Une lettre anonyme de 18 pages, reçue le 30 juin par le Centre national de gestion, diffusée les 13 et 14 septembre, après la fermeture de l’appariement. Le 23 octobre, l’Igas et l’Igésr rendent leur rapport sur les examens cliniques objectifs et structurés 2026 : pas de fraude massive, résultats maintenus. Les quelque 10 500 candidats concernés entrent en fonctions début novembre.
Plan
- Ce que le rapport conclut, et ce qu’il précise
- Une seule note pour 37 sites
- La coquille corrigée la veille
- Ce que les chiffres ne peuvent pas voir
- Les recours et le calendrier
- Mai 2027
Ce que le rapport conclut, et ce qu’il précise
Le communiqué des ministères retient une phrase : « absence de fraude massive ». Stéphanie Rist et Philippe Baptiste avaient saisi les inspections le 15 septembre, au lendemain de la diffusion de la lettre. Le
rapport définitif va plus loin, et plus prudemment : le caractère organisé d’une fraude massive « n’est, en l’état, absolument pas démontré », mais « ce constat ne permet pas d’exclure des manquements ponctuels et très limités ». Une seule des deux phrases figure dans l’annonce.
La mission dit aussi son cadre : pas de pouvoir d’enquête, ni saisie, ni accès au groupe Telegram cité, ni témoignage direct. Une veille numérique ne voit pas un groupe privé éphémère : l’absence d’alerte ne prouve pas l’absence d’échanges.
Une seule note pour 37 sites
Dix stations de 8 minutes sur 2 jours, un binôme d’examinateurs par station dont l’un vient d’une autre université, un seuil de 10 sur 20, une note qui pèse 30 % du classement national (60 % aux épreuves écrites, 10 % au parcours). L’organisation revient à 37 sites, 35 facultés et 2 doubles sites, pour environ 3 000 intervenants dont 2 500 examinateurs
(rapport, §21 à §34).
Le cadre national est jugé éprouvé ; c’est l’étage local qui pose question, avec « des diversités » d’organisation et une fragilité liée à la synchronisation et au nombre d’acteurs.
Même jour, même épreuve, même note, mais pas les mêmes mains. La chaîne commence plus haut, au lycée avec
28 élèves par classe et Parcoursup en 2028, puis avec
la disparition annoncée de PASS et de LAS en 2027.
La coquille corrigée la veille
Le rapport date les documents. La vignette de la station 102 reproduite dans la lettre contient une correction du lundi 1er juin à 15 h 30 : le document tel qu’il circule n’existait pas avant. Les consignes aux examinateurs de deux stations, qui ne quittent le circuit sécurisé que le matin de l’épreuve, y figurent aussi. Donc aucune fuite en amont, une captation « au plus tôt la veille » et « vraisemblablement le jour J ou après ».
Or la veille est le moment où la moitié des facultés impriment les grilles. Le rapport le dit : la sécurité « se joue moins dans les systèmes centraux, dont la robustesse est établie, qu’aux moments où les documents sortent du circuit numérique ». La lettre, elle, mêle des faits divers sans rapport : un document authentique peut servir un récit faux.
Ce que les chiffres ne peuvent pas voir
Les inspections ont comparé notes attendues et obtenues pour 2024, 2025 et 2026 : la part des étudiants à plus de 2 écarts-types ne bouge pas, et 2025 en compte davantage que 2026. Deux indices subsistent : les stations où les 20 sur 20 se concentrent passent de 3 en 2024 à 4 en 2025 et 9 en 2026, et certaines stations sont très corrélées en 2026, les 102, 105 et 202.
Les stations où le 20 sur 20 se banalise
Stations dont une part élevée de candidats obtient 20/20, sur les 3 sessions.
Le rapport désarme la lecture rapide : « une atypie statistique ne constitue pas une preuve », et son modèle ne détecte ni une fraude générale ni quelques candidats isolés. Le CNG avait avancé un chiffre vérifiable : moins de 2 % des candidats progressent de plus de 2 000 places après les ECOS, sur 3 sessions
(communiqué).
Le sentiment d’iniquité des étudiants, lui, a été écarté du champ de la mission.
Les recours et le calendrier
Des étudiants ont engagé des recours contentieux, dont la mission dit avoir eu les témoignages. Le 16 septembre, un avocat a déposé plainte au nom d’étudiants s’estimant lésés
(Le Figaro Étudiant).
Le calendrier ne s’arrête pas : l’internat commence début novembre
(Egora).
Et l’Anemf ne suit pas : « Le doute continue de planer », déclare Thibault Patey
(Midi Libre).
Ce classement décide de la spécialité et de la région, donc du lieu d’exercice, dans un pays qui
envoie déjà ses docteurs juniors dans les déserts médicaux.
À observer : le 15 septembre, M6 Info recueille la colère des étudiants, cinq semaines avant le rapport. Vidéo antérieure aux conclusions.
Mai 2027
10 recommandations, dont plusieurs de rang 1 supposent de modifier l’arrêté du 21 décembre 2021 : liste nominative des personnes habilitées et traçabilité des impressions, informations aux patients standardisés réduites à 9 semaines, grilles disponibles le jour même, protocole de fin d’épreuve avec inventaire et destruction. Deux risques restent sans réponse pleinement satisfaisante : la défaillance d’un site, qui forcerait les 37 à reprogrammer une journée, et l’irrégularité d’une station, à neutraliser plutôt qu’à refaire.
Le comité national de suivi examinera ces propositions « prochainement ». Rien n’est corrigé pour la promotion qui entre en fonction dans quelques jours.
Le rapport ne blanchit pas l’examen, il constate qu’on ne peut pas l’accuser. Les documents sont vrais, leur date prouve qu’ils n’ont pas circulé avant la veille, et la veille est justement quand la moitié des facultés impriment. Un classement national repose donc sur 37 chaînes de papier que personne ne contrôle en temps réel. Les 10 recommandations réparent la manutention, pas l’architecture : tant que le rang dépendra de mains locales, l’égalité restera une procédure. Ce qui ne se rattrape pas, c’est le calendrier.
Opinion de la maison, pas un fait.
- Rapport Igas-Igésr du 23 octobre : fraude massive « absolument pas démontrée », résultats maintenus, 10 500 candidats concernés.
- Aucune fuite en amont, mais des « manquements ponctuels » non exclus, faute de pouvoir d’enquête et d’accès au groupe Telegram.
- Documents authentiques, datés au plus tôt du 1er juin à 15 h 30, quand la moitié des facultés impriment la veille.



