en novembre. Selon le syndicat, rien n’est arrivé, ni en novembre, ni en décembre. Motif : un « problème technique de la plateforme de paie ». (Flash FM, 5 janvier 2026)
Même reconnaissance, même plateforme en cause, même date de régularisation manquée, à neuf mois d’écart et dans deux académies différentes. Ce n’est pas un accident de rentrée, c’est un défaut d’exécution répété. Et il frappe toujours les mêmes : les personnels payés au plus bas, embauchés au contrat le plus court, ceux qui n’ont aucune trésorerie pour attendre.
Ma lecture est celle de la dépendance organisée. La main qui paie est au-dessus de la main qui reçoit. Quand la paie est en retard, ce n’est plus un droit qui s’exécute, c’est une faveur qui se demande. L’agente de Marseille a dû produire les revenus de son conjoint, alors que son propre salaire aurait suffi. Le guichet s’est installé entre elle et son dû.
Ce qui est dû
Le service fait ouvre droit à rémunération. C’est la contrepartie du travail, pas une générosité de l’employeur. Quatre demandes ont une base écrite.
- Un acompte sur le salaire dû, par écrit, avec la date de service et la paie manquante. À Paris, le rectorat a lui-même organisé des acomptes à 80 % : un versement partiel est donc possible.
- Le secours exceptionnel de 300 euros non remboursable, ouvert à Paris aux assistants d’éducation concernés.
- L’aide alimentaire d’urgence du fonds de secours, que le SNETAP-FSU demande de débloquer « partout, et sans délai ».
- L’indemnité de fin de contrat, 10 % du brut, due au plus tard à la fin du mois suivant la fin du contrat.
À retenir
Trois administrations, un même mois sans paie, des acomptes à 80 % au lieu de 100 %, une échéance annoncée 57 jours après le 1er septembre, et un précédent identique à Limoges en janvier 2026.
Notre lecture
Opinion de la maison, pas un fait. Un employeur privé qui paierait 57 jours après le début du service serait en infraction, et le paierait cher. L’État, lui, fixe la date. La dématérialisation n’a rien changé au droit, tout au calendrier.
Ce qui reste incertain
Aucun chiffre national n’est publié dans les pièces disponibles : ni le nombre de contractuels concernés, ni le montant total dû. Le rectorat de Paris affirme que tout est « totalement réglé » ; c’est une déclaration, non un versement vérifié. La date du 28 octobre est une échéance annoncée. Les cas connus viennent des syndicats, qui ont intérêt à les rendre visibles : cela ne les rend pas faux, mais aucun n’est confirmé par un document administratif individuel. Les pièces établissent le retard et son mécanisme, pas son ampleur.
Le budget 2027 touche aux dotations, pas à la chaîne de paie. Les collectivités, elles, découvrent la même facture de vétusté, comme le montre l’état des 87 établissements dégradés pour la rentrée du 2 novembre.



