Jean-Luc Mélenchon a présenté le 28 octobre son « pôle public bancaire ». Il promet de doubler l’investissement public et de remplacer le patron de Bpifrance. Le chiffre qui résume le projet : 40 milliards d’euros de plus grâce au Livret A, selon lui. Ce n’est pas une somme qui dort : c’est un calcul qui suppose des versements.
- Ce qu’il a annoncé, le 28 octobre.
- D’où viendraient les 40 milliards.
- Un plafond autorise, il ne remplit pas.
- Qui contrôle Bpifrance ?
- Ce que cela change pour votre Livret A.
- Ce qui reste ouvert.
Ce qu’il a annoncé, le 28 octobre
Conférence de presse, le 28 octobre, avec la députée Aurélie Trouvé. Le projet tient en 4 promesses. Doubler l’investissement du pôle financier public, de 100 à 200 milliards par an. Remplacer le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq. Relever le plafond du Livret A, de 23 000 à 30 000 euros. Créer un « livret B », bloqué 3, 5 ou 10 ans, mieux rémunéré.
Sur Bpifrance, les mots sont durs. « Le directeur de Bpifrance n’en fait qu’à sa tête parce que personne ne contrôle rien », a-t-il déclaré, selon l’Agence France-Presse. Il ajoute que sa présence « est incompatible » avec la sienne à l’Élysée. La nationalisation des banques n’est pas au programme.
D’où viendraient les 40 milliards
Relever un plafond de 7 000 euros ne rapporte rien en soi. Il faut que les gens versent. L’arithmétique du projet est simple : 40 milliards divisés par 7 000 euros, cela fait 5,7 millions de livrets remplis jusqu’au nouveau plafond.
Où en sont les Français ? La Banque de France et la Caisse des dépôts comptent 58 millions de livrets A, pour 439,6 milliards d’euros en juillet 2026. L’encours moyen est donc de 7 580 euros. Loin des 23 000 euros autorisés.
Ce que le Livret A contient, et ce qu’il pourrait contenir
Encours réel et capacité théorique si chaque livret était plein. En milliards d’euros.
Encours réel (juillet 2026) : 439,6 Md€439,6Capacité à 23 000 € : 1 334 Md€1 334Capacité à 30 000 € : 1 740 Md€1 740
Milliards d’euros, Livret A seul
FBF, d’après Banque de France et Caisse des dépôts, août 2026. Calculs de la maison.
Le plafond ajoute donc 406 milliards de capacité théorique, dix fois les 40 milliards annoncés. Ces derniers restent une hypothèse de comportement.
Un plafond autorise, il ne remplit pas
L’argent d’un livret vient du revenu des ménages, ou d’un autre placement déjà mis de côté. Dans les deux cas, ce n’est pas de l’argent neuf. C’est de l’argent qui change de place.
Le projet compare aussi un stock, les 439,6 milliards déjà placés, et un flux, 200 milliards d’investissement par an. Le premier existe. Le second dépend de ce que l’État emprunte chaque année.
Où va cet argent ? L’épargne du Livret A est centralisée à la Caisse des dépôts, qui la prête au logement social et aux collectivités. Le projet veut réorienter ce circuit vers l’industrie. Le débat porte donc sur la destination, pas sur le montant.
Un précédent éclaire le mécanisme. Le programme de 6 réacteurs EPR2 doit être financé par un prêt de 60 milliards pris sur l’épargne réglementée, à taux nul pendant le chantier. L’État paie les intérêts. Je l’ai raconté le 14 octobre : le déposant devient créancier sans le savoir.
Qui contrôle Bpifrance ?
Le reproche est précis, donc vérifiable. Bpifrance est détenue à parts égales par l’État et par la Caisse des dépôts, depuis la loi du 31 décembre 2012. Elle a un conseil d’administration et un directeur général exécutif.
La Cour des comptes a examiné la banque de 2016 à 2021. Son rapport, délibéré le 30 mars 2023, relève que « les procédures de gouvernance sont respectées ». Elle critique en revanche la lisibilité des comptes. Ce n’est pas la même accusation.
La concentration, elle, est réelle. Nicolas Dufourcq est directeur général et préside le comité exécutif. Il préside aussi Bpifrance Participations, Bpifrance Investissement et Bpifrance Assurance Export, selon la fiche de gouvernance de la banque. Un seul homme tient les 3 métiers.
Les montants donnent la mesure. Bpifrance déclare avoir injecté 72 milliards d’euros dans l’économie en 2025. Elle touche aussi des dividendes de ses participations, dont ceux de Stellantis, comme l’indique son bilan. Une banque qui prête aux petites entreprises et qui encaisse les dividendes d’un constructeur, c’est le même outil à deux étages.
« Personne ne contrôle rien » ? La formule est excessive. L’État est actionnaire, et il peut changer le directeur général s’il le décide. Ce n’est pas une impossibilité technique, mais un choix politique. Reste la vraie question : pour quoi faire.
Ce que cela change pour votre Livret A
Rien, aujourd’hui. Un candidat ne fixe pas le plafond d’un livret. Le vôtre reste à 23 000 euros, et son taux est décidé par l’exécutif. Le rendement réel, lui, est déjà négatif.
Si le projet était appliqué, 3 changements vous concerneraient. Le plafond, avec 7 000 euros de place en plus. Le taux, indexé sur l’inflation. Le « livret B », mieux rémunéré mais bloqué 3, 5 ou 10 ans.
Un point est rarement dit : un taux plus élevé se paie quelque part. Ce que le déposant gagne, l’emprunteur le paie. Or le Livret A prête au logement social, qui ne peut pas répercuter la hausse sur un locataire HLM. La charge revient au circuit public.
Ce qui reste ouvert
Le projet ne manque pas d’argent, mais de décision sur l’usage. 439,6 milliards sont déjà là, prêtés au logement social et aux collectivités. Doubler l’investissement public suppose de retirer cet argent à ces emplois, ou d’en créer davantage.
France 2030 promet 54 milliards, et 19,4 milliards restent à payer sans calendrier, selon la Cour des comptes. Avant d’ouvrir un circuit neuf, le pilotage de l’ancien reste à régler.
À regarder : la conférence de presse du 28 octobre, publiée par La France insoumise. Aucun de ces points n’est voté.
Le plafond du Livret A est un décor. Le vrai pouvoir, c’est de choisir où va l’argent déjà déposé. Relever un plafond ne crée pas un euro d’épargne : cela décide qui pourra placer plus. Remplacer un directeur général ne change pas la destination des prêts. Deux gestes différents, et un seul est un levier.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Les 40 milliards supposent 5,7 millions de livrets remplis au nouveau plafond, alors que l’encours moyen est de 7 580 euros.
- Le Livret A contient déjà 439,6 milliards, prêtés au logement social. Le débat porte sur leur destination, pas sur leur existence.



