Vendredi 23 octobre au soir, la préfecture a publié la liste des aides ouvertes aux entreprises touchées par les pillages du 17 octobre en Guadeloupe. Dix jours de blocages, environ 1 500 commerces atteints, plusieurs centaines de millions d’euros de dégâts. L’État accorde du temps et du crédit. Les élus demandent, eux, l’effacement des pénalités.
Ce n’est pas une querelle de chiffres. C’est une question de nature : ce qui est accordé est-il donné, ou seulement prêté ?
- 1 500 commerces, des centaines de millions
- Ce que l’État met sur la table
- Ce que les élus demandent, ce que le préfet répond
- Un prêt n’est pas une aide
- Ce que j’en retiens
1 500 commerces, des centaines de millions
Environ 1 500 commerces ont été directement touchés le 17 octobre, et la facture atteindrait plusieurs centaines de millions d’euros, selon la Fédération du commerce et de la distribution, citée par LSA. À 300 millions, cela fait 200 000 euros par commerce : un ordre de grandeur, pas une estimation officielle, qui sert à mesurer ce que les dispositifs couvrent.
Les assurances ne comblent pas l’écart. Franchises et plafonds de garantie limitent l’indemnisation, et la profession renvoie à la responsabilité principale de l’État, rapporte La 1ère.
Dixième jour de blocages : la RN1 tient au Morne Bernard, à Baie-Mahault, et Jarry, le poumon économique de l’île, tourne au ralenti depuis le 14 octobre. Le mouvement est né du carburant et de l’eau, je l’ai raconté au premier jour. Il est devenu une crise de trésorerie. En Martinique, la même colère contre la vie chère a obtenu 11,3 % de baisse sur 12 % des références, le reste du caddie continuant de monter.
Ce que l’État met sur la table
Le communiqué du 23 octobre, relayé par France-Antilles, tient en quatre dispositifs. L’activité partielle : 60 % du brut, 100 % au Smic, part patronale intégralement prise en charge pour les entreprises de moins de 250 salariés. Les reports : jusqu’à 12 mois de cotisations, délais fiscaux sans pénalité, remises examinées. Le crédit : prêt Bpifrance à taux zéro jusqu’à 50 000 euros sur trois ans. L’aide directe : 1 500 euros au maximum pour les artisans, via les chambres de métiers. Un fonds pour les moins de 50 salariés est annoncé sans montant.
S’y ajoutent les moratoires : 2 300 signés avec la Caisse générale de sécurité sociale, selon le préfet, et 700 entreprises de plus pourraient obtenir un moratoire prolongé et des remises fiscales, selon l’association des maires, citée par La 1ère.
Deux plafonds, un rapport de 33
Montants maximaux annoncés le 23 octobre 2026, en euros, par entreprise.
Ce que les élus demandent, ce que le préfet répond
Les élus n’ont pas demandé des prêts. Région, département, parlementaires, maires et intercommunalités ont écrit au président de la République et au Premier ministre : suspendre les saisies, étaler les remboursements, effacer pénalités et majorations des entreprises viables, selon La 1ère. À l’Assemblée, un amendement au budget 2027 propose 12 mois de moratoire puis trois ans de remboursement sans pénalités.
La réponse du préfet ne varie pas : cas par cas. « La vraie sortie de crise passe par le paiement des sommes dues aux entreprises », a-t-il rappelé. Cette marge d’appréciation individuelle est le cœur du pouvoir préfectoral, dont j’ai raconté la construction en soixante ans. Le terreau, lui, est fragile : 488 défaillances d’entreprises en 2025 et 29 % de hausse sur douze mois, contre 5,1 % au niveau national, selon les chiffres cités par France-Antilles.
Un prêt n’est pas une aide
50 000 euros de prêt, 1 500 euros d’aide directe chiffrée : 33 fois plus pour l’argent qu’il faudra rendre que pour celui qui est donné. À 200 000 euros de dégâts, le prêt couvre un quart de la facture, l’aide directe moins de 1 %.
Un report ne réduit pas la dette, il déplace l’échéance. Un prêt ajoute une charge à une entreprise qui ne paie déjà pas ses cotisations. Seule la remise transfère la perte.
Qui paie, si l’État efface ? La Caisse générale de sécurité sociale et la Direction générale des finances publiques ne produisent pas d’argent : cotisations et TVA financent retraites, soins et allocations. Une remise déplace la perte vers les cotisants et les contribuables, en Guadeloupe comme sur le continent. Ce n’est pas un argument contre : c’est son prix, et il doit être dit.
Reste l’interlocuteur. Le collectif Nou Las Palé réunit près de 25 représentants, sans président officiellement désigné, relève RCI. Un formulaire n’a pas besoin de porte-parole ; une négociation, si. L’État traite avec les élus et les fédérations, pas avec la rue, et cela explique mieux les montants qu’une doctrine budgétaire.
Ce que j’en retiens
L’État ne refuse pas d’aider. Il refuse de perdre. Il accorde du temps, il prête, il ne donne presque pas, et chaque délai accordé est une autorité gagnée. C’est le mécanisme du don retourné : celui qui pourrait donner préfère prêter, parce que prêter garde la main.
Le rapport de force ne porte donc pas sur le montant, mais sur la nature du geste : un prêt laisse la dette, une remise la transfère. Tant que ce point n’est pas tranché, les annonces se suivront et la crise durera, parce que les deux parties n’appellent pas la même chose du même mot.
Et vous : si votre commerce est saccagé et que l’État vous prête l’argent qu’il refuse de vous donner, à qui profite le délai ?
Ce reportage de Canal 10, diffusé le 14 octobre 2026, montre le blocage de Jarry au premier jour, avant les dispositifs d’aide et les moratoires. Il ne dit rien des annonces du 23 octobre : il fixe le point de départ de la crise de trésorerie que ces annonces prétendent traiter.



