Le décret du 23 octobre 2026, publié au Journal officiel le 24 octobre, crée la « licence portail santé ». À la rentrée 2027, elle remplace le PASS et la LAS pour entrer en médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique. La simplification est réelle. Mais 3 règles du texte décident de ce que vaudront les 2 prochaines années, et elles n’ont pas été annoncées.
- La mécanique du texte
- Un bloc santé plus léger qu’en PASS
- Sans compensation, et une note de santé qui décide
- Deux candidatures, pas trois
- Le nombre de places, lui, ne bouge pas
- Ce que j’en retiens
La mécanique du texte
La première année compte 60 crédits, en 3 blocs : santé (24 à 30), disciplinaire (24 à 30), transversal (6 à 12). Chaque université fixe la répartition dans ces bornes, doit disposer d’une unité de formation en santé ou d’une convention, et publier toutes ses places. Pour le lycéen, un seul vœu sur Parcoursup, avec des sous-vœux par discipline, là où le système actuel éclate les candidatures, comme le montrait le bilan 2026. Le texte est publié ici.
Un bloc santé plus léger qu’en PASS
Le chiffre n’a pas été mis en avant. À Sorbonne Université, le PASS repose sur une majeure santé de 48 crédits et une mineure de 12. Demain, la santé est plafonnée à 30 crédits sur 60 et la discipline monte à 24 au minimum. Pour un ancien PASS, la préparation scientifique baisse de plus d’un tiers. Pour un ancien LAS, c’est l’inverse : l’option santé passe d’une dizaine de crédits à 24. La réforme est un compromis entre les 2 voies. L’avantage est réel : celui qui échoue a validé une licence utilisable. La contrepartie aussi : le cœur de la sélection se rétrécit.
Sans compensation, et une note de santé qui décide
Pour être classé, il faut 60 crédits et avoir validé les 2 blocs « sans compensation » : une bonne moyenne de droit ne rattrape pas une note faible en santé, et l’inverse est vrai. Le classement ajoute une mécanique peu expliquée. Le jury classe d’abord par mention, découpe chaque classement en tranches de niveau de proportion équivalente, puis classe les étudiants d’une même tranche sur les seules notes du bloc santé. Choisir une mention réputée facile ne change donc que la tranche ; à l’intérieur, la santé départage. La sélection ne porte plus sur l’année entière, mais sur 24 à 30 crédits.
Deux candidatures, pas trois
La première inscription vaut première candidature. La seconde se présente à l’issue de la 2e année de licence, avec 60 crédits de plus dans la même mention, et seulement l’année suivante, sauf césure, service national ou dérogation. Le redoublement est autorisé une fois, sous condition de crédits minimaux dans chaque bloc. Mais le texte est net : à l’issue de l’année de redoublement, l’étudiant ne peut pas candidater, sauf dérogation exceptionnelle, et cette candidature compte alors comme la première. Redoubler sauve l’année, ne donne pas de 3e chance. Au total, 2 tentatives, comme avant, désormais écrites.
Les 2 dernières cohortes de PASS et de LAS ne sont pas lâchées : des places leur sont réservées en 2027-2028 et 2028-2029, « les mêmes chances » qu’en 2026-2027. Mais un étudiant déjà inscrit en PASS ou en LAS ne peut pas basculer dans la nouvelle voie.
Le nombre de places, lui, ne bouge pas
Le décret organise l’entrée, pas la sortie. Aucune capacité nouvelle n’y figure. En 2025-2026, le service statistique du ministère compte 30 300 étudiants en PASS et 27 300 en LAS, soit 57 600 candidats possibles. La cohorte 2021 donne la mesure : 47,8 % d’admission en PASS, 23,3 % en LAS, 40,4 % au total, et en médecine seule 29,6 % et 13,3 %.
Sur 100 néo-bacheliers entrés en santé, combien sont admis en 2e année
Admis en 1 ou 2 ans, toutes filières de santé, cohortes 2019 et 2021.
Le SIES relève des places stables sur 2021-2025. La réforme change la porte, pas le nombre de ceux qui entrent. Et les paramètres décisifs sont renvoyés à des arrêtés : disciplines du bloc santé, mentions, crédits minimaux pour redoubler, pourcentages de places, jury. La kinésithérapie ne figure pas dans le texte, malgré la communication ministérielle. Une tribune du Monde du 23 octobre demande un report à 2028 ; les doyens dénonçaient « une impréparation et un manque de moyen », rapporte Le Parisien. Les maquettes doivent être prêtes pour septembre 2027, dans des facultés qui choisissent déjà qui paie.
Ce que j’en retiens
La réforme fait 2 choses utiles : elle supprime un maquis de vœux illisible, et elle donne à celui qui échoue une année de licence réelle. Ce n’est pas rien. Mais elle ne crée aucune place et concentre la sélection sur 24 à 30 crédits. Le débat a porté sur le nom des voies et sur Parcoursup ; il aurait dû porter sur les capacités d’accueil, décidées localement, et sur les moyens. Former plus de médecins ne se décrète pas dans un décret d’accès : cela se finance.
Une réforme qui rend le parcours lisible et sécurise l’année des étudiants vaut mieux que le système qu’elle remplace. Mais elle laisse intact le seul chiffre qui compte pour une famille : le nombre de places. Le pouvoir ne s’est pas déplacé vers le lycéen, il s’est déplacé vers le jury et vers l’université qui fixe les capacités. La question n’est pas « quelle voie ? », elle est « qui ouvre les places, et à quelle hauteur ? ».
Opinion de la maison, pas un fait.
- Décret du 23 octobre 2026 : une seule voie à la rentrée 2027.
- Bloc santé plafonné à 30 crédits sur 60, contre 48 dans la majeure d’un PASS.
- 2 blocs à valider sans compensation, puis classement sur les seules notes de santé.
- 2 candidatures maximum ; le redoublement n’en donne pas une 3e.
- 57 600 étudiants en PASS et LAS en 2025-2026, 40,4 % d’admission en 2021.
À observer : cette vidéo de L’Express Éducation Média (6 min 29) est antérieure au décret du 23 octobre. Elle décrit le dispositif annoncé en avril 2026, les 3 blocs et les 2 candidatures ; le calendrier et le nombre de places y restent ceux du projet.



