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L’Esprit Français

De la surface des faits à la profondeur des idées

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PAC : 300 milliards promis à Luxembourg, 100 millions retirés aux régions à Paris

Salle monumentale du Conseil a Luxembourg : deux ministres face a face de part et d'autre d'une longue table de bois couverte de dossiers, un president de region au premier plan devant une carte depliee, une balance de laiton chargee d'epis a gauche, une vasque de bronze au centre, une chaise vide, et derriere la verriere un champ craquele avec un silo sous un ciel d'orage

Lundi 26 octobre, à Luxembourg, les 27 ministres de l’Agriculture ont adopté leur position sur la politique agricole commune de 2028 à 2034. Le chiffre qui accompagne la décision est de 300 milliards d’euros. Aucun euro n’a été voté : la partie financière a été écartée. La même semaine, à Paris, le gouvernement inscrivait le retrait de 100 millions aux régions qui versent les aides agricoles.

  1. Ce que les 27 ont réellement signé
  2. Ce que 300 milliards ne disent pas
  3. À Paris, 100 millions retirés pendant ce temps
  4. Ce que je crois

Ce que les 27 ont réellement signé

La position est dite partielle : elle ne traite ni les questions financières ni les questions horizontales, renvoyées au cadre financier pluriannuel 2028-2034. Ce qu’elle tranche change l’architecture de la politique la plus ancienne de l’Union, créée en 1962.

Les deux fonds agricoles, le FEAGA des aides directes et le FEADER de l’investissement rural, fusionnent. Et la PAC perd son programme propre : elle entre dans le plan national et régional de partenariat, un document unique par État qui remplacera les plans séparés de la cohésion, de la pêche, de la migration, de la sécurité et du Fonds social pour le climat. L’argent des agriculteurs s’assiéra avec celui des régions et des frontières.

Le paiement change aussi de logique : une aide au revenu par hectare, dégressive, la DABIS, ciblée vers les actifs et les petites exploitations, dont le plafonnement est renvoyé à la négociation budgétaire. Le Conseil indique une adoption à l’unanimité, sous la présidence de l’Irlandais Martin Heydon.

Ce que 300 milliards ne disent pas

Ce qui est promis, ramené à l’année

Montants annuels moyens, en milliards d’euros. Survolez une barre pour le périmètre exact.

0204060 PAC 2021-2027 : 55.2 milliards d’euros par an. 386,6 milliards d’euros sur 7 ans, soit 55,2 milliards par an. Périmètre : les deux fonds agricoles (FEAGA et FEADER).PAC 2021-202755.2 Md€/anSanctuarisé 2028-2034 : 42.9 milliards d’euros par an. Environ 300 milliards sur 7 ans, soit 42,9 milliards par an, pour le soutien au revenu et les crises. Le reste de la PAC passe dans le plan unique, dont le montant n’est pas fixé.Sanctuarisé 2028-203442.9 Md€/an Les deux périmètres ne se recouvrent pas : le second ne couvre que le soutien au revenu et les crises.

Calcul de la maison à partir du Conseil de l’UE (PAC 2021-2027 : 386,6 milliards, page officielle) et de sa note du 26 octobre 2026 (environ 300 milliards sanctuarisés, montant final à négocier). Division par 7 ans.

La Commission proposait de sanctuariser environ 300 milliards pour le soutien au revenu et les crises. Le Conseil garde le chiffre sans le voter : le montant final, écrit-il, doit être arrêté dans la négociation du budget européen. Une enveloppe sanctuarisée dans un projet n’est pas une ligne de budget. Entre les deux, il y a le Parlement, des États qui paient, des États qui reçoivent, et une règle simple : chaque milliard gagné par l’agriculture est pris ailleurs.

Le point de départ est documenté : 386,6 milliards du budget 2021-2027, soit 55,2 milliards par an, 0,34 euro par jour et par habitant, pour 7 millions de bénéficiaires. Les 300 milliards sur les 7 ans de 2028-2034 font 42,9 milliards par an. Les périmètres diffèrent, le développement rural basculant dans le pot commun. Comme je l’écrivais dès le 10 octobre sur ce budget, le chiffre ne dit pas ce que touchera un agriculteur : il dit ce qui ne sera pas partagé.

En France, la PAC 2023-2027 repose sur un peu plus de 9 milliards par an. Cette année, 5,04 milliards d’avance ont été versés du 16 au 20 octobre à 261 723 exploitations, taux relevé de 70 % à 75 % : c’est ce versement qui tient une trésorerie après un été de sécheresse. Cette agriculture importe 60 % de ses engrais.

À Paris, 100 millions retirés pendant ce temps

100 millions retirés, 350 millions perdus

En millions d’euros par an, à l’échelle de la dotation et de son effet de cofinancement.

0100200300400 Dotation de l’État aux régions : 100 millions d’euros par an. Dotation annuelle versée aux régions pour gérer le FEADER, que le projet de loi de finances 2027 supprime.Dotation de l’État aux régions100 M€Perte annoncée pour les agriculteurs : 350 millions d’euros par an. Effet des cofinancements : sans les 100 millions, les régions ne peuvent plus déclencher 350 millions d’aides agricoles sur une année.Perte annoncée pour les agriculteurs350 M€

Chiffres annoncés par Régions de France dans son communiqué du 15 octobre 2026, à propos de la suppression de la dotation État de 100 millions d’euros prévue par le projet de loi de finances 2027.

Le 15 octobre, le comité État-Régions a acté la mise en oeuvre nationale de la prochaine programmation : les régions gardent l’autorité de gestion pleine et entière sur une partie des mesures de 2028-2034. Dans le même communiqué, elles disent leur « vive inquiétude » : le projet de loi de finances 2027 supprime la dotation annuelle de 100 millions d’euros que l’État leur verse pour gérer le FEADER, et elles chiffrent la conséquence à 350 millions d’aides agricoles perdus sur une année.

Le mécanisme est le vrai sujet. Un fonds européen ne se verse pas seul : il exige une contrepartie nationale, assemblée par les régions. Retirer 100 millions à celui qui apporte la contrepartie ne réduit pas la dépense de 100 millions : cela bloque un montant trois fois et demie supérieur, perdu pour l’année.

La commission des finances de l’Assemblée a réagi le 22 octobre en ajoutant plus de 800 millions de crédits, dont 500 pour les fermes en difficulté, et 14 amendements revenant sur la suppression. Son président, Éric Coquerel : « c’est beaucoup des messages que nous envoyons ici », faute de séance sur la partie dépenses. Le texte part au Sénat. Un vote en commission n’est pas une loi.

Ce qui est décidé, c’est la suppression elle-même, après 1,3 milliard promis face aux crises et un plan de relance de 500 à 700 millions. L’État reprend aux régions quand Bruxelles leur confie la gestion, et après une mobilisation dont j’ai raconté les 35 centimes concédés sur l’A47.

Ce que je crois

La bataille ne porte pas sur les 300 milliards, elle porte sur le pot. Tant que l’agriculture avait son programme, un euro retiré se voyait et se discutait. Dans un plan unique, l’arbitrage se fait entre la ferme et la ligne de train. Le déplacement ne supprime pas d’argent : il supprime la trace comptable, donc la contestation possible.

Je ne crois pas à un complot bruxellois : Paris fait le même geste un cran plus bas, en reprenant la dotation qui fait travailler l’argent européen. Deux niveaux, une seule logique, celle qui préfère tenir le robinet plutôt que la terre. Un paysan qui dépend d’un versement décidé dans un budget qui n’est pas le sien n’est pas souverain.

La question ouverte n’est pas technique : en 2030, qui signera le chèque, sur quel critère, et qui pourra le contester ? Le Conseil a répondu sur la procédure, pas sur le montant.

Sud Radio. Annie Genevard explique que l’État ne peut pas compenser toutes les pertes de production et renvoie aux assurances, aux banques et aux collectivités. À regarder pour la logique exposée, celle de tout le dossier : l’aide publique comme filet, jamais comme réparation. Séquence antérieure à cet article.
À retenir

  • Le 26 octobre 2026, les 27 ministres de l’Agriculture ont adopté leur position sur la PAC 2028-2034, sans la partie financière.
  • 300 milliards sont annoncés pour le revenu et les crises, contre 386,6 pour la PAC 2021-2027 : rien n’est voté.
  • La PAC entre dans un plan national unique, avec la cohésion, la migration, la sécurité et le Fonds social pour le climat.
  • La France retire 100 millions de dotation aux régions ; elles annoncent 350 millions de pertes pour les agriculteurs.
Notre lecture

Le transfert de souveraineté n’est pas dans le montant, il est dans le contenant. Une politique qui garde son budget garde un débat public : on peut compter ce qu’elle donne, donc contester ce qu’elle donne. Fondue dans un plan unique, elle ne laisse plus de trace distincte. À Paris, la dotation retirée ne réduit pas la dépense : elle retire à l’échelon le plus proche du terrain les moyens d’engager les fonds. On ne supprime pas l’argent, on déplace le pouvoir de le distribuer.

Opinion de la maison, pas un fait.

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